LIVRE I, CHAPITRE XXIII
bestes vivantes, jusqu'à leurs propres poulx, alleguans quelques uns d'entre eux qu'ils les mangent pour leur santé, disans d'avantage, qu'il est plus honneste de les manger, que de les tuer entre les ongles. » (II, Lxxxv, f° 172 r".)
P. 145, 1. é. Où ils nourrissent). Cf. Hérodote : « Les Auses & les Libyens laboureurs laissent croistre les cheveux du costé droit de la teste & rasent ceux •du gauche. » (IV, 191; t. I, f" 310 r°.)
P. 145, 1. 7. Et en voisines provinces) . Id., ihid. : « Les Machlyes sont attenans les Auses, qui uns & autres habitent les environs du palus Tritonis.. . Les Machlyes laissent croistre leurs cheveux de derrière & les Auses ■ceux de devant. » (IV, 180; t. I, f° 306 v°.)
P. 145, 1. 10. On peut honnestement faire des enf ans). J'ignore la source de Montaigne pour ce passage; mais on trouve beaucoup d'indications semblables chez les voyageurs de l'époque. « Les hommes prennent tant de femmes que bon leur semble, ne s'arrestant à la parenté ny à la lignée, de sorte que le père prend la fîlle, & le frère la sœur, & le fîls sa mère, n'ayans mesme honte se joindre & associer en public comme les betes brutes... » (Voyage d'Anieric Vespuce, à la suite de l'ouvrage de Léon Africain. Lyon, 1556, p. 470.)
P. 145, 1. 13. Ic\ on vit de chair humaine). Les coutumes qui suivent, et qui, à la différence des précédentes, figuraient déjà dans l'édition de 1580, ne viennent plus de Lopez de Gomara lu par Montaigne après 1580; elles viennent presque toutes des auteurs anciens : Hérodote, Pline, Aulu-Gelle; Montaigne ne les y a peut-être pas prises directement, car ■elles étaient très vulgarisées, et on les retrouve dans beaucoup d'écrits du temps dont les auteurs se font un jeu de collectionner des usages qui déroutent l'imagination. (Voir la note p. 137, titre.)
P. 145, 1. 13. Tuer son père). Chez les Nomades, <hez les Sidoniens, les Scythes, les Thraces, chez les Massagètes (Hérodote, III, xxxviii; Marcouville, Traicté enseignant d'où procède la diversité des opinions humaines; Brués, Dialogues, p. 256; Bodin, République, I, v; etc.).
P. 145, 1. 18. Elles sont communes). Cf. Hérodote {IV, CLXXii), etc.
P. 145, 1. 18. Portent pour marque d'honneur). Cf. Hérodote, IV, clxxvi; Corneille Agrippa, Marcouville, etc.
P. 145, 1. 21. Vue chose publique). Allusion à la république des Amazones.
P. 145, 1. 25. Des nations entières). Surtout les Thraces; voir en particulier Valère Maxime, II, vi, 12; le fait se retrouve dans toutes les dissertations sur la mort et sur la misère humaine. De là il passe dans des œuvres de tout genre : ainsi d. Marot, pièce pour la naissance du troisième enfant de la duchesse de Ferrare. Bouaystuau, dans l'Histoire de Chelidonius (viii), cite comme références à ce sujet Hérodote, Valère le Grand, Pomponius Mêla, Solin ; et il ajoute : « Nous lisons de mesme des Indiens, Césiens, Cautiens, Gymnosophistes, Brachmanes », liste qui sera reproduite intégralement par d'autres .auteurs, comme Droit de Gaillard dans sa Méthode de l'histoire, xxix.
P. 145, 1. 26. Où les enfans (à Lacédémone). Fait très vulgarisé que Montaigne répète au moins trois fois dans les Essais.
P. 146, 1. 4. Des régions (en Perse). Cf. Xénophon, Cyropédie : « Ferunt domo pro cibo panem, pro obsonio nasturtium, ad potum vero capedinem ut ex flumine aquam hauriant. » (I, 11.)
P. 146, 1. 7. En Cio). Cf. Plutarque, Des vertueux faicts des femmes: «L'honnesteté de ces femmes se peult cognoistre à cela, que en l'espace de sept cents ans, il n'est point de mémoire que jamais il y ait eu femme mariée qui ait commis adultère, ne fille qui hors mariage ait été despucellee. » {Des Cienes, f° 233 v°.)
P. 146, 1. 10. Pindarus). Cf. ci-dessous la note, p. 148, 1. I, Darius.
P. 14e, 1. 19. Dit Aristote). Cf. Morale à Nicomaque (VII, vi).
P. 147, 1. I. Ceux de Crète). Cf. Valère Maxime : « Cretenses cum acerbissima execratione adversus eos quos vehementer oderunt uti volunt, ut mala consuetudine delectentur, optant. » (XII, 11, ext. 18.)
P. 147, 1. 21. Les peuples). Cf. cette idée dans le Contr'un de La Boétie, p. 23 et suivantes.
P. 148, 1. I. Darius (et p. 146, 1. 10, Pind.irus). Cf. Hérodote : « Au temps que Daire regnoit, il
ESSAIS DE MONTAIGNE
demanda aux Grecz qui estoient à la suitte de sa court, pour quelle somme d'argent ilz voudroient manger les corps de leurs pères trespassez, et ilz respondircnt que pour rien ne voudroient ce faire. Apres il feit appeler certains Indiens nommez Callaties lesquelz avoient coustume de manger leurs pères, il demanda presens les Grecz, pour combien ils voudroient consentir à brusler leurs pères dans un feu. Hz s'escrierent & dirent : Sire, Dieu vous doint bonne vie, mais faictes nous chanter chanson de meilleur présage. Ainsi cènes sont estimées les coustumes receues & suis d'opinion que Pindare a très bien faict quand il a dit que : Coustume est comme roy dominant sur tous. » (III, xii.) Ce texte est reproduit intégralement dans le commentaire de Le Ro)- sur la Politique d'Aristote, II, vi. Je crois que c'est dans ce commentaire que Montaigne l'a pris, parce qu'avant 1580 il ne semble pas faire usage de la traduction d'Hérodote par Saliat, tandis qu'il fait d'autres emprunts à ce commentaire de Le Roy ; de plus dans le même passage Le Roy rapproche de cette citation l'exemple des Thuriens que nous trouverons plus loin.
Le même exemple se retrouve encore avec la même application dans une lettre de Pasquier (M, à M. Chopin).
P. 148, 1. 10. Nil adeoinagniiw). « Il n'est rien de si grand, rien de si admirable au premier abord, que peu à peu l'on ne regarde avec moins d'étonnement. » (Lucr., II, 1023). Le texte de Montaigne, très différent de celui que nous lisons aujourd'hui, est conforme à l'édition Lambin (p. 177).
P. 148,1. \-]. j'y trouvai le fondement). Rapprocher II, XII, p. 341, 1. 6.
P. 148, 1. 19. De quoi Platon). Cf. Platon, Lois : « Constat nunc quoque plurimos hominum quamvis iniqui sint, bene, & diligenter, & sponte à pulchrorum conjunctione sese abstinere... Quando frater aut soror eximia pulchritudine alicui sit a filio quoque filiaque lex eadem, quamvis scripta non sit, sufficienter repellit, prohibetque & manifestum & furtivum istorum concubitum... Unum ergo verbum atque brevissimuui omnes hujusmodi voluptates extinxit... Quod fas nihil horum esse dicitur, sed apud deuni odio haberi, & turpium omnium esse
turpissima. Causa autem nonne hœc est? Quia nemo aliter prédicat, sed statim ab ineunte Ktate & joco simul & serio dicta, & sitpius in tragœdiis hœc eadem audiunt, quando vel Thyestem, vel Œdipum, vel Macareum mortem sibi debitam sceleris pœnam conscivisse propter hujusceniodi venerem narrant... Miram enim famce potentiam novimus, quando nemo aliter quani jubeat lex ne respirare quidem audeat. » (VIII, VI, p. S38; éd. de 1546, p. 845.)
P. 149, 1. 8. Chrysippus). Cf. Sextus Empiricus, Hypotyposes, I, xiv; surtout Diogène, Vie de Chrysippe, que Montaigne lisait à l'époque où il a écrit ceci.
P. 149, 1. 22. L'ingénieuse opinion d'Isocrates). Cf. Isocrate, Discours à Nicoclès : « Effice negotiationes eis lucrosas, lites detrimentosas : ut has fugiant, illas appelant. » (VI, xviii, éd. de 1570, col. 26.)
P. 149, 1. 26. Comme disent nos historiens). Cf. Paul- Émile. Voici le passage dans la traduction Regnard : « Il taschoit que les François receussent les premiers les loix impériales, qu'il vouloit luy-mesme faire toutes neufves, &: toujours par icelles se gouvernassent à l'advenir. Dont les grands seigneurs de France, craignans vivre en perpétuelle senùtude commencèrent à se mutiner : tant qu'un d'entre eux appelle Gascon & de Gascongne mesme... osa bien tenir ces propos à l'empereur. » Suit un long discours du Gascon, & la conclusion en est que Charles «se désista de son entreprise & ne fut rien changé des anciennes coustumes des François».
P. 150, 1. 3. ifl charo;e de juger). Depuis le chancelier Duprat sous François I'", les abus de l'organisation judiciaire en France sont signalés par tous les écrivains du temps. Les critiques de Montaigne ne sont pas originales. Sans revenir sur les plaintes éloquentes et bien connues de Budé qui ont inspiré plusieurs de ces auteurs que nous allons nommer, citons autour de Montaigne : ^'iret, h- monde à l'empire (1550, dans les dialogues II et III); Cousteau, dans le Pegme (1553; éd. française de 1560, pp. 54, 188, 329, etc.); Bouaystuau, Histoire de Cbelidonius (1557, x); Tahureau, Dialogues (1565; éd. de 156e, pp. 109-122); Henri Esù^innc, Apologie pour Hérodote, (1565, XM, xvi); Le Roy, h-s Politiqiws d'Aristote (1568; éd. de 1576, p. 266); Hotman, b'rancogallia