LIVRE I, CHAPITRE XXIII
rien corriger, et si sauva l'honneur à ces pauvres gens. » (vi, f" 429 v^*.)
P. 156, 1. 26. Et cet antre). Alexandre. Id., Fie d'Alexandre : «... y en avoir qui disoient qu'il falloir prendre garde à roh.ser\-ance anciene des mois, pource que les Roys de Macédoine n'avoient jamais accoustumé de mettre leur armée aux champs le mois de Juin : à quoy Alexandre leur respondit qu'il y remedieroit bien, commandant que l'on l'appelast le second May. » (v, f*^ 469 v".)
P. 156, 1. 27. Les Lacedemoiiieiis). Id., Vie de Lysaiider : « Mais pour autant qu'il y avoit une loy qui defendoit, qu'un mesme personnage ne fust deux fois admirai, & que neantmoins ilz vouloient gratiiier à la requeste de leurs alliez, ils donnèrent le nom & le tiltre d'admiral à un nommé Aracus, & à luy de superintendant de la marine : mais en effect ilz luy baillèrent la souveraine authorité de toutes choses. » (iv, f° 30e r".)
P. 157, 1. 4. Et de mesme subtilité). Id., Fie de Pe'riclès : « Les Lacedœmoniens envoyèrent des ambassadeurs à Arhenes sur ce poinct là : & comme Pericles alleguast une loy qui defendoit d'oster le tableau, sur lequel un edict public auroit une fois esté escrit, il y eut l'un des ambassadeurs de Lacedcemone nommé Polyarces, qui luy dit : Et bien ne l'oste pas, mais rourne le seulement, car vous n'avez point de loy qui défende cela. Ce mot fut trouvé plaisant, mais non pour cela Pericles n'en fleschit jamais. « (xviii, f' 115 r°.)
P. 157, 1. 9. Phttarqiie loue Philopœmen). Id., Comparaison de Titus Q. Flainininus avec Phihpœweii : « Par ainsi estant né pour commander, il ne sçavoit pas seulement commander selon les loix, ains aux loix mesmes quand il en estoit besoing, & que le bien public le requeroit. » (f° 268 v°.)
Chronologie : Aucune allusion ne permet de dater cet essai avec certitude. Pourtant, outre la place occupée par lui, plusieurs faits tendent à marquer que la majeure partie en a été composée dans la première période (environ 1572) : 1° l'exemple de la fille « qu'Albert recite s'estre acoustumée à vivre d'araignées », vient très probablement des Diverses
leçons, de Pierre de Messie, ouvrage qui semble avoir été mis à contribution par Montaigne, dans les essais viii et ix du premier livre, tous deux datés de 1572; 2° l'exemple des Thuriens est pris directement à la traduction qu'Amyot avait donnée de Diodore de Sicile en 1554; or, les seules traces certaines de cette traduction avant 1580 se rencontrent dans des essais qui semblent être de la première période (I, xvi; I, XLiii); 3° il est probable que la citation grecque, qui n'est pas dans Stobée, a été prise dans le même florilegium que les citations des chapitres I, xxxiii, et I, xxxiv, très probablement dans le recueil des sentences de Crispin; or, les essais I, xxxiii, et I, xxxiv, sont datés avec certitude de 1572. L'hypothèse est donc ici tout à fait vraisemblable. Notons toutefois que l'unité de cet essai n'est pas suffisante pour qu'on ne puisse pas supposer des additions postérieures à la rédaction primitive. L'occasion du chapitre semble avoir été le spectacle d'un « petit homme natif de Nantes », qui, privé de bras, avait appris à les remplacer par ses pieds (p. 140, 1. 8). La date à laquelle ce personnage s'est foit voir dans le voisinage de Montaigne nous fournirait sans doute une indication utile. Mais jusqu'à présent je n'ai rencontré aucune trace de son passage dans le Périgord. Nous l'avons trouvé en mars 1579 dans le Poitou, à Saint-Maixent : on pourrait être tenté de croire qu'à cette date il venait du Périgord ou s'y rendait. Mais rien n'appuie cette hypothèse. Sept ans plus tard l'homme de Nantes passe sous les yeux de L'Estoile : il a donc longtemps poursuivi ses tournées. Il a, d'ailleurs, à cette époque, nous dit L'Estoile, environ quarante ans. Comme son infirmité était congénitale, il est peu probable qu'il ait attendu la trentaine pour en tirer profit. Sans doute il voyagea bien avant 1 579. Nous ne pouvons donc rien conclure de ce fait touchant la date à laquelle l'essai De la constnme a été composé.
Résume : Cet essai se divise en deux parties : 1° puissance de la coutume et étrangère de ses effets; 2° en dépit de la vanité de nos usages, nécessité de les obser\-er et de fuir toute « nouvelleté ». D'un côté comme de l'autre Montaigne exprime des idées
qui sont familières à ses contemporains, et, en 1580, il le fait au moyen d'exemples qui se rencontrent fréquemment dans les écrits du temps. Il y joint seulement quelques faits empruntés aux Vies de Plutarque dont il fait alors sa lecture habituelle. On le voit ainsi se pénétrer du sentiment de la relativité, et il commence à formuler son conser^-atisme politique et religieux. En 1588 les deux parties seront considérablement développées, la première par un amas de coutumes empruntées surtout à Lopez de Gomara, la seconde par des développements très personnels inspirés, semble-t-il, par les troubles civils.
En 1595 toutes deux reçoivent encore de nombreuses et très importantes additions qui prouvent combien l'intérêt de Montaigne est resté attaché aux questions qu'il y avait traitées. Hérodote et des ouvrages sur les expéditions des Portugais aux Indes fournissent de nouvelles coutumes, mais surtout Montaigne ajoute quelques développements très riches, dont plusieurs sont suscités directement par des expériences personnelles, d'autres par d'abondantes lectures d'auteurs anciens, de Platon, de Tite-Live, etc., mais principalement de Cicéron dont le conservatisme séduit singulièrement Montai<?ne.
Chapitri-: XXIV.