‹ Les Essais de Michel de MontaigneChapitre 133 sur 449 · LIVRE I, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IX

besoing, ou sang qui ne peut mentir le feit respondre si mal à propos, & contredisant à tout ce qu'il avoit dit au-paravant, que pour excuser ceste exécution nocturne & clandestine, il allégua que le Duc son maistre Tavoit ainsi voulu, non pour la peur& craincte des susdites, mais pour autant que ledict Merv^eilles estoit au ser\-ice d'un si grand Ro)^ il luy avoit porté ce respect de ne luy faire ceste honte que de l'exécuter publiquement. A ceste cause on luy rompit alors la broche.» (IV, pp. 113-117.)

P. 43, 1. 4. Le pape Jiile second). L'anecdote a été rapportée par Erasme, De Lingiia; mais je crois que Montaigne l'a empruntée à Henri Estienne, Apologie poiir Hérodote (X\', xxxiv) qui l'a traduite d'Erasme. « Voici donc le conte tel qu'il est là (chez Erasme) en changeant seulement les mots latins en François. Pendant que j'estois en Angleterre, vint au Roy un Italien ambassadeur du pape Jule deuxième de ce nom envoyé pour animer ce roy à faire la guerre aux françois. Or, après avoir exposé sa légation au conseil privé, dudict prince, luy ayant esté respondu que sa majesté estoit en bonne délibération d'embrasser son parti : mais qu'il luy seroit difficile d'assembler si soudain forces suffisantes pour combattre un roy si puissant, d'autant que le royaume d'Angleterre sous

une longue paix avoit discontinué l'exercice des armes : un mot luy eschapa duquel il se pouvoir bien passer : car il vint à dire que desja il avoit remonstré cela audict pape. Lequel propos fit entrer en souspeçon les seigneurs qui estoient là que combien que ce personnage fust ambassadeur du pape, il portoit toutefois quelque faveur au roy de France. Dont il fut mis en prison et perdit tous ses biens : comme il eust perdu la vie s'il fust tombé entre les mains de son pape. »

La morale qu'Estienne tire de cette histoire est différente de celle de Montaigne. « Or ay-je bien voulu reciter cette histoire comme en passant seulement, pour ce qu'elle me sembloit contenir un exemple assez rare, touchant les traistres ausquels on rogne ou plutôt on arrache les dens avant qu'ils puissent mordre. )i

Chronologie : L'occasion du chapitre est presque certainement l'histoire de Francisque Taverna (p. 41, 1. 21); elle vient des frères du Bella}', et fixe par conséquent la composition aux environs de 1572. D'ailleurs un emprunt important à V Apologie pour Hérodote (l'anecdote de l'ambassadeur du pape Jules II, p. 43, 1. 4) est probablement aussi des environs de 1 572.

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