LA FORTVNE SE RENCONTRE AV TRAIX DE LA RAISON
P. 288, TITRE. On peut rapprocher ce que Montaigne écrivait peu auparavant dans la dédicace des Poemata de La Boétie adressée à Michel de L'Hôpital : « Nous le devons sans doute à la fortune, qui par l'inconstance de son bransle divers, s'est pour ce coup rencontrée au train de la raison. »
P. 288, 1. I. L'inconstance du bransle divers). Cf. la citation reproduite à la note précédente.
P. 288, 1. ^.LeDucde Valentinois). Cf. Guichardin, Histoire d'Italie : « Che havendo il Valentino, destinato alla medesima cena, deliberato d'avvelenare Adriano Cardinale ili Corneto, nella vigna del quale dovevano cenare... Narrasi adunque, che havendo il Valentino mandati innanzi certi fiaschi di vino infetti di veleno, & havendoli fatti consegnare ad un ministro non consapevole délia cosa, non commessionc che non gli desse ad alcuno, sopravvenne per forte il Pontefice innanzi ail' hora délia cena, & vinto dalla scte & da caldi smisurati, che erano, dimandô gli fusse dato da bere... gli fu da quel ministro, che credeva riservarsi corne vino piu pretioso, dato da bere del vino, che haveva mandato innanzi Valentino, il quale mentre il padre beeva sopragiugnendo si messe similmente a bere del medesimo vino. » (VI, p. 267.)
P. 288, 1. 16. Le Seigneur d'EsIrce). Cf. \i:s Mémoires des frères du Bellay : « A ladite charge le seigneur de Licques lieutenant du Duc d'Arscoi, lequel ce jour là avoit espousé la sœur du seigneur de Fonquerolles : de laquelle le .seigneur d'Estrée, guidon de Monseigneur de Vendosme, avoit esté serviteur, estant demouré sur la queue pour soustenir ses
hommes, fut charge par ledit seigneur d'Estrée, et par le seigneur de Rum, et fut pris prisonnier, tellement que ce jour là il ne coucha point avecques son espousée. Le seigneur d'Estrée requis par la dame dont il avoit esté seniteur luy renvoya le seigneur de Licques son mary. » (II, p. 64.)
P. 289, 1, 7. Conjiigis). « Contrainte de s'arracher des bras de son nouvel époux, avant que les longues nuits d'un ou de deux hivers eussent rassasié l'avidité de leur amour. » (Catulle, lxviii, 81.)
P. 289, 1. 12. Constantin, filx). Cf. Lavardin, Histoire de Georges Castriot : « Tout ainsi que Constantin fils d'Helene fut le premier qui la fonda, orna, et enrichit : en pareil cestui cy nonrmé Constantin, fils aussi d'Helene, fut le dernier, après onze cens vingt et un an de cest Empire. « (F° 331 r".) Il faut mentionner d'ailleurs que le même fait est souvent rappelé et dans des termes tout à fait semblables chez divers écrivains du temps. Le voici, par exemple, dans la Fie de Mahomet écrite par Paul Jove : «Illud notatu dignum ac fatale fere habetur quod quemadmodum Constantius Helena; filius primus Constantinopolitanus imperator fuerat : sic et is qui post annos ab illo primo 112 1 ultimus cxstitit, Constantinus Helena; filius fuit. » \'oir encore Messie, Diverses leçons, I, xxxvii, où l'on trouve toute une liste de coïncidences singulières comme celle-ci.
P. 289, 1. 16.' /(• Roy Clovis). Cf. Jean Bouchet, Annales d'Aquitaine : « Récitent Grégorius et Annonius que luy (Clovis) tenant le siège devant la cité d'Engoulesme, les murailles de la ville tombèrent par terre, divinement. » (F" 36 r".)
LIVRK I, CHAPITRE XXXIV
P. 289, 1. 18. L-RoyRohrt). Id.,ihid. : <> Bernardus Cuidonis récite en sa cronique, que comme il (le roi Robert) eust faict mettre le siège devant quelque ville près d'Orléans, laissa le siège pour aller célébrer la feste sainct Aignan en ladicte ville d'Orléans, & tinst chappe avec un des chanoines : & comme il conimençoit le tiers agnus de la grand Messe, à genoux, les murailles de la ville assiégée tombèrent par terre sans œuvre d'homme. » (F° 69 r°.)
P. 289, 1. 22. Le Capitaine Rense). Cf. les Mémoires des frères du Bellay : « Le seigneur Rence estant arrivé devant ladite ville d'Eronne,... mais après avoir miné un grand pan de mur,... la muraille estant enlevée en l'air... retomba dedans ses fondemens, & demoura debout, à raison dequoy se voyant frustré de son intention et avoir perdu tant de temps feit sa retraite en nostre camp. » (F" 56 v°.)
P. 289, 1. 27. Jason Pbeiriis). Jason de Phères (Phères en Thessalie). Montaigne suit ici le récit de Pline, Hist. nat. : « Phereus Jason, deploratus a medicis vomico morbo, cum mortem in acie qujereret, vulnerato pectore medicinam invenit ex hoste. » (VII, L.) La version de ^'alère-Maxime (I, viii, 6) et de Sénèque (^Dc heneficiis, II, xix) est un peu différente : chez ces auteurs c'est un assassin, non un ennemi, qui rend ce service au tyran. Cf. en outre Cicéron, De rialiira deoriim, III. Rien ne prouve d'ailleurs que Montaigne se soit reporté directement au texte de Pline. L'aventure de Jason aussi bien que le fait suivant est souvent reprise chez les compilateurs du xv!"" siècle : cf. entre beaucoup d'autres. Messie, Diverses leçons, III, 1 5 ; Ramus, Dialectique, édition de 1555, p. 15, etc.
P. 290, 1. I. Le peintre Protogenes). Cf. Pline, Histoire naturelle, XXXV, 10.
P. 290, 1. 9. Isahel). Cf. Froissart : « Ils se mirent à chemin en costoyant Zelande, et avoyent intention de prendre terre à un port, qu'ils avoyent avisé : mais ils ne peurent car un grand tourment les print en mer : qui les mit loing de leur chemin, qu'ils ne sceurent par deux jours ou ils estoyent. Dequo}' Dieu leur fit grand'grâce. Car, s'ils se fussent embatus en iceluy port qu'ils avoyent avisé, ils eussent esté perdus, et cheus es mains de leurs ennemis : qui
bien savoyent leur venue, et les attendo3"ent là endroit, pour les mettre tous à mort. » (I, x, 8.)
P. 290, 1. 17. 'V xj-i\}.x-.z-i). Vers de Mén^ndre que Montaigne traduit après l'avoir cité. Il l'a trouvé dans le recueil de Crispin dont nous l'avons vu faire usage au chapitre précédent. Plutarque dans ses Œuvres morales fait plusieurs fois allusion à cette aventure : cf. De la tranquillité d'esprit, f° 70 x° ; le Bancquet des sept sages, (° 150 v°.
P. 290, 1. 19. Icetes). Cf. George Gémiste, dict Plethon, Recueil des choses avenues depuis la journée de Mantinee, traduction Saliat : « Il avoit apposté deux estrangers qu'il envoya vers Timoleon pour le tuer, & le vindrent trouver séjournant à Adrane, où ils entendirent qu'il devoir faire quelque sacrifice, & parce délibérèrent de faire leur coup quand il sacrifieroit. Se faisant le sacrifice, ils se fourrèrent parmy la multitude qui estoit à l'entour, mais comme ils s'avertissoyent l'un l'autre qu'il estoit heure de besongner, quelqu'un de l'assemblée donna un coup d'espee sur la teste à l'un des deux, lequel tomba par terre. Celuy qui avoit frappé se sauva soudain en Testât qu'il estoit tenant son espee desgaingnee, sus un haut rocher. L'autre complice voyant que son compagnon estoit tombé recourut à l'autel, & requit franchise promettant de dire vérité. Sa demande fut accordée, & parce déclara tout ce qu'il estoit de luy & du trespassé, & comment Icetes les avoit subornez pour tuer Timoleon en trahison. En cest instant mesme un autre estoit poussé & saboulé, parce qu'il avoit fait mourir quelqu'un, & crioit qu'il n'avoit point offensé, à raison qu'il avoit ce fait pour venger la mort de son père qui avoit esté tué par l'autre en la ville des Leontins, & produisoit pour tesmoings aucuns de la compagnie. Cecy feit esmerveiller les assistens des rencontres de fortune, comme elle appreste une chose par une autre, &: assemble faicts semblables. Les Corinthiens ordonnèrent que ce personnage auroit pour salaire d'avoir fait telle vengeance dix mines attiques, pource que d'un costé il avoit fait justement, & d'autre il avoit sauvé Timoleon. » (Ed. de 1575, f° 263 v°.) Tout ce morceau est pris par Gémiste à la Vie de Timoleon écrite par Plutarque, vu. Si l'on se reporte à la
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ESSAIS DE MONTAIGNE
traduction d'Amyot (f" 183 r"), on constatera que Montaigne a puisé chez Saliat et non chez Am3-ot. P. 291, 1. 8. Igiwtiiis perc et fils). Cf. Appien, Guerres civiles : « Ignatius aussi le père et le filz de mesme nom, coururent les espees nues l'un contre l'autre, tellement qu'ilz se occirent, et en mourant s'embrassèrent si estroict, que après qu'on leur eut couppé les testes demeurèrent les corps encores embrassez, blessez chascun d'un seul coup. » (Ed. de 1544, p. 448; éd. de 1559, f" 33e r°.) On remarquera combien Montaigne développe cet exemple, et avec quelle complaisance il en détaille les particu-
larités. Cf. à ce sujet mes Livres d' histoire uioilenie utilisés par Moulaigiie, p. 164.
Chronologie : i" L'anecdote de la mort du pape Alexandre M est prise à l'Histoire d'Italie de Guichardin; 2° celle du seigneur d'Estrées vient des Mémoires de du Bellay : il en est de même de l'aventure d'Éronne; 3° les anecdotes de Clovis à Angoulème et de Robert le Pieux à Orléans viennent des Annales d'Aquitaine de Bouchet. Montaigne ayant lu ces trois ouvrages vers 1572, l'essai date certainement des environs de 1572.