LIVRE I, CHAPITRK XXIir
de Gomara, Histoire géncralc des Indes : « Ils mangent force oiseaux, & mesme des chauve-souris pelées en eau chaude. » (II, ix, f° 55 r°.)
« La viande de ces habitants sont areignes, fourmis, vers, petites lézardes, serpens, petits coppeaux de bois, de la terre... » (II, xii, f' 60 %■*.)
« Le païs au reste est si stérile que les hahitans sont contraints nourrir des fourmis pour leur manger. » (III, XXII, f° 241 r".)
« Ils mangent poux, areignes & vers cruds, ainsi qu'ils les trouvent. » (VI, xxii, f" 474 v°.)
P. 138, 1. I. Et fut un napanlt). Id., ihid. (III, vi, f° 206 r°.)
P. 138, 1. ^. Mortelles & venimeuses). Id., ihid. (fMSro.)
P. 138, 1. 4. Consuetndinis). «Grande est la force de l'habitude : les chasseurs passent les nuits dans la neige ou se brûlent au soleil de la montagne. Les athlètes meurtris du ceste ne poussent pas même un gémissement. » (Cic, Tusc, II, xvn.)
Si Montaigne a pris ce texte dans son édition de Paris 1538, il a supprimé le mot « inde » devant «pugiles». Mais comme l'édition Lambin de Paris 1565 supprime «inde», je suis porté à croire que Montaigne a trouvé cette citation dans quelque ouvrage de seconde main qui la devait à l'édition Lambin.
P. 138, 1. 8. Des voisins des ca tarâtes du Nil). Cf. Cic, Songe de Scipion : « Quis hic, inquam, quis est qui complet aures meas tantus & tam dulcis sonus? Hic est, inquit ille, qui intervallis conjunctus imparibus, sed tamen pro rata portione distinctis, impulsu & motu ipsorum orbium efficitur, qui acuta cum gravibus temperans ;equabiliter concentus efficit. Nec enim silentio tanti motus incitari possunt : & natura fert ut extrema ex altéra parte graviter, ex altéra autem acute .sonent...
» Nec est ullus hebetior sensus in vobis, sicut, ubi Nilus ad illa quœ Catadupa nominantur, pntcipitat ex altissimis montibus, ea gens quas illum locum accolit, propter magnitudinem sonitus sensu audiendi caret. » (VI, xix, t. IV, p. 305.)
P. 139, 1. I. Platon tansa). Cf. Diogène Laerce, Vie de Platon. « Platonem tradunt cùm vidisset quendam aleis ludentem increpasse, & cùm ille, quàm me
in panis reprehendis diceret, respondisse. At est consuetudo non parva res. » (III, xxxviii, 207.)
Le texte de Montaigne présente quelques différences : il est possible qu'il ait connu une source autre que Diogène.
P. 140, 1. 8. /[• viens de voir). Il est parlé de ce personnage dans plusieurs journaux de cette époque. Cf. le Journal de Guillaume et de Michel Le Riche, avocats du Roi à Saint-Mai.xent (de 1534 à 1586), publié pour la première fois et annoté par A.-D. de la Fontenelle de Vaudoré (Saint-Maixent, 1846).
On lit sous la date du 17 mars 1579 :
« Le samedi 17, arriva en cette ville un petit homme, se disant de Nantes, lequel n'avoit de bras, au lieu desquels il usoit de ses pieds. Il tiroit de l'arquebuse qu'il chargeoit, bandoit & abattoit le chien ; il jouoit aux dez, se lavoit & s'essuyoit. Il se coupoit du pain, lavoit des verres, y mettoit vin &: eau, jouoit aux cartes, ôtoit son chapeau, en saluant les personnes, enfiloit les aiguilles, faisoit le nœud, cousoit & escrivoit fort bien, le tout de ses pieds, ce que je vis au Cigne, où il estoit logé. Il v avoit avec lui six personnes, dont deux femmes, qui jouoient des forces. » (P. 308.)
Dans son Journal mémorial, L'Estoile signale le passage du même phénomène sept ans plus tard, sous la date du 10 février 1586 : « Le 10 de ce mois je vis un homme sans bras, qui escrivoit, lavoit un verre, ostoit son chapeau, jouoit aux quilles, aux cartes & aux dés, tiroit de Tare, desmontoit, chargeoit, bandoit & laschoit un pistolet. Il se disoit natif de Nantes en Bretagne & estoit aagé de 40 ans ou environ. » Je dois communication de ces deux textes à l'obligeante érudition de M. Henri Clouzot, qui a cité le premier dans son Histoire du théâtre en Poitou (p. 27e).
P. 140, 1. 16. J'en v\ un autre). Peut-être s'agit-il du même personnage dans ce passage d'Ambroise Paré : « On a veu depuis quelque temps en ça à Paris un homme sans bras aagé de quarante ans ou environ, fort & robuste, lequel faisoit presque toutes les actions qu'un autre pouvoit faire de ses mains : a sçavoir avec son moignon d'espaule, & la teste, ruoit une coignee contre une pièce de bois, aussi ferme qu'un autre homme eust sceu foire avec ses
ESSAIS DE MONTAIGNE
bras. Pareillement faisoit cliquetter un fouet de chartier, & faisoit plusieurs autres actions : & avec ses pieds mangcoit, beuvoit, & jouoit aux cartes & aux dez. » {Des monstres, viii.)
P. 141, I. 2. Non ptidet physicum). «Quelle honte pour un physicien, dont le rôle est d'observer et de scruter la nature, d'alléguer la coutume comme preuve de la vérité. » (Cic, De nat. dem-itni, I, xxx.)
P. 141, 1. 7. // est des peuples). Toutes ces coutumes sont empruntées à l'Histoire générale des Indes de Lopez de Gomara. « Bogota estoit fort révéré : il failloit, quand on parloit à lu)', tourner les espaules de peur de le voir en la face .» (III, xxii, f° 240 V.)
P. 141, 1. 9. Quand le Roy crache). Id., ibid. : « Attabalipa ne crachoit point en terre, mais une de ses plus favorites recevoit en sa main la salive. » (V, XII, f° 326 V.)
P. 141, 1. 10. En autre nation). Id., ibid. : « Quand Bogota crachoit, les principaux de sa court, qui estoient à l'entour de luy, se jetoient à genoux pour recueillir sa salive en une toûaille de coton blanche, à fin qu'elle ne cheust point en terre, qui est une cérémonie de grand Prince. » (III, xxii, f° 240 r".)
P. 141, 1. 23. Les miracles). Cf. la même idée exprimée à l'occasion des monstres dans l'essai II, xxx, p. 515, 1. 20.
P. 142, 1. 3. Aucun ne parle au Roy). Cf. Lopez de Gomara, Hist. générale des Indes : « Personne ne parle au Roy de Borney, si ce n'est par Sarbatane, excepté sa femme & ses enfans. » (IV, v, f° 282 v°.) Cf. encore à ce sujet Bodin : Les six livres de la République (I\', vr.)
P. 142, 1. 5. En une mesme nation). Id., ibid. : « Les femmes mariées (aux îles Lucayes), & celles qui se sont esbattues avec les hommes, se couvrent les parties honteuses depuis la ceinture jusques au genoûil avec certains petits manteaux : mais les vierges ne portent qu'un petit rets de cotton, lequel a dedans la maille des feuilles d'herbe, encor ne portent-elles ce rets que quand elles ont leurs mois, autrement elles vont toutes nues. » (II, vi, f' 50 v".)
P. 142, 1. 8. Im chasteté). Id., ibid. : «Les tilles qui font folie de leur corps (chez les Dariens), & en deviennent grosses, se deschargent de leur fardeau
avec une herbe qu'elles mangent, sans autre chastiement & sans honte aucune. » (III, xviii, f° 233 r°.)
P. 142, 1. II. Si c'est un marchant). Id., ibid. : « Aux nopces un autre est l'espoux, & parainsi si l'espoux est Cacique, tous les Caciques, qui sont invitez à la feste^ couchent avecques l'espousée devant l'espoux ; s'il est marchand, les marchands }• couchent ; s'il est citadin, bourgeois ou laboureur, le Seigneur couche le premier, ou quelque prestre & après que tous y ont couché, l'espousée est réputée vaillante & courageuse. » (III, i, f" 197 V.)
P. 142, 1. 17. // en est). Id., ibid. : «Ils ont des bordeaux publics de femmes, & mesme d'hommes. » (III, xviii, f" 233 r°.) «Ils marient un homme avec un autre quand ils sont impuissants ou eunuques. » (II, XI, f- 61 V.)
P. 142, 1. 19. Où les femmes). Id., ibid. : «Les femmes vont souvent avec leurs maris à la guerre, & s'y employent à tirer de l'arc, aussi bien qu'eux. » (III, xviii, f° 233 v°.) «On dit que il y a en ce quartier une contrée, où les femmes régnent & commandent. » (III, xxii, f° 242 v°.)
P. 142, 1. 21. Les bagues). Id., ibid. : « Ils se percent une mamelle & aucuns se les percent toutes deux, & traversent par les troux certaines petites cannes de la longueur d'une paulme & demie. Ils se persent aussi les fesses, & y pendent de semblables cannes qu'à leurs mamelles. » (II, xi, f" 59 v°.) (Pour ce qui est des bagues au nez, aux lèvres, aux joues et aux orteils, on les trouve partout. Cf. en particulier f"' 73 f & 233 r°.)
P. 142, 1. 23. ();'/ en mangeant). Id., ibid. : «Ils ne s'aident point de tables, ni de nappes, ou serviettes pour manger & s'essuier, excepté le Roi, tous les autres s'essuient les doigts à la plaïue de leurs pieds, ou à leurs cuisses, voire aux bources de leurs tesmoings. » (III, xv, f° 227 r°.)
P. 142, 1. 24. Où les enfants). Id., ibid. : «Les nepveux succèdent à leurs oncles, ic non les enfans, excepté entre les Roys Yngas, & les Seigneurs. » (\\ i.xxwii, f' 441 v".) \'oir aussi la même idée f" 327 V.
p. 142, 1. 29. Où l'on pleure la mort). Id., ibid. : « Quant à leurs enlans, ils les nourrissent avecques