Chapitre XLIII
Di;S LOIX SOMPTVAIRES.
p. 345, 1. i.-Nos loix). Pour comprendre l'opportunité de cet essai il faut se rappeler qu'au xvr siècle, sous l'influence de l'Italie, le luxe se développa avec une extrême rapidité, les modes se transformant avec une promptitude exceptionnelle, et que sans cesse les rois inter\-inrent par des lois et des édits pour empêcher les conséquences funestes de ces excès. On estimait qu'il était de grande importance de distinguer les rangs par les costumes et de ne pas permettre au vulgaire de s'habiller comme les grands. Les fortunes sombraient souvent dans ces courses effrénées au luxe où chacun cherchait à surpasser ses voisins. Les finances publiques en souffraient également, car, au début du siècle tout au moins, et en grande partie même pendant tout le siècle, les soieries et les objets de parure venaient d'Italie et drainaient ainsi chaque année des sommes importantes hors du pays. Enfin il semblait que la moralité de la nation fut intéressée dans cette question. Dans l'impossibilité d'apporter les textes du temps qui illustreraient la pensée de Montaigne, je me contente de renvoyer à l'une quelconque des nombreuses histoires du costume en France qui ont été publiées depuis une quarantaine d'années. Quicherat écrit, par exemple : « Ce même monarque (François I'-'') qui faisait de sa maison le temple de la parure se vit bientôt obligé de mettre en interdit les choses dont la parure tirait son principal éclat. Les financiers chargés de l'administration des deniers de la couronne, calculant avec douleur les sommes portées à l'étranger par l'acquisition de tant d'articles coûteux, érigèrent en principe la nécessité des lois somptuaires, si bien que ces lois.
renouvelées à plusieurs reprises, sous le règne de François P", devinrent l'une des pratiques habituelles du gouvernement. Tous les rois, jusques et y compris Louis XIV, en ont usé à leur tour. En 1518 parut un édit contre l'importation, la vente et la mise en œuvre de toutes les soieries de luxe. Ce que nous appelons soieries de luxe comprenait les draps d'or et d'argent, le velours, le satin, le damas, le camelot, le taffetas broché ou brodé d'or, même le taffetas uni de couleur cramoisie. Les marchands qui avaient de ces étoffes en magasin, devaient s'en défaire dans le délai de six mois, soit en les réexpédiant au dehors, soit en les vendant pour l'usage exclusif des princes du sang ou de l'Eglise... Une autre ordonnance, rendue en 1532, ne concerna que les financiers et gens d'affaires. Il fut intimé aux personnes de cette classe de s'abstenir de draps de soie, de fourrures, des chaînes d'or d'un trop grand poids, et de ne pas faire leurs filles trop belles et trop riches lorsqu'ils les mariaient... Le chancelier Olivier, imbu de la foi aux lois somptuaires, mit en jeu tous les ressorts du gouvernement pour les rendre plus efficaces qu'elles n'avaient été jusque-là. C'est lui qui, au risque d'ameuter tout le beau sexe du royaume, étendit aux femmes le dernier édit rendu par François 1" contre l'emploi de l'or et de l'argent dans le vêtement des hommes (édit de 1543). Cette mesure était le prélude d'une ordonnance plus complète à laquelle il fit consentir le" roi en 1549. Il ne s'agissait plus seulement de mettre un frein à l'exportation du numéraire : les considérants alléguaient le devoir imposé à l'autorité de maintenir la décence publique