‹ Les Essais de Michel de MontaigneChapitre 206 sur 449 · DV DORMIR · texte numérisé non relu

DV DORMIR

P. 349, 1. I. Mesnic chemin). Cf. Sénèque, ÉpUrcs : « Nec hoc dico sapientem uno semper iturum gradu, sed una via. » (Ép. 20.)

P. 349, 1. 13. Alcxandn- le grand). Cf. Plutarque, Vie d'Alexandre le Grand : « Apres que ses capitaines se furent retirez en leurs logis, il se jetta dessus un lict en sa tente, là ou il s'endormit tout le reste de la nuict, plus serré qu'il n'avoit accoustumé, de manière que les seigneurs qui vindrent à son lever le matin, s'esbahirent bien fort, comme il dormait encore, & d'eulx mesmes feirent commandement au.\ .soudards qu'ilz mangeassent : puis voians que le temps les pressoir, Parmenion entra dedans sa chambre, & s'approchant de son lict Tappella deux ou trois fois par .son nom, tant qu'il l'esveilla, & lui demanda comment il dormoit ainsi si haulte heure, en homme qui a desja vaincu, & non pas qui est prest a donner la plus grande & la plus hasardeu.se battaille qu'il eut onques : à quoy Alexandre luy respondit en riant. Comment, &: ne te semble il pas que nous ayons desja vaincu. » (11, f" 476 v".)

P. 349, 1. 18. L'Empereur Othon). Id., Vied'Othon : « (Othon) commencea à reconforter ses serviteurs, & leur distribuer libéralement son argent, aux uns plus, aux autres moins : ne le jettant point prodigalement sans considération, comme deniers appartenans desjà à autruy, ains y gardant diligemment proportion, & mesure selon le mérite de chascun : puis après les avoir envoyez, alors il se reposa et s'endormit tout le reste de la nuict : tellement que ses valets de chambre l'entendoient ronfler, tant il dormoit profondement. » (viii, f' 733 v*".)

P. 350, 1. 6. Car Caton). Id., Vie de Caton d'Utique : « s'endormit d'un fort profond sommeil, tellement que ceulx qui estoient hors de la chambre l'entendoient bien ronfler. Environ la minuict il appella... Butas celuy duquel il se servoit le plus es affaires d'estat, & l'envoya sur lé port veoir si tous ceulx qui s'estoient embarquez, avoient fait voile... Peu après retourna Butas qui luy rapporta que tous les autres avoient foit voile, excepté Crassus qui estoit encore demouré pour quelque affaire, et qu'il s'en alloit embarquer, mais qu'il faisoit un grand vent, et y avoit une grosse tourmente en la mer... (Caton) renvoya Butas derechef sur le port pour veoir si aucuns auroient point relasche, qui eussent affaire de quelque chose pour le luy venir dire. Les petits ovseaux commençoient desja à chanter, & luy prit derechef un petit de sommeil, mais sur ce poinct retourna Butas qui luy dit qu'il n'y avoit bruit quelconque sur le port. Caton luy dit, qu'il s'en allast doncques, & qu'il fermast la porte après luy, se ravalla dedans son lict, comme pour dormir ce qui restoit encore de la nuict : mais aussitost que Butas eut le dos tourné il desguainna son espee, et s'en donna un coup au dessoubz de l'estomach. » (xix, f° 549 v°.)

P. 350, 1. 15. En ce grand et dangereux orage). Id., ihid. : « Metellus entrant en son Tribunat, faisoit des assemblées & harengues séditieuses, esquelles il meit en avant au peuple un décret, par lequel estoit porté que Pompeius fust au premier jour r'appellé avec son armée en Italie... Le Sénat fut assemblé la dessus, auquel Caton ne parla pas d'entrée aigrement, ny de trop grande véhémence contre Metellus... mais cela

ESSAIS DE MONTAIGNE

éleva encore plus en audace & en gloire Metellus, & feit qu'il commencea à avoir Caton en mespris... Adonc Caton changeant de visage, de voix, & de parole, après luy avoir parlé fort asprement, en fin protesta roidement, que tant comme il auroit vie au corps il ne souffriroit que Pompeius entras! avec armes en la ville de Rome... Quand le jour fut escheut auquel on devoit faire passer cest edict par les voix du peuple, Metellus ne faillit pas d'avoir ses gens en ordonnance sur la place, force estrangers, force esclaves, & force escrimeurs à oultrance tous en armes, avec ce qu'il y avoit une bonne partie de la commune qui desiroit le retour de Pompeius pour l'espérance de quelque mutation, & si estoit leur affaire grandement favorisé & fortifié de la part de Cœsar, qui lors estoit Prêteur. Et a l'opposite, de l'autre costé les plus gens de bien de la ville se courrouceoient bien avec Caton, &; disoient comme luy, que c'estoit une grande méchanceté, mais ilz ne luy aidoient point pourtant : à l'occasion dequov ses parents & domestiques en estoient en grand soucy & en grande peine, de sorte qu'il y en eut qui passèrent la nuict ensemble sans vouloir reposer & sans boire ny manger, pour le danger auquel ilz voyoient sa vie, & mesmement sa femme & ses sœurs ne faisoient autre chose que plorer & se tourmenter en sa maison, là ou luy tout au contraire parloit asseureement, et reconfortoit tout le monde : & après avoir souppé comme de coustume, il s'en alla coucher, & dormit de fort profond sommeil jusquej au matin, que Munatius Thermus l'un de ses compagnons au Tribunat le vint csveiller. » (mu, f° 535 V.) P. 351, 1. 5. En la bataille navale). Cf. Suétone, Vie d'Auguste : « Sub horam pugnx- tam arcto repente somno devinctus, ut ad dandum signum ab amicis excitarctur. Unde prajbitam Antonio materiam putem exprobrandi, ne rectis quidem oculis eum adspiccrc potuisse instruciam aciem. » (xvi.)

P. 351, 1. 12. Quant au jeune Marins). Cf. Plutarque. Vie de Sylla : «... toutefois les autres... disent que Marins ne veit pas seulement la hattaille, pource qu'estant aggravé de travail et de faulte de dormir, il se coucha dessoubz quelque arbre à l'umbre, pour se reposer un petit, après avoir desja baillé le signe et le mot de la battaille, et s'endormit si serré, qu'à peine se peut il esveiller pour le bruit de la roupte et fuitte de ses gens. » (xiii, f" 529 v".)

P. 351, 1. 21. Le Roy Perseus). Cf. Plutarque, Vie de Paul-Emile : « Toutesfois, il v en a quelques uns, qui escrivent une nouvelle et bien estrange sorte de sa mort : car ilz disent que les soudards qui le gardoient, aians conceu quelque despit & quelque haine à rencontre de luv, & vovans qu'ilz ne luy pouvoient faire autre mal ny autre desplaisir, l'empescherent de dormir, prenans songneusement garde quand le sommeil lu}' venoit, & le gardans de pouvoir clorre l'œil, en le contraignant par toute voye & tout moien de veiller & demourer sans dormir, jusques à ce que ne pouvant plus durer en tel estât, il y mourut. » (F" 176 v°.)

P. 3 5 1, 1. 22. Pli}ie en allègue). Cf. Histoire naturelle : « MïEcenati triennio supremo nullo hon\; momento contigit somnus. » (VII, lu.)

P. 351, 1. 24. // r a des nations). Cf. Hérodote, IV, xxv; t. I, f' 25e r".

P. 351, 1. 26. Cens qui escrivent). Cf. Diogène Laerce, Vie d'Épiménide : « Epimenides lvii annos perpétues obdormivit. » (I, eix; éd. de 1556, p. 86.)

Chronologie : Cet essai est bâti de cinq passages empruntés aux Vies de Plutarque. Il mérite donc d'être rapproché du groupe d'essais inspirés des Vies de Plutarque vers 1572, et comme la place qu'il occupe dans le volume le lai.ssait prévoir, il est très probablement de la première période.

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