‹ Les Essais de Michel de MontaigneChapitre 156 sur 449 · LIVRE I, CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XXIII

(1573, xx); Gentillet, Discours sur les moyens de bien gouverner (1576; éd. de 1579, III, xxxv, pp. 33, 598, 606, etc.); Bodin, Les six livres de la République (1576, passim); A. Délavai, traduction annotée des Piu consigli de Guichardin (1576, n"' 187 et suivants), Pierre L'Ostal, Discours piiUosophiqucs (1579, xv); Droit de Gaillard, Méthode de l'histoire (1579, x); Guillaume Bouchet, Sérées (1584, I, ix); Coignet, Instruction aux Princes pour garder la foy promise (1584, xx); du Fail, Les contes et discours d'Eutrapel (1585, dise. I); La Noue, Discours politiques (1587, dise. IV); etc., etc.

P. 151, 1. I. De suivre le stille commun). Cette conclusion est encore celle qu'on trouve chez beaucoup de contemporains. Elle s'inspire des anciens, de Cicéron, d'Aristote (Politiques, II, vi), de Platon (Z.0/5, VII), etc. Le Roy, dans son Commentaire des Politiques d'Aristote, II, \'i, avait réuni un petit faisceau de faits dont il tirait la même leçon (1568). Et nous retrouverons les mêmes idées, souvent avec les mêmes faits, dans la République de Bodin, IV, m, dans les Discours de Gentillet sur les moyens de bien gouverner, III, xxii, dans le Discours de Charondas le Caron sur la tranquillité de l'esprit, etc. Peut-être Montaigne s'est-il inspiré du chapitre de Le Roy. Au point de vue des usages de la vie, des vêtements, des manières, les auteurs italiens comme Castiglione, comme Giovanni délia Casa, et plus tard Gua^zo, lui prêchent la même leçon.

P. 151, 1. 10. Socrates refusa). Cf. Platon dans le Cri ton.

P. 151, 1. 14. Ns;j.î'.;). On doit obéir aux lois de son pays (sentence prise des tragiques grecs). Elle ne se rencontre pas dans Stobée. Je crois que Montaigne l'a trouvée dans le recueil de sentences grecques de Crispin (i 569-1 570).

P. 151, 1. 20. Le législateur des Thuriens). Cf. Diodore de Sicile : « Il ordonna que celuy qui entreprendroit de faire révoquer ou corriger une de ses loix, pendant qu'il deduyroit & remonstreroit au peuple ses raisons, pour lesquelles il pretendroit la loy devoir estre corrigée, se meist un las courant au col, lequel y demourast jusques a ce que le peuple eust donné son jugement sur la correction de celle

loy, & si le peuple approuvoit les raisons pour lesquelles il la vouloit faire corriger, qu'il fust délivré; mais, s'il les reprouvoit, qu'il fust tout sur le champ estranglé du las qu'il avoit au col. » (XII, iv, f° 43 v°.) Il s'agit de Zaleucus le législateur des Locriens. Le fait se retrouve avec la même valeur chez Le Roy, chez Bodin, chez Pasquier (I^//rfj', III, lettre à Ramus), etc.

P. 151, 1. 23. Et celuy de Lacedemone). Lycurgue. Cf. Plutarque, Vie de Lycurgue, xxii. Le fait est mentionné avec la même valeur dans la République de Bodin, IV, IV ; mais il est ailleurs encore, et il n'en faut pas conclure que Montaigne l'a pris chez Bodin.

P. 151, 1. 25. L'ephore). Cf. Plutarque, Les dicts notables des Laceda'moniens : « Emerepes estant Ephore couppa avec une hachette deux chordes des neuf que le musicien Phrynis avoit en sa lyre, disant, Ne viole point la musique. » (F° 216 v°.)

Je retrouve le même fait dans une collection toute semblable, auprès de la disposition législative de Zaleucus, dans YApologia pro regibus de Blackwood (1581). Peut-être faut-il conclure de là que ce fait était déjà joint aux précédents dans les exemples traditionnels sur cette question, et que Montaigne et Blackwood s'inspirent d'une source encore inconnue.

P. 152, 1. I. C'est ce que signifioit). Cf. Valère Maxime, II, vi, ext. 7, qui indique cette signification symbolique. On retrouve la même allusion avec la même valeur dans une lettre de Pasquier (III, lettre à Ramus sur l'orthographe). Coignet la reprendra encore dans l'Instruction aux princes pour garder la foy promise (1584). Il ajoute que Cicéron et Tite-Live louent les Marseillais de leur conservatisme.

P. 152, 1. ^. Heu patior). «Ah! ce sont mes propres flèches qui ont causé mes blessures. » (Ovide, épître de Phyllis à Démophon, vers 48.)

P. 153, 1. I. Ce que Thucidides (III, ui). Mais Montaigne prend ceci chez Plutarque, Comment on pourra discerner le flatteur d'avec l'amy : « Thucydides escrit qu'es séditions & guerres civiles, l'on transferoit la signification accoustumee des mots, aux actes que l'on faisoit, pour les justifier : car une témérité désespérée estoit réputée vaillance aimant ses amis : une dilation providente, honneste couardise : une tempérance, couverture de lascheté : une prudence

circonspecte, générale paresse : aussi tault il bien prendre garde es flatteurs là où Ion verra qu'ils appelleront prodigalité, libéralité... » (F° 44 E.)

P. 1)3, 1. 5. Honesta). "Le prétexte est honnête.» (Térence, Andiinine, I, i, 114-)

P. 153, 1. 6. Adeonihil). «Tant il est vrai qu'aucun changement apporté aux instinnions anciennes ne mérite approbation. » (Tite-Live, XXXIV, liv.)

P. 153, 1. 17. Ad deos). « Que cela concernait les dieux plus qu'eux-mêmes, que ces dieux empêcheraient la profanation de leur culte.» (Jd., X, vi.)

P. 153, 1. 19. A ceux de Delphes). Cf. Hérodote : « Les Delphes... demandèrent à l'oracle qu'ilz avoient à faire des thresors sacrez, si les dévoient cacher en terre, ou les transporter ailleurs. Le dieu défendit qu'on ne le bougeast point, disant qu'il estoit suffisant pour garder son bien. » (VIU, xxxvi, t. II, f^'MSv^)'

P. 154, 1. 14. Qiiis est eiiiiii). «Qui pourrait en ert'et ne pas respecter une antiquité qui nous a été conservée et transmise par les plus éclatants témoignages?» (Cic, De divin. ^ I, xl.)

P. 154, 1. lé. La défectuosité). Cf. Isocrate, Discours à Nicoclès : « Optimum certè quidem est, servare modum, sed quoniam is non facile cognoscitur : malis citrà resistere, quàm ultra progredi. » (IX, xxxiii, éd. de 1570, col. 30.)

P. 155, 1. 14. Quniii de reJigiom agitur). « En matière de religion, mes modèles sont T. Coruncanius, P. Scipion, P. Scevola, souverains pontifes, non Zenon, Cléanthe ou Chrj'sippe. » (Cic, Deiial. deonnn, III, II.) Le texte est celui de l'édition de Paris 1538.

P. 15e, 1. 9. Aditum nocendi). « Se fier à un perfide, c'est lui donner le moyen de nuire. » (Sénèque, Œdipe, III, 686.)

P. 156, 1. 15. On sçail). On trouve un passage assez semblable à celui-ci dans les Opuscules politiques de Grimaudet (1580) : « Plutarque dans la Vie de Marins reprend Octavius de pareille faute, qui par superstition d'enfreindre les loix en temps où la republique estoit en péril, refusa faire ce qu'estoit nécessaire, et de prompt expédient, pour la défense de la ville : et par telle fainéantise et peu d'avis il laissa Rome à la boucherie de Marius et de Svlla. »

Grimaudet adresse des critiques semblables à Lentulus et à Scipion pour leur attitude dans la guerre civile de César. Il insiste sur cette idée que dans les temps de guerre civile, comme ceux que traverse la France, il ne faut pas se montrer trop superstitieux sur ce point. Je ne crois pas qu'il y ait eu influence de Grimaudet sur Montaigne. L'assimilation de nos guerres civiles à celles des Romains est partout alors; sans cesse on détermine sa propre ligne de conduite en examinant et en critiquant la conduite des Romains qui ont été mêlés aux guerres civiles.

P. 156, 1. 16. Octavius). Cf. Plutarque, Vie de Marius : « Marius se saisit premièrement du mont que Ion appelle Janiculum, par la faulte d'Octavius, lequel ruina ses afl"aires non tant par faulte d'entendre ce que le besoing de la guerre requeroit, comme par une importune bonté & justice de vouloir trop exactement obsen-er les droits contre l'utilité : car coumie plusieurs l'admonestassent de proposer liberté aux esclaves pour leur faire prendre les armes à la défense de la chose publique, il respondit qu'il ne donneroit jamais loy nj- privilège de bourgeoisie Romaine aux esclaves, de laquelle il debouttoit Caius Marius pour m.iintenir l'authorité des loix. » (xv, f° 301 v".)

P. 156, 1. 24. Celui qui ordonna). Agésilas. /</., Vie d 'Ai^csilas : « Toutefois son authorité estoit si grande pour sa vertu et sa réputation si bonne, que non seuleuient ilz se ser\"oient de luy à la guerre, comme de leur Roy et de leur souverain capitaine : mais au.ssi usoient de son conseil et de son advis quand il estoit question de trouver expédient en quelques difficultez civiles : comme ilz feirent lorsqu'ilz estoient en douhte, s'ilz dévoient imposer à ceulx qui s'en estoient fouiz de la battaille,... les notes d'infamie auxquelles les loix les condemnent, pource qu'ils estoient en grand nombre, et tous des plus nobles et plus puissantes maisons de la ville, de peur qu'ilz ne leur suscitassent quelque nouvelleté... Et luy, sans oster ny adjouxter ou changer rien aux loix, en publique assemblée de tout le peuple Laced;vmonien, dit, que pour ce jour là il falloit laisser dormir les loix, pourveu que de lors en avant elles reprissent leur authorité. Par ce moien il mainteint les loix sans y

Page 1