‹ Les Essais de Michel de MontaigneChapitre 225 sur 449 · CHAPITRE LVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVI

qui ne le trouva bon, et ne lui ht bonne chère à son retour... » Lorsqu'il revint d'ambassade (1582), du Plessis-Mornai l'engagea à se convertir au protestantisme, disant : « Et donc est-il point désormais temps de penser à sa conscience? à ces bons propos que vous m'avés autrefois tenus à ^■enize? à ceste resolution tant de fois répétée et de bouche et par lettres, de faire ouverte profession de la vérité, de si long-temps connue, si long-temps recelée? — Et si vivement l'en pressa qu'il tira parole de luy, qu'il se declareroit : ne taisant pas toutefois qu'il eust bien voulu estre pavé auparavant de quatorze mil escus qui luy estoient deubs de son Ambassade. » Çl^ie de du Plessis-Mornai, citée par Bayle.) Bientôt il abjura le catholicisme, et Henri de Navarre le nomma son chancelier. «M. de Montagne certes ne se pouvoit saouler de dire à M. du Plessis : \'ous avés gaigné une bataille sur nous, par l'appel de cest homme, honorant en luy une vertu que nous avons mesprisée. » (Jbid.') Montaigne, comme intermédiaire entre le roi de Navarre et le maréchal de Matignon, eut souvent affaire avec « le bon home présidant Ferrier », il en parle dans ses lettres au maréchal; ainsi le 12 février 1585 : «J'ai veu... M"" Ferrier malade à Sainte-Foi, qui se résout de me venir voir un jour de cete semmeine. Je ne m'atan pas qu'il y vieigne et me samble atandu son eage l'avoir laissé en mauvais estât. »

P. 412, 1. 12. // ne faut mesler Dieu). La conception que Montaigne expose ici longuement est essentiellement la conception catholique par opposition à la théorie protestante. Elle n'est pas originale, et on la retrouve souvent autour de lui. On peut rapprocher par exemple un morceau du «pegme» de Cousteau intitulé : « N'appartenir à un tas d'artisans d'interpréter ou parler des lettres sainctes à leur poste. » Un dizain rappelle l'anecdote du satyre qui, attiré par la beauté du feu nouvellement découvert par Prométhée, veut le baiser et se brûle à son contact; c'est là pour Cousteau l'image de celui qui « sans art ne science » veut gloser les livres saints. Et la narration philosophique qui suit présente beaucoup d'idées chères à Montaigne : la critique des faux savants, « ceux qui estans un peu outre les premiers élémens conçoivent grande opinion de soy », les plus

«importuns» de tous les hommes; la critique de l'outrecuidance du vulgaire qui prétend décider sans compétence de questions si compliquées : « ceux qui mènent en public une vie mécanique, ne faut permettre qu'en parlant de lettres sainctes, ils donnent plus à leur sens qu'au jugement des doctes ». Avec une pareille méthode on ne peut jamais parvenir à l'unité, et l'unité est un des caractères essentiels de la vérité, et. encore les mêmes idées chez Cousteau, p. 110.

P. 415, 1. 14. En Basque). Une traduction du Nouveau testament en basque faite par Jean de Liçarague, ministre protestant, et dédiée à Jeanne d'Albret, a paru à La Rochelle en 1571.

P. 413, 1. 20. L'uji de no:^ historiens Grecs). C'est Kicétas, II, IV. Mais Montaigne a pris ceci dans un ou\-rage de Juste Lipse intitulé : Adversns dialogistam liber de una religione : « Viri, fœminte, senes, pueri, qua^stiunculis ludunt et lasciviunt; eoque ventum, ut pro parum sano sit, qui non sic insanit. Mysterium theologia erat, facta est populare oblectamentum. Vis imaginem claram horum temporum ? Nicephori Gregorœ ista lege. Apud nos etiam opificibus effusa sunt arcana theologiae, atque ita omnes inhiant ratiocinatiunculis et sermonibus syllogisticis... Quomodo autem non sit absurdissimum, olim quidem cum florerent Gentilium dogmata, ordinem aliquem fuisse, et arcana quœ Delphorum theologis commissa erant, nulli alii vel edicere, vel indagare licuisse, sive is Plato, sive Socrates aut alius sapientia celebris fuisset : apud nos vero, qui purum pietatis m}'SLerium profitemur, ita protanari res divinas, et omnibus, qui de theologia disserere volunt, id licère suopte arbitrio et suffragio?... Factionum verô Principes inter se digladiabantur, et linguas contra sese niutuô armabant, non zelo divino, sed iracundiîe impetu ducti. Nam qui secundum Deum est zelus, a supernâ potentlâ dependet, et divina quadam ac moderatâ concinnaque ratione gubernatur. Qui verô mentis suœ fores ambitioni aperiunt, ii non vident zelum suum in œmulationem et odium converti, et pro frumento, uvâ, ceterisque bonis fructibus, spinas et tribulos in hoc agro produci. Hitc autem sunt lites, ab animo non satis instituto profectK, & adversariarum

ESSAIS DE MOXTAIGNH.

orationum certamina. Hx'C in Gnecià olim fuère. i Quando? Cùm paullo post ruit. Nos quid aliud exspecteuius, nisi malis errationibus finem facimus... In publico et in populo Disputationes omnes valde improbem. Primùm, quia per eas excitantur ad novitates multi, & pruriunt... Deinde, quia Sisinnii consilium (in re quidem istâ religionis) mihi probum, viri diserti, rerum usu periti, in litteris sacris eruditi, & summi item philosophi. Nam hœc elogia illi dant scriptores. Is igitur Theodosio aiebat : disceptationes non soluni non reconciliare schismata, sed h;v:reticos prœterea ad contentionem accendere. Idcirco concertationes Dialecticas vitandas, testésque adhibendas tantùm Formulas Hdei a veteribus éditas. Antiqua enim & antiquos si rejiciunt, qux ratio aut argutia oos vincet?... Andronicus igitur Imp. sapiens, qui tantum abfuit ut morem tune et nunc receptum de divinis dogmatibus disserendi probaret, aut de Deo novum aliquid vel dicere vel audire vellet (etsi ipse rerum divinarum peritissimus), ut Novarum patrarum Episcopum Euthymum virum eruditione clarum & Joannem Cinamum, in tabernaculo suo contra Lopadium disserentes super isto, pater major me est, non solùm objurgarit, sed etiam abjecturum se in pnïfluentem amnem Rhyndacum seriô minatus sit, nisi désistèrent talia loqui. » (m.) La traduction de Juste Lipse a induit Montaigne en erreur. Il a pris Lopadius (qu'il écrit d'ailleurs fautivement Lapodius) pour le nom d'un personnage alors que c'est le nom d'un lac.

P. 414, 1. 14. La première de celles de Platon). Cf. Platon, Ijois : « Vobis quidem recte necne constitutœ sint leges, una certc lex est optima, qua: jubet ne quis juvenum quajrere audeat, rectène an contra se leges habeant, sed uno omnium ore, unaque voce recte tanquam a diis positas concedi pni?cipit, nec ullo modo aliter pati quicquam a juvenibus cogitari : Senem autem si quid excogitarit, principibus 6c a;qualibus, nemine juvenum audiente, referre. » (P. 634; éd. de 1546, p. 750.)

P. 414, 1. 19. Un cvesijne). Cf. Osorius, Histoire du roi Emmanuel de Portugal : « Il (Tristan de Cugne) print la route de Zacotora, en laquelle la flotte vint surgir sans aucun empeschement, et en peu de jours.

Plusieurs estiment que ceste isle est celle que les anciens appelloyent Dioscoride, laquelle regarde le Promontoire de Mozambique. Elle est montagneuse, abondante en herbes, et fruits de diverses sortes. Les hahitans sont bigarrez et se disent Chrestiens. Ils ont des temples et des autels, comme Ion void en Europe. Les autels ne sont parez que de croix, & n'ont point d'autres images. Es jours de jusnes qu'ils observent fort estroittement, ils s'abstiennent fort sévèrement de manger chose aucune. Ils n'espousent qu'une femme. Ils ont les mesmes festes, et en mesmes jours que les Europeans, mesmes celles des saincts : payent entièrement à leurs prestres les dismes des grains et des fruits : ne savent que c'est de navires, et sont si ignorans, encores qu'ils facent profession de Chrestienté, qu'ils n'entendent un seul mot de religion chrestienne. » (V, vi, 191.)

P. 415, 1. 3. L'antien commencement). Cf. Plutarque, De l'Amour : «Tu peux bien avoir ouy dire commeiat Euripides fut sifflé et rabroué pour le commancement de sa Tragédie Menalippe qu'il avoit ainsi commancée.

Cl O Jupiter, car de toy rien sinon

» Je ne cognois seulement que le nom. »

P. 415, 1. 25. Verbis indisciplinatis). «En termes non approuvés. » Saint Augustin, Cité de Dieu, X, xxix.

P. 415, 1. 25. Fortune). Mot dont l'emploi était censuré à Rome. Cf. Journal de voyage, p. 250.

P. 417, 1. 3. OuiV, nisi seductis). « En demandant des choses que vous ne pouvez confier aux dieux qu'en les prenant à part. » (Perse, sat. 11, 4.)

P. 417, 1. II. Hoc ipsum). «Dis à Staius ce que tu veux confier à l'oreille de Jupiter. « Grand Jupiter, » ô bon Jupiter! » s'écriera Staius. Et tu crois que Jupiter ne dira pas comme Staius! » {Id., sat. 11, 21.)

P. 417, 1. 14. La Roy ne de Navarre). Cf. Heptaniéron, journée m, nouvelle 25.

P. 418, 1. 5. Tacito inala). «Nous murmurons à voix basse des prières criminelles. » (Lucain, V, 104.)

P. 418, 1. 9. Haud cuivis). «Il est peu d'hommes qui n'aient pas besoin de prier à voix basse dans les temples, et qui puissent exprimer tout haut les vœux qu'ils adressent aux dieux. » (Perse, sat. 11, 6.) Cf. ci-dessous la note p. 418, I. 14.

LIVK1-; I, CHAPITRE LVI.

P. 418, 1. 1 1. Les Pythagon'nis). Cf. la note suivante.

P. 418, 1. 14. Clare ciiin dixit). « A haute voix il invoque Apollon, puis il ajoute du bout de.s lèvres, avec grand'peur d'être entendu : « Belle Laverne, » accorde-moi les moyens de tromper, de paraître » ju.ste et homme de bien :- couvre mes fautes de la » nuit et mes larcins d'un nuage. » (Horace, Ep. , III, I, lé.) Dans l'édition de Lambin, à propos de ce vers on lit la note suivante : Hune locum Kmulatus est Persius Saty. II. « Haud cuivis promtum est, murmurque, humilesque susurros Tollere de templis, & aperto vivere voto. » Volebant autem Pythagorei, clara voce diis immortalibus supplicari : e jusque rei rationem affert Clemens Alexandr. Strom. d. non quod (inquit) existimarent, eos à Deo non exaudiri, qui summissè loquerentur, sed quôd preces justas esse volebant : quales certè neminem pudeat multis audientibus, & conseils nuncupare... H;v;c notavit P. \'ictorius Flor. » C'est certainement dans son édition d'Horace que Montaigne a pris la citation

de Perse qu'on vient de lire, car c'est la seule citation de Perse qu'on trouve dans les Essais de 1 580.

P. 418, 1. 18. Fa-us d'Œdippns). Cf. Platon, Second Alcihiade : « Qiiemadmodum Œdipum ferunt obsecrasse deum, de regno paterno ut filii ferro décernèrent... Unde ad eum eventum ista venerunt, atque ex lis alla multa & gravia. » (P. 1^8; éd. de 1546,

P. 419, 1. 17. Dict Plakm). Dans les Lois: « Ab impuro autem capere munera neque bonum virum, neque deum decet. » (P. 716; éd. de 1546, p. 791.)

P. 419, 1. 19. Immunis). «Que des mains innocentes touchent l'autel; elles apaisent aussi sûrement les dieux pénates avec un gâteau de fleur de farine et quelques grains de sel, qu'en immolant de riches victimes. « (Horace, Odes, III, xxiii, 17.)

Chroxologih : Aucune allusion ne permet de dater cet essai.

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