Chapitre XVII
VN TRAICT D1-; QVKLaVKS A MB A SS A DE V R S .
P. 88, 1. 3. De ramener taiisjoiirs). Sur cette idée cf. en particulier // Cortegiano, de Balthasar Castiglione (éd. Cian, I, xxvi).
P. 88, 1. 5. Basti al nocchicro). « Que le nocher se borne à parler des vents, le laboureur des taureaux, le guerrier de ses blessures, le berger des troupeaux. » Ces vers italiens sont traduits de Properce (II, i, 43). Montaigne les a trouvés dans un ouvrage de Stetano Guazzo, La Civil conversation (II, \"ers le début).
P. 88, 1. 1 1 . Arcbidamus).Ci. Plutarque, 7)/f/.s- notables des Laeedœnwniens : « Il luy dit un jour : Je ni'esbahis de tov Periander, comment tu aimes mieulx estre appelle mauvais poëte, que bon médecin. » (F" 2 1 5 v".)
P. 88, 1. 13. César). \'oyez en particulier la description du pont jeté sur le Rhin ÇDe hello gallico, IV, xvii).
P. 89, 1. 7. Le vieil Dioiiisins). Cf. Diodore de Sicile, XV, 11, f" 179 r°.
P. 89, 1. 10. Optât ephippia). « Le bœuf pesant aspire à la selle, le cheval aspire à labourer. » (Horace, Epitres, I, XIV, 43.)
P. 90, 1. 4. L'Empereur Charles cinqniesme). Cf. les Mémoires des frères du Bellay : « Et quand ores il seroit plus difficile, si estoit ce qu'il s'y pouvoit trouver moyen, comme de combattre en une Isle, ou sur un pont ou batteau en quelque rivière. Et quant aux armes eux deux se pourroient aisément accorder à les prendre qu'elles fussent esgalles, & que luy de sa part les trouveroit toutes bonnes : fust-ce de Tespee ou du poingnard en chemise...
» Duquel (le Roi de France) les subjects capitaines & soldats estoient tels & de telle sorte que si les siens
de luy estoient semblables, i! se voudroit lier les mains, mettre la corde au col, & aller vers le Roy de France en cest estât luy demander miséricorde. Iceux ambassadeurs toutestois... ne voulurent escrire au Rov leur maistre tous les propos qu'ils avoient entendus, ains lui en dissimulèrent grande partie : comme du combat avecques Tespee ou le poingnard en chemise, la façon & terme dont avoir l'Empereur usé, magnifiant la force & vertu de ses subjects & vilipendant ceux du Rov, 6c que si les siens fussent tels que ceux du Roy... « (P. i)2-ij6.)
P. 91, I. 4. On corrompt). Cf. Aulu-Gelle : « Corrumpi atque dissolvi officium omne imperantis ratus, si quis ad id, quod facere ju.ssus est, non obsequio debito, sed consilio non considerato respondeat. » (I, xiii, 24.)
P. 9 1 , 1. 5 . Crassiis). Id., ihid. : « Is (Crassus) cùm . . . circunsedere, oppugnaréque Leucas oppidum pararet, opusque esset firma ac procera trabe, qua arietem faceret, quo muros ejus oppidi quateret, scripsit ad magistrum àpy.'.TÉy.Tojva molis Atheniensium sociorum, amicorûmque populi Romani, ut ex malis duobus, quos apud eos vidisset, uter major esset, eum mittendum curaret. Tum magister if/.'.Ti-/.Twv comperto quamobrem malum desideraret, non uti jussus erat, majorem , sed quem esse idoneum , aptiorémque faciendo arieti, taciliorémque ponatu existimabat, minorem misit. Crassus eum vocari jussit, & cùm interrogasset, cur non quem jusserat, misisset, causis, rationibû.sque, quas dictitabat spretis vestimenta detrahi imperavit, virgisque multum cecidit. » (I, xiii, 24.)
Aulu-Gelle présente tout au long ce récit et institue
ESSAIS DE MONTAIGNE
à son sujet la même discussion que Montaigne. Il ne prend pas parti; au contraire, Montaigne, après avoir fortement posé le devoir d'obéissance, établit des distinctions et réclame des libertés d'action pour les ambassadeurs. Il faut noter encore que l'anecdote de Crassus et la discussion qu'elle suscite se trouvent dans un ouvrage que Montaigne a lu dans le temps où il a fait cette addition, après 1588 : c'est dans le Corlcgiaiio de Castiglione (II, xxiv). Castiglione, comme Montaigne, accorde que quelquefois il faut s'en remettre à son propre avis et le préférer à celui qui vous a été donné par votre prince; il veut toutefois
qu'on se montre très prudent, très réservé sur ce point.
Chronologie : Cet essai, comme ceux qui l'entourent, est bâti sur un exemple des frères du Bellay (p. 90, 1. 4). Il est donc très vraisemblablement des environs de 1572. Il est possible que le mot d'Archidamus (p. 88, 1. 11), qui vient de Plutarque, ait été inséré postérieurement à la composition primitive, s'il vient de la traduction d'Amyot qui parut seulement à la fin de 1572.
Chapitri: XVIII.
DK LA l'KVR.
P. 92, 1. I. Ohstitpiii). « Jf demeurai stupidc, mes cheveux se dressèrent, ma voix s'arrêta dans ma gorge. » (Virgile, En., II, 774.)
P. 92, 1. 15. Monsieur lic Bourbon). Cf. les Mémoires des frères du Bellay : « Un porteur d'enseigne aj-ant la garde d'une ruine qui estoit à la muraille au bourg S. Pierre voyant monsieur de Bourbon venir avecques quelques soldats à travers les vignes pour recognoistre la place, entra en tel effrov que cuidant fuir devers la ville, passa (l'enseigne au poing) par ladite ruine, & .s'en alla droict aux ennemis. Monsieur de Bourbon voyant ceste enseigne venir droict à luv, estima qu'elle fut suivie d'autres gens, & que ce fust une saillie faicte sur luy : parquoy il s'arresta pour recueillir les hommes qui venoient à son secours & faire teste... Ledit enseigne ayant marché environ trois cens pas hors la ville... se recogneut... & par la mesme ruine dont il estoit sorti rentra dedans. »
P. 93, 1. 5. L'enseigne dn Capitaine Jnille). Li., ilvii. : « L'enseigne du capitaine Juille... son enseigne au poing, voyant l'ennemy marcher à l'assault entra en tel effroy, que pensant... fouir dans la ville, sortit par une canonnière, & fouit droict aux ennemis, son enseigne au poing, où il fut massacré. » (VIII, 255.)
P. 93, 1. 9. An mesme siège). Id., ihid. : « Aussi un gentilhomme... entra en telle frayeur, qu'il tomba mort, sans estre frappé. » (VIII, 255.)
P. 93, 1. 14. De Germaniciis). Cf. Tacite, Hist.,
I, LXIIt.
P. 93, 1. 19. L'Empereur Tbeopinle). Cf. Zonaras :
« Ainsi que derechef l'Empereur se fut acheminé contre les Agarenes, l'issue de la bataille fut malencontreuse pour les Romains : car peu s'en faillit que l'empereur ne fut emmené prisonnier par les ennemis. Manuel en estant acertené, après avoir rallié des gens, il se fourra en la plus grosse presse des Sarazins, commandant à l'Empereur qu'il le suivist, car il estoit tout estonné, & disoit pour couvrir son peu de courage, qu'il ne s'en vouloit fuir abandonné le peuple. Et après que souventes-fois on luv eust remonstré qu'il sortit hors de la bataille, sans en vouloir rien faire, estant retenu de crainte comme s'il eust esté détenu es ceps. Manuel luj' dit, si vous ne me suyvez, je vous tueray : car il vaut mieux que vous perdez la vie, que si estant prisonnier vous procurez un si grand deshonneur à la Republique de Romme. » (Ed. de 1560, 3^ partie, f" 58 V''; éd. de 1583, f 879 r°.)
P. 93, 1. 21. Adeo pai'or). «Tant la peur s'effraie même des secours. » (Quinte-Curce, III, 11.)
P. 94, 1. I. En la première juste bataille). Cf. Tite- Live, Annales : « Cùm jam in orbem utrinque pugnarent, decem millia fermé hominum cùm alià evadere nequivissent, média Afrorum acie, qu« Gallicis auxiliis firmata erat, cum ingenti caede hostium perrupere. » (XXI, Lvi, 347.)
P. 94, 1. 9. Amis de Pompeins). Cf. Cicéron, Tiisculanes : « Constabat eos qui concidentem vulneribus Cn. Pompeium vidissent, cum in illo ipso acerbissimo miserrimoque spectaculo sibi timerent, quod se classe hostium circumfusos vidèrent, nihil tum aliud egisse.
ESSAIS DE MONTAIGNE
nisi ul rémiges liortarentur, et ut salutem adipiscerentur fuga : posteaquam Tyrum venissent, tuin adflictari lamentarique cœpisse. » (III, xxvii.)
P. 94, 1. 17. Tumpavor). «Alors la peur m'arrache du cœur tout mon courage. » (Ennius, apud Ciceronem, Tiisc, IV, viii.)
P. 95, 1. \. Les Grecs). Cf. Diodore de Sicile : « Ce fui une calamité publique qui survint lors à la cité de Cartilage par permission divine : car ordinairement on oyoit des bruits par la ville & des frayeurs & espouventemens sans propos ny raison apparente, que l'on appelle tremeurs paniques : de sorte que plusieurs sortoient de leurs maisons en sursault, avec
les armes aux poings, comme si l'on eusl crié alarme, & comme si les ennemis eussent esté dedans la ville : & s'entrebattoient les uns les autres comme s'ils eussent esté ennemis, y cstans les aucuns blecez, & les .autres antierernent tuez, jusques à ce qu'ils eussent appaisé par oraisons & sacrifices l'ire des Dieux. 0 (XV, VII, f" 185 v°.)
Chronologie : L'essai semble être suggéré par trois exemples empruntés aux Mémoires des frères du Bellay (p. 92, 1. 15, et p. 93, 1. 5 et 9). Il est donc très vraisemblablement des environs de 1572.
CliAPiTRi; XIX.
Q\ IL NE 1 A\T 1VGF.R DK NOSTRK HUNR, a\- APRES LA MORT.
P. 96. TITRE. Ce sujet est touché dans beaucoup de dissertations morales du temps. Cf. en particulier Estienne Pasquier, Le poitrparler du Priiicc, édition de 1581, f" 204 V".
P. 96, 1. I . SciliiCt). « Il fiiut toujours attendre le dernier jour de l'homme, et personne ne peut être déclaré heureux avant sa mort et son heure suprême. » (Ovide, Métaiii., III, 135.) Le texte est celui des éditions contemporaines.
P. 96, 1. 4. Du Roy Crœsits). Cf. Hérodote, 1, lxxwi. L'anecdote est tout à fait courante chez les auteurs anciens et modernes : Cf. Diogène Laerce, Vie de Selon ; Cicéron, De fin., II, xxvii; ^'alère Maxime, VII, xi.ii; Erasme, Apopht., VII. Lycosthenes qui intitule un de ses chapitres : Aiite morteiii iieiiio beatus jiidicaiidiis; Le Roy, Vicissitudes, éd. de 1577, p. 52; Budé, Institution du Prince, Lin, etc.
P. 96, 1. i^.Agesilaus). Cf. Plutarque, Diets notables des Lcuedxinoniens : « Quelqu'un reputoit heureux le Roy de Perse de ce qu'il estoit venu fort jeune à un si puissant estât; voire mais, dit-il, Priam en tel aage ne fut pas malheureux. » (F" 211 r°.)
P. ^6, 1. 17. // s'en faict des menuisiers et grejjicrs à Rome). Allusion au fils de Persée, nommé Philippe. Cf. Plutarque, Vie de Paul-Éniile, xix.
P. 96, 1. 18. Des pédantes à Corinthc). Allusion à la fameuse légende de Denys l'ancien ou le tyran, chassé de ses États par Timoléon. Elle est partout. Cf. en particulier Pasquier, Le pourparler du Prince, au début.
P. 97, 1. 3. Ce grand Pompeius). Son exemple est souvent cité avec la valeur que Montaigne lui donne ici. Cf. en particulier Cicéron, Tusc, I, xxxv.
P. 97, 1. 4. Ce Ludofic Sforce). Cf. Guichardin,
Hisl. d'Italie : « Dopo due di fu menato nella Torre di Loces, nella quale stette circa dicci anni, & insino alla fine délia vita prigione; rinchiudendosi in una angusta carcere i pensieri e l'ambitione di colui, che prima appena capevano i tormini di tutta Italia. » (P. 212.)
P. 97, 1. 7. La plus belle roiiie). Marie Stuart, veuve de François II, décapitée par l'ordre d'Elisabeth le 18 février 1 587.
P. 97, 1. 12. Usqiie adeo). «Tant il est vrai qu'une torce cachée renverse les puissances humaines, et semble se foire un jeu de fouler aux pieds l'orgueil des f;iisceaux et des haches consulaires. » (Lucr., \',
P. 97, 1. 15. El semble que la fortune). Cette idée revient souvent chez Sénèque. Cl. en particulier l'épitre 98 qui, à propos de l'incendie de Lyon, s'étend longuement sur ce sujet : « Incrementa lente exeunt, festinatur in damnum. »
P. 97, 1. 18. Nimirum). « Certes, j'ai trop vécu d'un jour, n (Macrobe, Satura., II, vu.)
P. 98, 1. 8. De bon et de net dans le fond du pot). L'épitre 26 de Sénèque est intitulée : «... Qualiter boni viri meritum mors excutiat, & quod egregium sit mortem discere. »
P. 98, 1. 9. Nam vera- wces). « Alors seulement des paroles sincères nous sortent du fond du cœur, le masque tombe, l'homme reste. » (Lucr., III, 57.) Le texte de Montaigne est conforme à celui de Lambin (p. 195).
P. 98, 1. II. Vovla pourcjuoy se doivent). Pour cette idée, cf. Sénèque, Épitres, jiassim, en particulier épitre 82. Mais Montaigne suit ici surtout l'épitre 26
ESSAIS DE MONTAIGXE.
à laquelle une phrase est textuellement prise : « Ego certe velut appropinquet experimentum, & ille laturus sententiam de omnibus annis meis dies venerit, ita me obser\-o... Quod profecerim, morti crediturus sum. Non timide itaque componor ad illum diem, quo remotis strophis ac fucis de me pronuntiaturus sum, utrum loquar fortia an sentiam, nunquid simulatiofierit & mimus, quicquid contra fortunam jactavi verborum contumacium, etc. » (P. 112.)
P. 98, 1. 18. Scipion). Cf. Sénèque, épître 24.
P. 98, 1. 20. Epaminondas). Cf. Plutarque, Les dicis notables des anciens Roy s... : « On luy demanda quelquefois lequel il estimoit plus grand capitaine de luy, de Chabrias ou d'Ipliicrates : il respondit, il seroit bien mal aisé d'en juger, tant que nous sommes en vie. » (F" 201 r*^.)
Chronologie : Un exemple semble venir de Guichardin (Ludovic Sforce, p. 97, 1. 4). C'est une raison de croire que l'essai est des environs de 1572. Il n'y a là toutefois qu'une présomption parce que l'emprunt se réduit à une simple allusion. D'autres présomptions se joignent à celle-là : i"' tous les essais avoisinants sont de la première période; 2° ce chapitre présente le même stoïcisme qui caractérise les essais I, xi\ , et I, XX, tous deux datés avec certitude de 1 572. On pourrait être tenté de reculer la composition à la fin de 1572 parce que l'apophtegme d'Agésilas est pris textuellement à Amvot et parce que la traduction d'Amyot parut seulement à la tin de 1572; mais cette conclusion elle-même n'est pas nécessaire : il a pu être ajouté là sous forme d'addition.