‹ Les Essais de Michel de MontaigneChapitre 167 sur 449 · LIVRE I, CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XXVI

P. 212, 1. 13. Emprisonne ce garçon). A cette critique des collèges on peut opposer le grand éloge qu'en tait Jean des Caurres dans ses Œuvres morales et diversifiées : « Brief discours des louanges d'un collège.» (VIII, Liv.) «Il est fort requis pour plusieurs raisons que tous les escholiers demeurent en un collège, response à tous ohjects contraires. » (VII, Lv.) N'ayant pas rencontré l'édition de 1377, j'ignore si ces chapitres y figuraient ou s'ils paraissent pour la première fois dans l'édition de 1584; il ne m'a pas semblé que des Caurres ait eu pour objet de répondre à Montaigne. La Noue (^Discours pol. et mil., V) est d'un avis intermédiaire entre celui de des Caurres et celui de Montaigne : tout en reconnaissant les défauts des collèges il en prend la défense parce qu'il trouve qu'on n'a rien de mieux à leur opposer; ils lui semblent toutefois si peu adaptés aux besoins de la noblesse que pour les gentilshommes il demande la création d'académies spéciales. Peut-être a-t-il voulu répondre à Montaigne (1587).

P. 212, 1. 22. Carneades). Cf. Diogène Laerce, Vie de Carnéadc : «Et cœsariem et ungues nutriebat, tanta erat in literas intentione. » (IV, lxii, 286.)

P. 212, 1. 24. La sagesse Françoise). Rapprocher le passage suivant de Ilhodigin, Antiquarnm leclioninn lihri : « Qua in parte commonendi amplius sumus, quod a doctissimis proditum est, Gallorum pueros initio sapientes videri, mox auctiores factos desipere. Quod educandi curœ aliqui adscribunt... Unde scitissimum profluit Adagium ut Gallicam appelantes Sapientiam, prematuram intelligamus et qux' mox deficiens obrutescat quodammodo. » (Ed. de 15 16, p. 839.) Rhodigin écrivant au début du xvi^ siècle ne met naturellement pas les collèges en cause, mais le rapprochement n'en est pas moins frappant, et nous retrouvons là le proverbe cité par Montaigne. Je dois ce rapprochement à l'obligeante érudition de M. Plattard.

P. 213, 1. 9. Isocrates). Cf. Plutarque, Propos de table : « Non plus que l'orateur Isocrates ne voulut oncques respondre à ceux qui le pressoient de leur dire quelque chose de beau en banquetant, lesquels ne peurent jamais tirer de luy autre chose sinon. Il n'est pas maintenant le temps de ce que je sçay faire : et

ce dequo)- il est maintenant le temps, je ne le sçay pas faire. » (I, i, f° 359 v°.) Tout le passage est à rapprocher; Montaigne s'en inspire très directement.

P. 213, 1. 19. Et Platon). Id., ibid., f° 360 v°.

P. 213, 1. 23. ^Eque paiiperibiis). «Elle est utile aux pauvres, elle est utile aux riches; ni les enfants ni les vieillards ne la négligeront impunément. » (Horace, Èpitres, I, i, 25.)

P. 214, 1. 8. Comme dict Platon). Cf. Plutarque, Les règles et préceptes de santé : « Parquoy Platon nous admonestoit sagement, de ne remuer et n'exercer point le corps sans l'ame, ny l'ame aussi sans le corps, ains les conduire également tous deux, comme une couple de chevaux attelez à un mesme timon ensemble. » (F" 301 r".)

P. 214, 1. II. El, à l'ouir). Voir en particulier Platon, Les Lois, liv. \\\.

P. 214, 1. 16. Et cruauté'). Cf. les mêmes idées dans l'essai I, vin, p. 75, 1. i.

P. 215, 1. 9. Ouinlilicn). Dans YLislitution oratoire (I, III, à la fin).

P. 215, 1. 14. Speusippns). Cf. Diogène Laerce, Vie de Speusippe : « Gratiarum signa in schola collocavit. » (IV, I, 245.)

P. 215, 1. 17. Cond'ien Platon). Cf. Les Lois, liv. VII en entier, particulièrement éd. 1546, f" 828 et 837.

P. 216, 1. 3. La complexion de Deinophon). Cf. Diogène Laerce : « Demophon mensis pra;fectus Alexandri ad umbram calefiebat, soleque rigebat. » (F/f de Pvrrhon, IX, lxxx, 631.) Antérieurement Montaigne avait lu le même fait chez Sextus Empiricos, Hypotvp., I, xiv; chez Bruès, p. 15, etc. Ceux qui se plaisaient à recueillir des étrangetés sur la nature humaine notaient volontiers ce fait.

P. 21 6, 1. ^. J'en ay veu fuir la senteur des pounnes). Peut-être s'agit-il du même personnage dont Bruyerin Champier parle en ces termes dans son De re cibaria : « Novimus prœterea Joannem à Querceto, Parisiensem, regium secretarium in aula maximi regum atque clarissimi Francisci ejus nominis I, qui solo malorum odore atque aspectu adeo turbaretur ut statim illi abeundum esset e convivio si apposita cerneret. Quod si propius naribus admoverentur.

ESSAIS DE MONTAIGNE

repente illi e naribus sanguis profundebatur... ideoque turundis ex pane confectis utramque narem obturabat. Hujusmodi vero malorum odium innatum et peculiare fuisse in nobilissima Aquitaniœ familia Flustatum (quos nunc Foësios appellant) accepimus. Gcrmanicus gallum gallinaceum aspicere non poterat. Persarum magi mures intolerabili prosequebantur odio : quare eos interficiebant. » (Éd. de Lyon 1560, I, XXIV, 80.) On trouve encore beaucoup de faits analogues dans le même chapitre qui est intitulé : Odium erga quosdaiii cibos quibiisdam honiinilnis contingit.

P. 216, 1. 7. Geriiiaiiiciis). Cf. Plutarque, De l'cinic et de la haine : « Geruianicus ne pouvoit souffrir ny le chant ny la veuë d'un coq. » (11, f° 108 r°.)

P. 216, 1. 17. Au desregkiiicnt et ans excès). Cf. les mêmes idées exprimées par Montaigne quelques années plus tard dans l'essai III, xiii.

P. 21 6, 1. 20. Calisthenes). Cf. Plutarque, Fie d'Alexandre, et aussi De la colère, m, etc.

P. 216, 1. 25. Multiiiii iiiterest). «Il y a grande différence entre ne vouloir pas et ne savoir pas faire le mal. » (Sén., ép. 90.)

P. 217, 1. 3. J'en sçay qui). Quelques années plus tard, dans la préface de sa traduction d'Arrien, Witard écrivait : « Si Alexandre buvoit d'autant, c'estoit (comme escrit mesme Arrian) pour entretenir les capitaines de diverses nations qu'il avoit avec luy, non que de son naturel il y fust addonné. Et estoit au jugement des gens de guerre et de tous autres de bon entendement une grande discrétion à luy de se pouvoir ainsi accommoder pour quelques fois avec les personnes dont il avoit affaire. Et de nostre temps se sont veuz de braves chefs de grosses et puissantes armées pratiquer le mesme : dequoj' ils ont esté plustost louez que blasmez. »

P. 217, 1. 5. Merveilleuse nature d'Alcibiades). Cf. Plutarque, Vie d'Alcibiade : « Il n'y avoit meurs, coustumes, ny (;içons de faire de quelque nation que ce fust, qu'Alcibiades ne sceust imiter, exercer et contrefaire quand il vouloit, autant les mauvaises que les bonnes. Car à Sparte il estoit laborieux, en continuel exercice, vivant de peu, austère & severe : en lonie, au contraire, délicat, superflu, joyeux.

& voluptueux : en Thrace il beuvoit tousjours, ou estoit à cheval : s'il s'approchoit de Tissaphernes lieutenant du grand Roy de Perse, il surmontoit en pompe & sumptuosité la magnificence Persienne. » (xiv, f" 139 r°.) Alcibiade est déjà présenté comme modèle de l'homme de bonne compagnie, tout à fait à la manière de Montaigne, dans le Cortegiano de Castiglione (liv. I, éd. Cian, paragr. 43). Montaigne reviendra sur la même idée après 1588, dans l'essai

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