LIVRE I, CHAPITRE XLIX
Lambin dans son édition de Lucrèce : « Fuisse RomK, cùm aliis in urbis locis, tum in angiportis dolia quïedam brevia, & amphoras, & similia vasa mejendi causa comparata, ac disposita, déclarant illa verba ex oratione. » (C. Titii apud Macrob., IH, XVII.) « Dum eunt nulla est in angiporto amphora, quam non impleant : quippe qui vesicam plenam vini habeant. » (P. 348.)
P. 383, 1. 10. Piisi Sivpe). «Souvent les enfonts pendant leur sommeil croient lever leur robe pour uriner dans les réservoirs et demi-cuves destinés à cet effet. » (Lucrèce, IV, 1020.)
P. 383, 1. 16. Snrdesfoiiyers). Cf. Sénèque, Epîtres : « Quia non circa cœnationem ejus tumultus cocorum est, ipsos cum obsoniis focos transferentium, hoc enim jam luxuria commenta est. » (Ep. 78, p. 162.)
P. 383, 1. 19. Has vobis epnlas). «Gardez ces mets pour vous, riches voluptueux, nous ne voulons pas de cuisine ambulante. » (Martial, VII, xii, 48.) Le texte est celui des éditions du xvi'= siècle.
P. 384, 1. 7. Sans comparaison plus grande). Montaigne exprimera un a\is différent plus tard dans l'essai III, vi; il estimera alors que le monde ne va pas en empirant et que nous ne devons pas être inférieurs aux anciens en nature. Autour de lui des partisans des anciens sont disposés à leur accorder une supériorité sur les modernes. Cf la même idée chez B. Castiglione, B corlegiano, II, m; chez Le Rov, Vicissitude, éd. de 1577, f" 57.
P. 384, 1. 19. Face quelque pois). Cf. Plutarque, Vie de Flaininiiis : « Et ne fut que la ftulte des ^toliens, que Philippus se sauva de vistesse, pource qu'ilz s'amusèrent à piller et saccager son camp, pendant que les Romains chassoient et poursuyvoient les fuyans, de sorte qu'à leur retour ilz ne trouvèrent plus rien à piller. A l'occasion dequoy il commencea •à avoir quelques querelles entre eulx, et s'entredirent des paroles injurieuses les uns aux autres : mais depuis encore fascherent ilz bien d'avantage Titus, parce qu'ilz s'attribuèrent l'honneur de ceste victoire, et feirent courir le bruit parmy la Grèce, que cestoient eulx qui avoient desfaict en battaille le Roy Philippus, de manière que es chansons que les Poètes en feirent, et que le menu peuple chantoit par les villes à la
louange de ce foict d'armes, on mettoit tousjours les /Etoliens devant les Romains. » (v, f° 261 v°.)
P. 384, 1. 25. Inguina). «Un esclave ceint d'un tablier noir au-dessus des aines, se tient à tes ordres, lorsque, nue, tu prends un bain chaud. » (Martial, VII, xxxv, 2.) Je n'ai trouvé la forme « nuda » dans aucune des éditions du xvi' siècle que j'ai consultées.
P. 384, 1. 28. Les anciens Gaulois). Cf. Sidoine Apollinaire :
« Hic quoque nionstra domat, rutili quibus arce cerebri » .^d frontem coma tracta jacet, nudataque cervix » Setarum per damna nitet. »
P. 385, 1. 4. Dinn as e.xigitnr). «A faire payer les passagers, à atteler la mule, une heure entière se passe.» (UoTzce,. Satires, I, v, 13.)
P. 385, 1. 7. Spondain). «La ruelle du roi Nicomède. » (Suétone, Vie de César, xlix.) Voici le texte de Suétone : « Tum Dolabella (dicit) pellicem regire, spondam interiorem regia; lecticK. » Béroald écrit en note : « Consuevit concubinus & concubina in parte interiore ipsius lecti, atque lectica; cubare; in parte vero exteriore ipse vir. »
P. 385, 1. 9. Oiiis puer). «Vite, esclave, qu'on tempère l'ardeur de ce vin de Falerne avec l'eau de cette source qui coule auprès de nous. » (Horace, Odes, II, XI, 18.)
P. 385, 1. 13. O Jane). «O Janus, toi à qui on ne fait pas les cornes par derrière ni les oreilles d'âne, à qui l'on ne tire pas une langue longue comme celle d'un chien d'Apulie qui a soif. » (Perse, 1, 58.) Janus, comme l'explique le contexte, a deux faces, et voit par derrière comme par devant.
P. 385, 1. 16. Les Dames Argienes). Cf. Plutarque, Demandes des choses romaines, demande xxvi, intitulée : « Pourquoy est-ce que les femmes en deuil portent des robes blanches, & la coiffure blanche aussi?», et qui s'achève par ces mots : « En la ville d'Argos semblablement, quand ils portent le deuil ils vestent robbes blanches, comme dit Socrates, lavées en eau claire. » (F° 464 v°.) On trouve le même renseignement, mais en partie seulement, chez Hérodien, IV, i, 6.
DE MOXTAICNE.
Chronologie : Aucune indication ne permet de dater. Une considération pourrait nous engager à croire que cet essai et les trois qui le suivent (I, l; I, Li; I, lu), sont d'assez peu postérieurs aux essais précédents (I, xxxviii-I, XLViii). Dans chacun des quatre, en effet, bien qu'ils soient courts en général, nous trouvons un ou plusieurs emprunts aux Vies de Plutarque. Mais tandis que dans les essais précédents les exemples de Plutarque fournissaient le plus souvent le thème de la composition, dans ceux-ci ils ne jouent plus qu'un rôle secondaire. En composant les précédents, on sentait que Montaigne était en train d'étudier les Fies de Plutarque et d'en faire son sujet habituel de méditation; dans ceux-ci il prend son inspiration de côté et d'autre; des Vies il ne tire plus que des réminiscences nombreuses sans doute et qui enrichissent son développement, mais accessoires. En tout temps, entre 1572 et 1580, Montaigne pratiquera suffisamment les Vies pour en tirer de semblables réminiscences, et par conséquent leur présence ne nous permet de conclure aucune date de composition bien certaine pour les quatre essais qui nous occupent. Notons cependant : i" qu'elles sont relativement -nombreuses dans ces quelques pages; 2° que, par la place qu'il leur a assignée, Montaigne semble nous inviter à considérer ces
quatre essais comme peu postérieurs au groupe qui s'inspirait directement des Vies. On est dès lors tenté de croire que Montaigne, quand il les écrivait, était encore tout près du temps où il étudiait spécialement les Vies, et que c'est pour ce motif que les réminiscences des Vies se pressent sous sa plume. C'est, je crois, l'hypothèse la plus vraisemblable qu'on puisse présenter pour ces quatre essais; elle reste très fragile néanmoins. Je crois que rien ne la contredit, en particulier dans l'essai Des consluines anciennes qui nous intéresse en ce moment. On trouve deux emprunts à César qui invitent à reporter sa composition à l'année 1578 au plus tôt. Il faut noter toutefois que ce chapitre n'est qu'un amas de coutumes, que, par conséquent, il appelait pour ainsi dire les additions, parce que toujours il était facile d'ajouter quelque nouvelle coutume à la liste. 11 se pourrait encore que Montaigne ait pris ces passages de César dans quelque livre de seconde main, car on trouvait partout relevées les coutumes de l'antiquité, et partout on les comparait aux coutumes modernes. «Il y a, dit Montaigne, des livres entiers faicts sur cet argument. » Effectivement j'ai retrouvé l'un de ces deux passages dans l'ouvrage de Ramus sur les Mœurs des anciens Gaulois. Je crois donc qu'il serait téméraire de rien conclure de ces emprunts à César.
CHAPITl^E L.
DE DKMOCRITVS i;T HERACLITVS.
P. 386, TITRE. DeDciiiocritiis et Heinclitiis). Le sujet ■que Montaigne traite ici se rencontre partout cliez les moralistes et compilateurs du xvr' siècle. Cf. à ce sujet mon ouvrage sur Les sources el l'evoliilioii des Essais, t. II, p. 35. La question avait été touchée par plusieurs auteurs anciens : Ju vénal, Satires, X; Sénèque, De ira, II, x; De traiiquillitate animi, xv; Lucien, Dialogues, xiv; Diogènc Laerce, etc. L'Italien Pliileremo Fregoso la vulgarisa au début du xm*^ siècle par deux poèmes intitulés // riso di Deiiwcrito e piaiito di Heraclito, qui furent souvent réimprimés. Il contribua sans doute à mettre ce thème à la mode. En tout cas il est partout autour de Montaigne. Cf. Messie, Diverses leçons, I, xxx\"i; Bouaystuau dans VHistoire de Chelidoniiis, Mil, dans le Tlk'àtre du monde (au début); Marcouville, dans son Traicte' de la diversité des opinions humaines (au début); Budé, dans son Institution du prince (éd. de 1548, f° 7 v°); La Primaudaye, dans son Académie françoise, I, i ; Droit de Gaillard, dans sa Méthode de l'histoire, p. 5 ; Le Roy, dans sa Vicissitude (éd. de 1577, f" 52 v"); etc. Dans tous les genres littéraires les allusions à ce contraste entre les deux philosophes abondent partout : voyez en paniculier Rabelais, I, xx. Tout le monde est si bien averti qu'Henri Estienne, dans son Apologie pour Hérodote , dit sans expliquer son expression « être héraclitique » au sens de « avoir l'humeur noire » ; et Jacques Tahureau, dans ses Dialogues, appelle son principal interlocuteur «le Democritic», pour faire entendre que la sagesse de son philosophe est mêlée de gaieté et de mépris pour l'humanité. Chacun se pique de choisir entre les attitudes des
deux pliilosophes. L'originalité de Montaigne est donc nulle dans le choix du sujet. Il ne fait que suivre l'exemple de ses devanciers. En revanche, dans aucun des textes auxquels je viens de renvoyer, on ne retrouve les idées qui remplissent la première moitié de l'essai de Montaigne. Il renouvelle par là un sujet rebattu.
P. 38e, I. 13. De la fortune). Montaigne reprendra la même idée, mais la commentera d'une manière différente dans l'essai III, \'.
P. 38S, 1. II. Elle les leur taille). Cette idée est longuement développée dans l'essai I, xiv.
P. 389, 1. 16. Aller). «Dès qu'ils avaient mis le pied hors de la maison l'un riait, l'autre pleurait au contraire. » (Juvénal, X, xxviii.) Le texte qu'on lit ici chez Montaigne est celui de toutes les éditions du xvi'= siècle.
P. 390, 1. 2. Hochant du ne^). Allusion à l'anecdote bien connue de la visite d'Alexandre à Diogène, où celui-ci demande au monarque de s'écarter de son soleil. Cette anecdote est partout, en particulier chez Plutarquc, Fie d'Alexandre, f" 469 v"'; chez Cicéron, Tusculanes, V, x, 32, etc.
P. 390, 1. 14. La responce de Statilius) . Cf. Plutarquc, Vie de Marcus Brutus : « Brutus laissa mesme de ses autres amis, Stallius l'Epicurien, & Faonius, celuy qui faisoit profession d'imiter, & ensuivre Marcus Caton, à cause que leur en aiant jette de loing quelques paroles couvertes en devisant & disputant ensemble de la philosophie, pour sonder leur voulunté... & Stallius avoit dit, que ce n'estoit point le faict d'un homme prudent et sage, que de se mettre en danger & en
peine de sa vie pour des folz et des ignorans. » (m,
P. 390, 1. 18. Hegesias). Cf. Diogène Laerce, Vie d'Aristippe : « Sapientem sui ipsius gratia cuncta facturam. Aliuni quippe neminem sque ac se dignum arbitrari. Quamlibet enim ingentia videatur ab eo consecutus, non tamen eomm quce ipse prastiterit mérita .-equare. » (II, xcv, 153.)
ESSAIS DE MONTAIGNE
P. 390, 1. 19. Theodoriis). Id., ibid. : « Probabile dicebat prudentem virum non seipsum pro patria periculis exponere, neque enim pro insipientium commodis amittendam esse prudentiam. « (II, xcviii, 155.)
Chronologie : Aucune allusion ne permet de dater cet essai. Pour une hypothèse très incertaine, cf. la chronologie de l'essai précédent, I, XLix.