‹ Les Essais de Michel de MontaigneChapitre 182 sur 449 · LIVRE I, CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XXXI

simul 6c Asia major fuisse... In hac Atlantide insula maxima & admirabilis potentia exstitit regum qui toti insulœ illi, multisque aliis & maxime terras continentis parti, prœterea & his qui pênes nos sunt, dominabantur. Siquidem tertiœ mundi parti quœ Lybia dicitur, u.sque ad iEgyptum imperaverunt, Europce vero usque ad Tyrrhenum mare. Horum vis omnis unà collecta nostram... vestramque regionem, & quidquid intra Columnas Herculis continebatur, invasit. Tune vestraî civitatis virtus in omnes gentes enituit. Qux\.. extrema discrimina subiit, hostesque expugnavit... Posthaîc ingenti terrae motu jugique diei unius & noctis illuvione factum est, ut terra dehiscens vestros illos unà omnes bellicosos homines absorberet, & Atlantis insula sub vasto gurgite mergeretur. » (xxii, xxiv et xxv; éd. de 1546, pp. 702, 703 et 704.) Il convient de noter d'ailleurs que Montaigne n'est pas le premier à chercher un rapport entre ces souvenirs de l'antiquité et la découverte de l'Amérique; Lopez de Gomara en fait autant à la fin de son Histoire générale des Indes; et après avoir mentionné un passage de la Médée de Sénèque, qui lui semble être une véritable prophétie, il consacre un chapitre presque entier aux deux témoignages de Platon et d'Aristote que nous trouvons chez Montaigne. (Cf. trad. de Fumée, éd. de 1569, c. 220, et mes Livres d'histoire moderne utilisés par Montaigne, p. 224, où j'ai reproduit en bonne partie le texte de Lopez de Gomara.) On retrouve encore les deux mêmes souvenirs dans les Singularité:^ de la France antarctique d'André Thevet, xii. Au reste, je ne pense pas que Montaigne ait pris directement ces rapprochements à Thevet ou à Lopez de Gomara. Thevet et Lopez de Gomara nous apprennent seulement qu'on les faisait sans doute assez habituellement au xvi"" siècle.

P. 265, 1. 19. Hœc loca). « On dit que ces terres, qui ne formaient qu'un seul continent, ont été jadis séparées dans une violente convulsion.» (Virg., En.,

p. 265, 1. 25. Sterilisque). «Et un marais, longtemps stérile et battu des rames, nourrit aujourd'hui les villes voisines et supporte le poids de la lourde charrue. » (Horace, Art poétique, 65.)

P. 266, I. I. Il n'y a pas grande apparence). Lopez de Gomara, dans le chapitre que nous mentionnions ci-dessus, est d'un avis tout contraire.

P. 266, 1. 24. Les hahitans disent). Un compatriote de Montaigne, Damai, dans son Supplément des Chroniques de Bordeaux (1620), écrit : «Les montagnes de sable s'advancent plus d'une lieue et demye dans la terre, et la mer les multiplie en telle façon, qu'il y a un village qui a esté contrainct se reculer environ d'une lieue, et remuer leur clocher que le sable commençoit à couvrir fort avant. Encores les dits sables s'approchent tant d'eux depuis soixante ans que le dit remuement fut faict, qu'ils songent à se reculer encore plus avant. Ce village s'appelle le Liège qui appartient à la maison de Caudale. » Arsac est à cinq lieues de Bordeaux, dans le canton de Castelnau de Médoc. Il paraît que les traditions locales prouvent l'existence d'anciennes villes de l'époque romaine qui ont disparu, englouties par les sables.

P. 267, 1. 2. Dans Aristote). Cf. à ce sujet la note ci-dessus, p. 265, 1. 3.

P. 267, 1. 29. Sans m 'enquérir de ce que les cosmographes). En effet, bien que les récits de Montaigne soient en général parfaitement d'accord avec ceux de Munster, de Thevet, de Jean de Léiy, il ne me semble pas qu'il leur ait rien emprunté dans ce chapitre; aucune expression caractéristique ne passe de leurs livres dans les Essais.

P. 269, 1. 3. £"< veniunt). «Le lierre vient mieux sans culture, et l'arbousier ne croît jamais plus beau que dans les antres solitaires, et le chant des oiseaux, pour être sans 3rt, n'en est que plus doux.» (Properce, I, II, vers 10.) Montaigne remplace les subjonctifs par des indicatifs; — j'ai trouvé le texte «formosior» dans l'édition de Paris 1543; dans presque toutes les autres éditions on lit « formosius » .

P. 269, 1. 8. Toutes choses, dict Platon). Dans les Lois : « Res omnes, nonnulli aiunt, quœ fiunt, qu^e futurœ, quasque facta; sunt, vel natura, vel fortuna, vel arte fieri... Maxima dicunt atque pulcherrima natura fortundque fieri : Arte vero minora. » (X, p. 888; éd. de 1546, p. 871.)

P. 270, 1. 5. C'est une nation). On peut rapprocher ce que dit Osorio à ce sujet. Je cite la traduction

ESSAIS DE MONTAIGNE

de Goulard, que Montaigne lira seulement plusieurs années après l'époque où il écrivait ces lignes : «Ils n'ont connoissance de lettres quelconques, vivent sans religion, sans loix, ne s'aydent de poids n)mesures, et ne sont subjects à roy quelconque. Toutesfois s'il survient guerre, ils élisent pour chef celuy qu'ils tiennent pour le plus vaillant et adroit à conduire les autres. Ils cheminent nus, excepté quelques-uns des plus apparents qui couvrent une partie de leur corps de certain parement faict de plumes de perroquets et d'autres oiseaux, où l'on voit plusieurs diverses et belles couleurs... Au reste, ils ne travaillent point de leurs mains, et ne demandent qu'à se donner du passe-temps. S'ils n'ont point de guerre, ils ne font autre chose que banqueter, chanter, danser, sans fin ny mesure... etc. » (II, xv.) P. 270, 1. 15. Viri a diis). «Des hommes qui sortent tout fraîchement de la main des dieux. » (Sénèque, ép. 90.)

P. 270, 1. 16. Hosnatiira). « Voilà les premières lois

qu'ait données la nature.» (Virgile, Géorgiqncs, II, 208. )

P. 270, 1. 19. // est rare). Plus tard, dans l'essai II,

XII (t. II, p. 211), Montaigne nous dira sur la foi

d'Osorio qu'ils ne meurent que de vieillesse.

P, 271, 1. II. Leur hreiivage). On peut rapprocher ce qu'en dit Osorio : « Ils ne sèment point de blé, ains font leur pain de la racine d'une herbe grande comme le pourpié. Cette racine est si venimeuse que celuy qui la mange crue meurt incontinent. Eux la pilent et en tirent le jus, tellement qu'il n'y reste aucun suc venimeux. Puis ils la font sécher au soleil, la broient et en font de la farine. Les tourteaux de cette farine sont bons, fort savoureux et appétissants. Avec icelle et avec graine de millet ils brassent une .sorte de breuvage telle que cervoise, dont ils s'enivrent, ce qui leur avient souvent, et en faisant leur buvette tous conspirent et machinent la ruine de leurs ennemis plus que de coutume. »

P. 272, 1. 8. Ilscroyent lésâmes). Cf. à ce sujet Jean de Léry, Histoire d'un voyage fait en la terre du Brésil, xvi. P. 272, 1. 26. Entre les Scythes). Cf. Hérodote : « Ils emplissent une chariote pleine de brieres, à laquelle .sont bœufs attelez, & les couchent au travers avec fers aux pieds, mains liées derrière le doz, & la

bouche bâillonnée, après ils mettent le feu en la chariote. » (IV, lxix; t. I, f" 269 r".)

P. 273, 1. 13. Bien traité leurs prisonniers). Pour

tous ces détails sur le traitement des prisonniers et

leur exécution finale on peut voir Jean de Lén,', xv,

et Thevet, Singularité::^, xl. On y constatera que

les récits de ces deux auteurs sont parfaitement

conformes à celui de Montaigne. Voici celui d'Osorio :

« Ils nourrissent grassement les prisonniers, et leur

donnent des femmes qui couchent avec eux. S'ils

veulent faire quelque jour de feste, ils lient de cordes

le plus gras de leurs prisonniers. Premièrement, son

amie pour reconnoissance de faveur luy jette une

corde au col, et tire son amy au supplice. Puis les

hommes l'environnent, luy serrent le ventre, les

bras et les jambes, le lient à un pieu, peignent son

corps de couleurs, et l'ornent de divers plumages.

Et pour n'estre estimés trop inhumains, ils le laschent

parfois, le font manger et boire joyeusement et à

suffisance. Eux cependant banquettent et avalent

quantité de breuvage susmentionné. Puis ils sautent,

chantent, dansent, et font durer ce jeu tragique

l'espace de trois jours, en fin desquels ils le deslient

et le font entrer en une logette ou fosse. Les femmes

et les enfants le tirent avec une corde dont il est

ceint par le ventre. Mais les hommes et quelques

autres femmes luv jettent des citrons et divers fruits.

Luv, recueille ce qu'il peut, et en frappe ceux qui

se trouvent au-devant. Cependant il boit joyeusement,

ce semble, car on ne luy refuse à boire ny à manger;

au reste, il se montre fort allègre; eux, d'autre côté

se plaisantent de luy et luy disent force outrages :

« Tu seras châtié, garnement que tu es, disent-ils;

» nous épandrons ton sang pour venger la mort de

» ceux qui ont été tués en la guerre. Car nous te

» massacrerons, dépècerons, rostirons et mangerons. »

— « Il ne m'en chaut pas, répond-il, car je ne

» mourrai point en vilain et couard. Toujours je me

» suis monstre vaillant. Et bien vous me tuerez,

» mais j'en ai tué plusieurs d'entre vous en divers

» lieux. Si vous me mangez, aussi me suis-je souvent

» saoulé de la chair de plusieurs des vôtres. Davan-

» tage, j'ay des frères et cousins qui vengeront ma

» mort. » Disant cela il est enclos en la logette, et

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