‹ Les Essais de Michel de MontaigneChapitre 159 sur 449 · LIVRE I, CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XXIV

P. 165, 1. 24. Scipion sccitt). Cf. Tite-Live, XXVIII,

P. 166, 1. 5. Habita fides). «La confiance que nous témoignons bien souvent appelle la bonne foi » (il est impossible de rendre en français le jeu de mots que permet en latin le double sens du latin «fides», qui signifie à la fois confiance et bonne foi). (Jd., XXII, XXII.) Montaigne a sans doute pris cette phrase dans les Politiques de Juste Lipse (IV, xiv).

P. 166, 1. 9. Le plus dejjiant). Louis XI, à Péronne (1468). Commines (II, v; II, vu) blâme Louis XI ■de son imprudence.

P. 166, 1. 17. Stctit aggere^. «Il parut sur un tertre de gazon, debout, le visage intrépide ; ne craignant rien, il mérita d'être craint. » (Lucain, V, 316.)

P. 166, 1. 29. Je vis en mon enfance). Je crois qu'il s'agit du sire de Moneins, lieutenant du roi en Guyenne au nom d'Henri d'Albret en 1548, au moment de la fameuse sédition de Bordeaux. Il fut tué le 21 août. «Le peuple... hurlait et campait autour de la mairie... Moneins eut la hardiesse de vouloir sortir : il n'avait que trois amis près de lui; •quant à La Chassaigne, un remous l'avait écarté. Mais alors on se mit à crier : Guyenne! Guyenne! Ce •qui fit comprendre à Moneins qu'il était perdu; il rentra dans la mairie; la foule l'y suivit, s'amusa de lui comme d'un jouet, puis l'égorgea comme une victime. » (Jullian, Histoire de Bordeaux, éd. de 1895, p. 341.) Nous avons bien là les alternatives d'audace et d'hésitation auxquelles Montaigne fait allusion.

P. 168, 1. 16. La vove qu'y tint.) Cf. entre autres Suétone (César, lxxv).

P. 168, 1. 24. Un estranger). Cf. Plutarque, Dicts notables des anciens roys... : « Il y eut une fois un estranger qui luy promit tout hault de luy enseigner à part en secret, à quoy il pourroit cognoistre ceulx qui conspiroient & machinoient contre luy : Dionysius le pria bien fort de luy dire, & l'autre allant devers luy, Donne moy, dit il, un talent (six cens escus) à fin qu'il semble à ceulx de Syracuse que tu aies appris de moy les signes ausquels tu pourras descouvrir ceulx qui conjureront alencontre de toy : il le luy donna, & feit semblant d'avoir appris & entendu de lu}' ces moiens, louant grandement la subtile façon

de tirer argent que cest homme avoit inventée. » (F° 190 r°.)

P. 169, 1. 9. Le duc d'Athènes). Cf. Machiavel, Istorie Florentine, et surtout Villani, Historié universali di suoi tenipi : « Fece pigliare uno Matteo di Morozzo e in su uno carro attanagliare e poi tranare senz' asse e impiccare perche aveva rivelato uno trattato dei Medici ed altri che dovevano offendere il Duca e non voile credere a suo pericolo e danno di quello che gli avvenne. » (11^ partie, I, xii; éd. de Venise

P. 169, 1. 15. L'histoire de quelque Romain). Cf. Appien qui raconte des aventures analogues à celle-ci : «Varus, dit Appien au sujet d'un des proscrits,... s'eschappa et s'enfuyt par les montagnes tant qu'il vint au marest qui est près Minturne, où il se alla musser pour soy reposer : mais il advint que ceulx de la ville alloyent cherchant des larrons, et, voyans remuer les cannes et roseaux du marest...' », ils le prennent pour leur larron; Varus, menacé de la torture, se dénonce et se livre par là même aux exécuteurs des triumvirs. Ici nous n'avons pas du tout la conclusion de Montaigne; nous ne retrouvons que son cadre. La conclusion nous est offerte, à peu de chose près, par l'histoire d'un autre proscrit : « Aponius estant en seureté dedans quelque lieu bien secret, abomina de vivre ainsi povrement et meschamment, et, sortant dehors, se alla présenter aux meurdriers". » Il me semble que Montaigne a mêlé ensemble dans son souvenir ces deux anecdotes, et peut-être d'autres encore, car le passage est riche de faits semblables, et de cet amalgame est sortie l'histoire un peu inexacte qu'il nous rapporte.

Chronologie : Aucune indication ne permet de dater cet essai.

RÉSUMÉ : L'occasion du chapitre est le contraste entre les exemples d'Auguste (p. 159, 1. 23) et de François de Guise (p. 158, 1. 2) qui, avec une conduite identique, eurent un sort si différent. Sénèque,

1 ÉJ. de 1544, p.

- Id., p. 486.

ESSAIS DE MONTAIGNE

dans le De ckmcntiâ, où Montaigne prend tout au long l'exemple d'Auguste, assure que la clémence et que les bienfaits sont la sauvegarde des princes; il affirme même à plusieurs reprises (I, 3, et I, 198) que la clémence est un rempart suffisant. De pareils jugements ont réveillé dans la pensée de Montaigne l'aventure de François de Guise qui en prouve l'inexactitude. Beaucoup des vulgarisateurs du temps, dans des chapitres sur la clémence, rappelaient brièvement l'exemple d'Auguste et de Cinna (ainsi Droit de Gaillard, xxvii); Montaigne diffère de la plupart de

ses devanciers en ce qu'il fait effort pour le critiquer. De là une longue dissertation sur la toute-puissance de la fortune sur nos délibérations, l'incertitude de nos jugements et la conduite qu'elle nous impose, dissertation qui s'augmentera, en 1588 et en 1595, d'exemples variés, d'expériences personnelles et de réflexions. Les exemples qu'il avait choisis et le De cleiiientid dont il s'inspirait l'engageaient à émettre cette idée qu'un prince ne doit pas être défiant, se laisser effrayer par les dangers qui l'entourent. C'est celle-là qui, à partir de 1588, deviendra l'idée principale.

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