Chapitre XI
DES PROGXOSTICATIONS.
P. 47, 1. 4. Cur isto modo). « D"où vient qu'il ne se rend plus de pareils oracles à Delphes, non seulement à présent, mais depuis fort longtemps, en sorte que rien n'est si méprisé?» (Cicéron, De divinat.,
n, Lvii.)
p. 47, 1. 7. Aus quels Platon). Dans le Timée, p. 72; éd. de 1546, p. 724.
P. 47, 1. 9. Aves quasdam). «Nous croyons que l'existence de certains oiseaux n'a pas d'autre raison que de servir à l'art des augures. » (Cicéron, De nat. deorum, II, lxiv.) Le texte est celui de l'édition de Paris de 1538.
P. 47, 1. II. Multa cermint). « Les aruspices voient beaucoup de choses; les augures en prévoient beaucoup; beaucoup d'événements sont annoncés par les oracles, beaucoup par les devins, beaucoup par les songes, beaucoup par les prodiges. » (Jd., ibid., U, lxv.)
P. 48, 1. 4. Cur hanc). « Pourquoi as-tu voulu, maître de l'Olympe, ajouter aux maux des mortels cette nouvelle angoisse de leur faire connaître par de cruels présages leurs malheurs futurs? Que tes desseins nous frappent à l'improviste, que l'avenir soit caché aux hommes, que l'espoir leur soit permis au milieu de leurs craintes. » (Lucain, II, vers 4, 5, 6, 14, 15.)
P. 48, 1. 9. Ne utile). « Il n'y a aucune utilité à connaître l'avenir. C'est une misère de se tourmenter sans profit. » (Cicéron, De nul. deorum, III, vi.)
P. 48, 1. II. L'exemple de François marquis de Sallusse). Cf. les Mémoires des frères du Bellay, VI, 185. Le récit de de Thou (I, xxxvii) est conforme à celui de du Bellay.
P. 49, 1. I. Prudcns futuri). «Un dieu sage nous a caché d'une nuit épaisse les événements de l'avenir, et se rit du mortel qui porte ses inquiétudes plus loin qu'il ne doit. Celui-là est maître de lui-même et passe heureusement la vie qui peut dire chaque jour : «J'ai vécu; qu'importe que demain Jupiter » voile le ciel de nuages sombres ou nous ménage » la clarté d'un beau jour? » (Horace, Odes, III, xxix, vers 29-32 et 41-44.)
P. 49, 1. 10. Leetus in preesens). « Satisfaits du présent, n'ayons pas la folie de nous embarrasser de l'avenir. » (Jd., ibid., II, xvi, 25.)
P. 49, 1. 12. Ista sic reciprocantur). «Ils argumentent ainsi : s'il y a une divination, il y a des dieux; et, s'il y a des dieux, il y a une divination. » (Cicéron, De divin., I, vi.)
P. 49, 1. 15. Nam islis). « Quant à ceux qui comprennent le langage des oiseaux, et qui s'en rapportent au foie d'un animal plutôt qu'à leur propre raison, j'estime qu'il vaut mieux les écouter que les croire. » (Pacuvius apud Ciceronem, De divin., I, lvii.)
P. 49, 1. 18. Un laboureur). «Tages quidam dicitur in agro Tarquiniensi quum terra araretur, & sulcus altius esset impressus, exstitisse repente, & eum affatus esse qui ara bat. Is autem Tages, \A in libris est Etruscorum, puerili specie dicitur visus, sed senili fuisse prudentia. Ejus aspectu quum obstupuisset bubulcus, clamoremque majorem cum admiratione edidisset, concursum esse factum, totamque brevi tempore in eum locum Etruriam convenisse : tum illum plura locutum multis audientibus, qui omnia verba ejus excepermt, liteiisque mandaverint. Omnem
ESSAIS DE MONTAIGNE
autem orationem fuisse eaui qua aruspicina disciplina contineretur. ,)) (W., ibid., II, xxiii; t. IV, 269.)
P. 49, 1. 28. Les mariages). Cf. Platon, République, V, p. 460; éd. de 1546, p. 591.
P. 50, 1. 8. Ouis est enim). Quand on tire toute la journée, il faut bien que l'on atteigne quelquefois le but. » (Cicéron, De divin., II, Lix.)
P. 50, 1. 14. Diagùras). Id., De nalura deorum : « At Diagoras quum Samothraciam venisset, Atheos ille qui dicitur, atque ei quidam amicus « tu qui » deos putas humana negligere, nonne animadvertis » ex tôt tabulis fictis quam multi votis vim tempes- » tatis efFugerint, in portumque salvi pervenerint ? » Ita sit, inquit. Illi enim nusquam picti sunt qui » naufragium fecerunt, in manque perierunt. » (III, xxxvii; t. IV, 239.)
P. 50, 1. 20. Xenopbanes Cohphoniits). Id. De divinatione : « Ex quibus (philosophis), ut de antiquissimis loquar, Colopbonius Xenopbanes, unus qui deos esse diceret, divinationem funditus sustulit. » (I, m; t. IV, 241.)
P. 50, 1. 26. JoacJiiin). Joachim de Flore, cistercien et théologien mystique, né à Celico (Calabre), vers II 30, moit en 1201 ou en 1202. Ses ouvrages ont été publiés au début du xvi^ siècle, et, outre les prédictions qu'ils renferment, la légende en a prêté beaucoup à Joachim qui fut surnommé le prophète.
P. 51, 1. I. I.eon l'empereur). Cf. Chalcondyle :
« C'est chose bien estrange que pas un de tous les Grecs ne se prit garde, ou bien n'y adjousta point de foy, aux prédictions qu'ils avoient devant les yeux ; veu que le catalogue des empereurs de Constantinople autres fois descrit par l'empereur Léon, prince très sçavant, venoit à se terminer en Constantin, qui de vray fut le dernier, & au Patriarche qui mourut à Florence : car cette table ou liste de Léon ne faisoit mention ny de Constantin mis à mort par les Turcs, ne qu'il fut decedé au palais Impérial. Ne aussi peu de Grégoire s'en allant en Italie (ainsi s'appeloit le dernier Patriarche) là où tous les autres, peu ou plusieurs qui soient parvenuz à ces deux dignitez, chacun en son ordre, & au propre temps qu'ils dévoient estre selon qu'il se vérifia depuis, se trouvoient marquez en ladicte table, jusques à cest Empereur & Patriarche qui furent les derniers. » (Trad. ^'igenère, I, VIII, 535.)
P. 51, 1. 9. Le parler obscur). Sur l'obscurité calculée des devins, cf. Cicéron, De divinatione, II, liv, et II, Lvi.
Chronologie : L'histoire du marquis de Salluce est assurément l'occasion du chapitre; elle est prise de Martin du Bellay, qui a entendu lui-même de la bouche du marquis les inquiétudes que lui causaient les présages funestes qui ont déterminé sa conduite. L'essai est donc très probablement des environs de 1572.