DE L AMITIE
P. 238, TITRE. Pour juger de la sincérilé du sentiment que Montaigne exprime ici il e.st bon de relire une phrase du Journal de voyage, écrite dix-sept ans après la mort de son frère d'alliance, Estienne de La Boétie : « Ce mesme matin escrivant à M. Ossat, je tumbé en un pensement si pénible de M. de La Boetie, et y fus si longtamps, sans me raviser, que cela me fit grand mal. » (P. 32e.)
P. 238, 1. 9. Desinit in piscem). « C'est le corps d'une belle femme avec une queue de poisson. » (Horace, Art poétique, 46.)
P. 239, 1. II. Quelques iiieinoircs sur cet edict de Janvier). Il s'agit de l'édit de janvier 1562, qui accordait aux protestants l'exercice de leur religion. Les Mémoires composés par La Boétie à son sujet n'ont pas été retrouvés.
P. 239, 1. lé. Outre le livret). «La mesnagerie de Xénophon. Les règles de mariage, de Plutarque. Lettre de consolation de Plutarque à sa femme. Le tout traduict de grec en françois par feu M. Estienne de La Boétie, Conseiller du Roy en sa court de Parlement à Bordeaux. Ensemble quelques vers Latins & François, de son invention. Item, un discours sur la mort dudit Seigneur de La Boetie, par M. de Montaigne. A Paris, de l'imprimerie de Fédéric Morel, rue S. lan de Beauvais, au Franc Meurier, M. D. LXXI (1571). » Voir la réédition des Œuvres de La Boétie, par P. Bonnefon (1892).
P. 239, 1. 27. Et dict Aristote). Dans la Morale à Nicomaque, VIII, i.
P. 240, 1. 14. // s'est trouvé des nations). Cf. les mêmes faits dans l'essai I, xxiii, p. 145, 1. 13.
P. 240, 1. 19. Tesiiioi)!^ Aristippus). Cf. Diogène Laerce. En 1580 Montaigne n'avait qu'une vague réminiscence, il a précisé son souvenir dans les éditions suivantes; en particulier c'est seulement après 1588, à l'époque où il a étudié Diogène, qu'il a inscrit le nom d'Aristippus. « Causante quodam quod filium quasi non tx se natum projiceret, An vero, inquit, ignoramus et pituitam et pediculos ex nobis gigni? Tamen velut inutilia quam longissime projicimus. » (II, lxxxi, éd. 1556, p. 145.)
P. 240, 1. 22. Et cet autre, que Plutarque). Cf. De l 'amitié fraternelle, iv.
P. 241, 1. 21. Et ipse iiotus). «Connu moi-même pour mon affection paternelle envers mes frères. » (Horace, Odes, II, 11, 6.)
P. 241, 1. 26. Nequeeniniest dea). «Car je ne suis pas inconnu à la déesse qui mêle une douce amertume aux soucis de l'amour. » (Catulle, Epif;r., Lxvi, 17.)
P. 242, 1.7. Corne segue la lèpre). « Tel le chasseur poursuit le lièvre par le froid, par le chaud, dans la montagne et dans la vallée; i! le dédaigne quand il l'a pris, et ne le désire que tant qu'il tuit. » (Arioste, Roland furieux, x, stance 7.)
P. 242, 1. 18. De luy). De La Boétie.
P. 243, 1. 14. Ouis est enini). «Qu'est-ce en effet que cet amour d'amitié? D'où vient qu'il ne s'attache ni à un jeune homme laid, ni à un beau vieillard?» (Cicéron, Tusc, IV, xxxiii.) Le texte que Montaigne suit ici est conforme exactement à l'édition de Paris 1538.
P. 243, 1. 15. La peinture uiesines). Cf. le Banquet, discours de Pausanias, passim.
ESSAIS DE MONTAIGNE
P. 244, 1. 16. Et ta lisent grandement le poète Azschiliis). Cf. Platon, Banquet : «jEschilus plane délirât, cùm Patroclum ab Achille dicit amatum, qui non Patroclo tantùm, verumetiam cunctis heroibus forma prœstabat, eràtque adhuc imberbis, multôque natu minor, ut inquit Homerus. » (Ed. de 1546, p. 420.)
P. 244, 1. 20. Ils disent qu'il en provenait). Id., ibid. : « Nam inter barbares quidem propter t^-rannides turpe istud habetur, & sapientice prœterea atque g}-mnasticœ studium. Xeque enim tyrannis conducunt ea studia quœ subditorum mentes acutas generosasque reddunt, quœve amicitias inter eos indissolubiles, societatesque fréquentes pariunt : quœ cûm ab aliis, tum vel maxime ab amore gigni consueverunt. Hoc autem ex re ipsa tv'ranni nostri didicerunt. Xam Aristogitonis amor & Harmodii amicitia confirmata, illorum tj'rannidem dissipavit. Atque ita ubicunque Amoris indulgentia funditus sublata est, pravitate illorum qui leges condiderunt, est vetita, principium quidem avaritia, augendique imperii studio subditorum ignavia. » (Ed. de 1546, p. 421.)
P. 245, 1. I. Ainorem conatum esse). «L'amour est le désir d'obtenir l'amitié d'une personne qui nous attire par sa beauté. » (Cicéron, Tusc, IV, xxxiv.)
P. 245, 1. 3. Omnino amicitix). «L'amitié n'est vraiment entière que dans la maturité de l'esprit et de l'âge. » (Cicéron, De amicitia, xx.)
P. 245, 1. 8. En l'amitié dequov je parle.) Sur la conception de l'amitié que Montaigne expose ici je crois que le De amicitia a exercé une influence prépondérante. On y lit, en effet : « Homo et se ipse diligit et alterum anquirit, cujus animum ita cum suo misceat ut effîciat pœne unum ex duobus. » (xxi.) « Cum amicitiie vis sit in eo ut unus quasi animus fiât ex duobus. » (/</., xxv.) Et dans le De officiis Cicéron dit encore : « Efiîciturque id quod Pytliagoras vult in amicitia ut unus fiât ex pluribus.» Peut-être aussi sur ce point Montaigne a-t-il subi l'action des platoniciens du xvi' siècle qui parlent avec enthousiasme de l'amour platonique et de l'amitié. Voici, par exemple, comment s'exprime Leone Hcbreo à ce sujet : « Le philosophe dit que le vray Amy est un autre soy-mesme, pour dénoter que, qui est en la vraye amitié a double vie, constituée
en deux personnes ; c'est assavoir en la sienne, & en celle de l'Am)- : tellement que son amy est un autre soy-mesme : & chacun d'eux embrasse en soy deux vies ensemble : dont la sienne propre est l'une & celle de l'amy l'autre : & par un amour esgal, ayme toutes les deux personnes : et pareillement conser\-e toutes les deux vies. Et, pour ceste cause, la sainte-Escriture commande l'honneste Amitié, disant : tu aimeras ton prochain, comme toi mesme : voulant que l'amitié soit de sorte que les amis se fassent unis esgalement, & qu'un mesme amour soit en l'esprit de chacun de ces amis. Et la cause de telle union, & assemblement, est la réciproque ^'ertu, ou sapience de tous les deux amis; laquelle, par la spiritualité & aliénation de matières, & par l'astraction des conditions corporelles, oste la diversité des personnes, jusques à ne leur laisser de divers que l'individuation corporelle : & engendre ez amis une propre Essence de pensée, conser\-ee par un sçavoir & par un amour & volonté commune à tous deux, autant séparée de différence et de diversité, comme si vrayment le subject de l'amour estoit une seule ame, & essence, conser\-ee en deux personnes, & non multipliée en icelles. Et, pour conclusion je dy que l'amitié honneste, fait d'une personne deux : & de deux, une. » (Traduction française de 1555, p. 65.) Et Bembo dit dans les Asolani : « Alcuni (degli amanti) dall' amorose fiamme piu riscaldati, ogni disvolere levando de' loro amori, niuna cosa si niegano giammai, ma quello che vuole l'uno vuole l'altro subitamente con quello medesimo affetto, che esso facea; e in questa guisa due anime governando con un solo filo ad ogni possibile diletto fortunosamente si fanno via. » Toutefois je n'ai retrouvé nulle part la forme très originale par laquelle Montaigne exprime cette même idée : « Elles se meslent et confondent l'une en l'autre, d'un meslange si universel, qu'elles efl^acent & ne retrouvent plus la cousture qui les a jointes. »
P. 245, 1. 22. B escrivit une Satyre Latine). (Publiée par Montaigne lui-même en 1571 dans le recueil dont le titre a été donné ci-dessus, p. 239, 1. 16.)
P. 245, 1. 26. De quelqu' ainiee). La Boétie est né en 1530, Montaigne en 1533.
P. 24e, 1. II. Quand Lvlius). Cf. Plutarque, Fie