I.IVRI-: I, CHAPITRE XL
Pasquici", qui, dans la lettre qui sert d'introduction à sa correspondance, écrit à Loisel : « Mettant la main à ceste œuvre, je me délibère de luy ostcr ht teste et les pieds : je veux dire ces mots de Monseigneur, Monsieur et autres, dont nous faisons les premiers frontespices de nos lettres : et plus encore ceste closture des quatre ou cinq lingues de recommandations aux bonnes grâces qui ne servent que de perte de temps et retiiplissage de papier. »
P. 328, 1. 24. Que les Italiens). A Venise, le 7 novembre 1580, Vcronica Franco offre à Montaigne un recueil de lettres familières qu'elle venait de publier.
P. 328, 1. 25. Annihale Caro). Annibal Caro (1507-1566) est connu par sa traduction de Virgile, et surtout par ses lettres familières qui sont regardées comme des modèles du genre et comme des spécimens de la meilleure prose italienne. Elles ont paru en 1572 et 1574. Montaigne a pu posséder l'édition de 1581 : leLetterefaniigUari del coinmeudatore AiiuibaJc Caro col privilégia di Nostro Signor papa Pie V c dell ' illustriss. Signora di Vemtia (In Venetia, B. Gimitilc fralclli, i)Si). Ces épitrcs de Caro nous montrent très bien ce que Montaigne demandait au genre épistolaire. Ce n'est pas par le fond sans doute qu'elles l'ont séduit : elles traitent surtout de questions d'art et d'archéologie, de vieilles médailles, c'est-à-dire de sujets qui ne semblent pas occuper particulièrement Montaigne; elles font une place importante aux querelles littéraires et particulièrement à la querelle de Caro avec Castel-\'etro : Montaigne aurait dédaigné sans doute ces minuties grammaticales et ces questions de spécialistes. Une lettre présente une attaq,ue violente contre l'écriture et l'éloge des illettrés : celle-là certainement aura intéressé l'auteur de VApologic de Scbonde. Mais ce qui l'a séduit surtout c'est la forme. Bien souvent les lettres de Caro n'ont pas de sujet. Elles sont pleines de compliments gracieux et joliment tournés, de riens délicatement dits, d'excuses spirituelles, de remerciements habilement variés, de recommandations insinuantes, des bagatelles de la vie de société. Montaigne a goûté cette agréable aisance et cette souplesse à exprimer les banalités mondaines, cette légèreté de style où vraiment, toute matière faisant bien souvent défout.
le premier trait produit le second. Cette absence complète de recherche a aidé Montaigne a dégager son idéal en matière épistolaire comme il le foit en 1588 dans son quarantième essai du premier livre. Aucun «projet», c'est-à-dire aucun sujet qui transforme la lettre en un cotirs; aucune recherche de forme; aucune affectation dans les formules de politesse et dans les offres de service; beaucoup d'aisance et de bonne grâce, tels sont sans doute les caractères des lettres de Caro qui ont séduit Montaigne.
P. 329, 1. 26. D'en charger le front). Effectivement, en tête de l'édition de 1 588 Montaigne a supprimé ses titres qui figuraient dans les éditions précédentes.
Chronologie : Les allusions contenues dans cet essai ne me semblent suggérer aucune hypothèse solide touchant sa date de composition : i" l'essai précédent critiquait la vanité de Cicéron et de Pline le Jeune : celui-ci reprend le même sujet. Cela peut inviter à penser que tous deux ont été composés dans le même temps; mais on en pourrait tirer une conclusion toute contraire et je crains que cette similitude n'ôte toute force à l'argument que nous pourrions invoquer de la place occupée par cet e.ssai pour fixer sa composition à la première période : en effet, le vingt-sixième essai du premier livre. De l'institution des enfants, qui est au plus tôt de 1579, a été placé à la suite de l'essai Du pedanlisnie (I, xxv), de beaucoup antérieur probablement, pour ce seul motif que tous deux traitent le même sujet. Qui sait si les mêmes considérations n'auraient pas déterminé le classement des essais I, xxxix, et I, XL? Qui sait si le second n'est pas de beaucoup postérieur au premier et si Montaigne n'a pas voulu rapprocher deux morceaux d'époques très différentes, mais de sujet identique; 2" deux passages importants sont pris aux Œnvres morales, traduites par Amyot, et ne peuvent par conséquent pas être antérieurs à la fin de 1572. D'ailleurs, ils ne commandent pas du tout le développement : ils ont pu être insérés sous forme d'additions, et l'essai peut être antérieur à cette date. En résumé, il n'est pas invraisemblable que cet essai soit postérieur à la date que sa place semble lui assigner, mais rien ne le prouve.