‹ Les Essais de Michel de MontaigneChapitre 2 sur 449 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Mais cette oeuvre vivante est en même temps l'œuvre d'un liseur infatigable dont la pensée reste tout imprégnée de ses lectures, dont la phrase roule souvent les mots mêmes de la page qui a fécondé sa réflexion. Il fallait donc surtout examiner tous ses livres, qui étaient pour iMontaigne le prolongement de son expérience.

Déjà l'origine de la plupart des citations en langues étrangères et de beaucoup de faits historiques avait été indiquée par des commentateurs : M"'^ de Gournay, Coste, Leclére, le docteur Payen. Mais un nombre considérable d'emprunts n'avaient pas été reconnus, naturellement ceux-là surtout qu'aucun nom propre ne signalait à l'attention, et qui portent sur des idées plutôt que sur des faits. Surtout il fallait reprendre l'enquête dans un esprit nouveau : il s'agissait non pas de fournir au lecteur une référence qui lui permît de s'informer au sujet d'un fait rapporté par Montaigne, mais de retrouver le texte même dont Montaigne s'était inspiré. Il fallait, entre plusieurs sources possibles, choisir laquelle est la vrai.e; savoir si Montaigne l'a connue chez son auteur ou dans un ouvrage de seconde main; s'il a fait usage d'une traduction qui peut altérer le récit, et de laquelle; autant que possible de quelle édition il s'est servi et les ressources d'information qu'il y trouvait. Enfin il fallait par des citations mettre sous les yeux du lecteur les textes mêmes qui avaient passé sous les yeux de Montaigne. Car alors seulement l'étude des sources devient féconde lorsque, à un chiffre stérile qui propose un rapprochement hvpothétique, se substitue un texte concret, celui-là même au contact duquel a jailli la pensée de l'auteur.

Pour cette enquête nous devions nous installer avec Montaigne dans sa tour, reconstituer sa librairie, reprendre un à un sur les rayons tous les livres que son inlassable curiosité y accumulait, et les relire avec lui, par-dessus son épaule.

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