LIVRE I, CHAPITRE XXVI
P. 218, 1. 12. Oui disciplina ni). «Qui fait de sa science non un sujet d'ostentation, mais la règle de sa vie; qui .sait s'obéir à soi-même, se soumettre à ses décrets. » (Cic, Tiisc, II, iv.)
P. 218, 1. 15. ZcHxidamits). Cf. Plutarque, Dicts notables des Lacedœmonicns : « Zeuxidamus respondit aussi a un qui luy demandoit, pourquoy ils ne redigeoyent par escript les status et ordonnances de la prouesse, et qu'il ne les bailloient escripts à lire à leurs jeunes gens : pour ce, dit il, que nous voulons qu'ils s'accoustument aux faits, & non pas aux escriptures. » (F° 217 r°.)
P. 218, 1. 22. La inoictie de nostre aage). Rapprocher des plaintes semblables qu'on rencontre dans les Epîtres de Sénèque : « ^tatem in syllabis conteram. » (Ép. 88.) Au xvi*^ siècle beaucoup d'hommes se plaignent du temps que l'on perd à l'étude des langues anciennes. Cf. en particulier du Bellay, Deffeitce et illustration : « A grand' peine avez vous appris leurs mots, et voilà le meilleur de vostre âge passé. » (I, III.) Cf. aussi Le Roy, Deux oraisons... (•pos ^ ^.o gj j ^o-j. Lg j:^Qy^ Vicissitude (éd. 1577, f 23 V).
P. 219, 1. 25. En bergamasque). Souvent mentionné <ians les écrits italiens du xvi= siècle (comédies et nouvelles), et tourné en ridicule comme l'un des dialectes les plus grossiers de la péninsule. Cf. en particulier une phrase du Cortegiano de Castiglione, I, XXX, où il est cité avec ironie, et qui donne à penser que de l'avis unanime il était plaisant de songer à faire usage d'un pareil patois pour écrire ou pour parler. (Voir dans l'éd. Cian du Cortegiano, p. 64, une note instructive à ce sujet.)
P. 219, 1. 26. Verbàqne). « A'oit-il son sujet : les mots ne feront aucune difficulté à suivre. » (Hor., Art poétique, 311.)
P. 219, 1. 27. Cum res). «Quand les choses ont saisi l'esprit, les mots se présentent d'eux-mêmes. » (Sén., Controverses, m, proème.)
P. 220, 1. I. Ipsx res). «Les choses entraînent les paroles.» (Cic, De finibus, III, v.)
P. 220, 1. 3. Petit Pont). Le Petit-Pont ou pont du Petit-Chàtelet, un des trois premiers ponts de Paris, par opposition au Grand-Pont devenu Pont-au-Change.
P. 220, 1. 6. Maistre es arts). Celui qui avait reçu les titres universitaires qui lui permettaient d'enseigner les arts libéraux.
P. 220, 1. 7. Du candide lecleur). Allusion aux préfiices adressées « candido lectori » qu'on rencontre en tête d'un grand nombre d'ouvrages de l'époque.
P. 220, 1. II. Afer montre). Dans le Dialogue des orateurs de Tacite, xix. Il faut lire « Aper » et 'non « Afer » .
P. 220, 1. 12. Les Ambassadeurs de Sanios). Cf. Plutarque, Dicts notables des Laccdœmoniens : « Et aux ambassadeurs de Samos qui estoient venus devers luv, pour luy persuader d'entreprendre la guerre contre le t)-ran Polycrates, & pour ce faire usoient de longues persuasions, il respondit. Quant à ce que vous avez dit au commencement, il ne m'en souvient plus, & pour ceste cause je n'ay point entendu le milieu : & quant à ce que vous avez dit à la fin, je ne le trouve pas bon. » (F° 218 r\)
P. 220, 1. 19. Les Athéniens esloyent). Id., Lnstruction pour ceux qui manient affaires d'estat : « Comme Ion escrit de deux architectes & maçons, que Ion vouloit esprouver à Athènes, pour sçavoir lequel des deux seroit mieulx à propos pour entreprendre une grande fabrique & édifice publique : l'un, qui estoit aifetté & sçavoit bien dire sa raison, recita une harengue qu'il avoit préméditée touchant cette fabrique, si bien qu'il émeut toute l'assistance du peuple : & l'autre qui entendoit bien mieulx l'architecture, & ne sçavoit pas si bien harenguer, se présentant au peuple ne feit que dire, Seigneurs Athéniens, ce que cestuv cy a dit, je le ferai. » (IV, f^ 163 v^)
P. 220, 1. 24. Au fort de l'éloquence). Id., Vie de Caton d'Utiqne : « Ciceron qui estoit ceste année là Consul, en défendant Murena se mocqua si plaisamment des philosophes Stoïques, & de leurs estranges et extraordinaires opinions, qu'il en feit rire les juges, de sorte que Caton mesme se soubriant, dit à ceulx qui estoient autour de luy : \o\fi que nous avons un plaisant Consul qui fait ainsi rire les gens. » (vi, fo 534 r°.)
P. 221, 1. 4. Emunctir naris). «Il a bon goût, si ses vers sont négligés. » (Hor., Sat., I, iv, 8.)
P. 221, 1. y. Tevipora ccrta). « Otez-en le mhme et la mesure, inten-ertissez l'ordre des mots, faisant des premiers les derniers et des derniers les premiers; vous retrouverez le poète dans ses membres dispersés. » {Id., Sal., I, IV, s8.)
P. 221, I. II. C'est ce que respoiidil Menandcr). Cf. Plutarque, Si les JtiKiiieiis ont esté plus exceUens en armes qu'en lettres : « Menander luy respondit, si ay... je l'ai composée : car la disposition & ordonnance en est toute taillée & projettee, il ne reste plus qu'à y adjouster des vers. » (F° 525 r°.)
P. 221, 1. 18. Pins sonat). « Plus de bruit que de sens. » (Sén., ép. 40.)
P. 221, 1. 24. Il est plus subtil). Cf. Sénèque, Épîtres : « Subtilius est contempsisse quam solvere. » (Ép. 49.)
P. 222, 1. I. Qu'il emprunte d'Aristippus). Cf. Diogène Laerce, Vie d'Aristippe : « Quid, inquit... vis ut solvam, quôd etiam ligatum nobis exhibet negotium?» (II, lxx, 139.)
P. 222, 1. 2. Quelcun proposait) . Id., Vie de Chrysippe : « Ad dialecticum Cleantlii imminentem, eique callidas conclusiunculas tendentem, Desine, inquit, grandem natu a gravibus rébus abducere. Nobis autcm junioribus pro"pone. » (VII, CLXXXii, 511.)
P. 222, 1. 5. Contorta). « Ces sophismes entortillés et épineux. » (Cic, Acad., II, xxiv.)
P. 222, 1. 8. Qui se destournent). Rapprocher ce que dit Sénèque lorsqu'il compare Salluste à son imitateur Arruntius : « Ille in \vxc incidebat, at hic illa qux-rebat. » (Ép. 114.)
P. 222, 1. 10. Aut qui non verha). « Ou qui, au lieu de choisir les mots pour les choses, vont chercher hors du sujet des choses auxquelles les mots puissent convenir. » (Quintilien, lust. or., VIII, m.)
P. 222, 1. II. Qui alicujus). « Qui, pour placer un mot qui leur plaît, se détournent de leur sujet. » (Sén., ép. 59.)
P. 222, 1. 21. Har demiim sapiet). «La seule expression bonne est celle qui frappe. » {hpitaphe de Lucain. On la trouve dans beaucoup d'éditions de Lucain publiées au xvi'^ siècle, en particulier dans celle d'Anvers, 1564.)
P. 222, 1. 24. Comme Suétone appelle). Dans la Vie de César : « Eloquentia militari qua re aut a.-quavit. »
ESSAIS DE MONTAIGNE
On lit aujourd'iiui : «Eloquentia militarique re... » L'expression, qui d'abord avait séduit Montaigne, et qui après 1588 lui parut difficile à expliquer, est donc due à une f^iute de transcription.
P. 225, 1. II. Tout ainsi qu'en un beau corps). Rapprocher une expression de Quintilien : « Ossa detegunt : quiv, ut esse, et astringi neiTis suis, debent, sic corpore operienJa sunt. » (Inlro.iiiction de l'Inst. or.)
P. 223, 1. 12. QiuT l'critati). «Le langage de la vérité doit être simple et sans art. » (Sén., ép. 40.)
P. 223, 1. 14. Quis accurate). «Quiconque parle avec trop de soin tombe dans la recherche et l'affectation. » {Id., ibid., 75.)
P. 223, 1. 20. Arislophanes le grammerien). Cf. Diogène Laerce, Vie d'Epicurc : « Utitur autem in rehus vocabulis propriis, quit quoniam simplicissima sunt, ea Aristophanes grammaticus taxât. « (X, xiii,
P. 224, 1. 5. Dict Platon). Dans les Lois : « Gra;ci omnes civitatem & eloquenti^e studiosam judicant & verbosam. Laceda;monem vero atque Cretam, alteram breviloquam, alteram intelligentiœ magis quam verbis studentem. » (I, p. 741; éd. de 1546,
P. 224, 1. 8. Zenon disoit). Cf. Stobée : «Zenon è discipulis suis aliquos aiebat esse ç:'/S/.i'fzj;, id est, variœ rerum cognitionis studiosos : alios verô '/.zyzci'hzjç, id est, loquendi tantum studiosos. » (xxxvi, 218.)
P. 224, 1. 22. Cette longueur). Cf. pour cette idée du Bellay, Deffence et Illustration, I, x. Du Bellay copie ici Sperone Speroni, Dialogo de la lingiia.
P. 224, 1. 27. Il me donna). Peut-être cette méthode dont bénéficia Montaigne fut-elle en partie inspirée par Quintilien qui, dans l'Institution oratoire, I, i, recommande qu'on apprenne le grec comme sa langue naturelle, et que tout enseignement dans l'enfance soit donné sous la forme d'un jeu.
P. 225, 1. 24. Nicolas Groticchi). Nicolas Grouchy, de Rouen (i 5 lo-i 572), professa au Collège de Guyenne de 1 534 à 1 547; Montaigne dut l'avoir comme maître de dialectique, et l'on peut se donner une idée de son enseignement en lisant ses Prxceptiones dialecticcc.