LIVRE II, CHAPITRE II
P. 15, 1. 18. Marc Jure! le). Marc-Aiircle ou YHor- /oft' des Princes, ouvrage composé en espagnol par l'évèque Antoine de Guevara (1529) et qui eut un très vif succès en Italie, en France et en Angleterre aussi bien qu'en Espagne. En France l'ouvrage a été connu surtout par la traduction de René Bertaut, seigneur de la Grise, qui parut en 1531, à Paris, chez Galliot du Pré et qui fut à diverses reprises revisé et sans cesse réimprimé jusqu'après 1550, puis par celle d'Herheray des Essars, qui, publiée en 1555, eut de nombreuses éditions dans la seconde moitié du xvi'^ siècle.
P. lé, 1. 14. Rnvnojis à nos bouteilles). Rapprocher dans l'essai III, vi : «Enfin retombons à nos coches. » C'est un tour imité du style des conteurs. Cf. Rabelais (I, I, III, 34) : « Retournons à nos moutons. »
P. 17, 1. 8. Anacharsis). Cf. Diogène Laërce, Vie d' Anacharsis : « Mirari se dixit cur Graeci initio convivii parvis poculis uterentur, ubi verô saturati essent, majoribus. » (Éd. de 1556, I, civ, 82.)
P. 17, 1. II. Platon défont). Lois : « Principio lege sanciemus, ut pueri usque ad duodevigesimum annuni vini usum prorsus ignorent... Sed cum ad quadragesimum pervenerint, tune in conviviis liberius discumbentes, cum alios deos tum Dionysium ad sacra senum & ludos invocent. » (Ed. de 1546, p. 764.)
P. 18, 1. 10. Le philosofe Stilpo). Cf. Diogène Laërce, Vie de S t il pan : « Senem verô defecisse... hausto prius mero ut citius moreretur. » (II, cxx, 169.)
P. 18, 1. 12. Du philosofe Arcesilaus). Li., Vie d'Arcésilas : «Obiit... cùm merum immodicè hausisset ac offendisset, septuagesimo & quinto anatis anno. » (IV, xliv, 276.)
P. 18, 1. 13. Vieille & plaisante question). C'est Sénèque qui la suggère à Montaigne. Elle est abordée dans l'épître 83, dont nous avons vu Montaigne s'inspirer à diverses reprises dans cet essai.
P. 18, 1. 15. Si niunita'). «Si le vin peut terrasser la sagesse la plus ferme. » (Horace, Odes, III, xxviii, 4.) Montaigne arrange le texte d'Horace qui est :
Il Munitajque adhibe vim sapienti.t. »
P. 18, 1. 23. Lucrèce). Montaigne a pu trouver ce
détail dans la Vie de Lucrèce écrite par Crinitus; il l'alléguera de nouveau dans l'essai II, xii.
P. 19, 1. 6. Sudores). « Sous le coup de la terreur, le corps pâlit et se couvre de sueur, la langue s'embarrasse, la voix s'éteint, la vue se trouble, les oreilles tintent, les membres fléchissent, toute la machine s'effondre.» (Lucrèce, III, 155.) Montaigne suit ici exactement le texte de Lambin (p. 200).
P. 19, 1. 17. Hunmni). «Qu'il ne s'imagine pas être à l'abri d'aucun accident humain. » (Térence, Heaiit., I, I, 25.) Montaigne détourne de .son sens le vers de Térence.
P. 19, 1. 20. Sic fatur). «Ainsi parle Énée tout en larmes, et sa flotte vogue à pleine voile. » (Virgile, Enéide, M, i.)
P. 19, 1. 22. Nostre Plutarque). Dans la Vie de Publicola : « Cela fut un acte, que Ion ne sçauroit ny suffisamment louer, ny assez blasmer : car ou c'estoit une excellence de vertu, qui rendoit ainsi son cueur impassible, ou une violence de passion qui le rendoit insensible, dont ne l'un ne l'autre n'est chose petite, ains surpassant l'ordinaire d'humaine nature, et tenant ou de la divinité, ou de la bestialité. Mais il est plus raisonnable, que le jugement des hommes s'accorde à sa gloire, que la foiblesse des jugeans face descroire sa vertu : car les Romains estiment, que ce ne fut pas si grand exploit à Romulus, d'avoir premièrement fondé Rome, qu'à Brutus d'avoir recouvré la liberté, & estably le gouvernement de la chose publique; mais pour lors, quand il se fut retiré, tout le monde demoura sur la place, comme transy d'horreur & de frayeur, par un long temps, sans mot dire, pour avoir veu ce qui avoit esté fait. » (m, f° 68 V.)
P. 20, 1. 7. Occupavi). «Je t'ai matée, ô fortune ! je t'ai réduite à l'impuissance, j'ai bouché toutes les avenues par où tu pouvais arriver jusqu'à moi. » (Cicéron, Tusc, V, IX.) Métrodore est épicurien; «l'autre secte faisant expresse profession de fierté » dont Montaigne ne veut pas parler est la secte des stoïciens.
P. 20, 1. 8. Quand Anaxarchus). Cf. Diogène Laërce : « Hoc ille regrè ferens, memor injuria; post nionem régis, cùm navi ferretur Anaxarchus, invitusque applicuisset Cyprum, comprehensum eum in
saxum concavum rnjecit, jussitque ferreis malleis casdi, illum pœnx suœ negligentem, célèbre id dictum ingeminasse aiunt, Tunde, tunde Anaxarchi vasculum, nam Anaxarchum nihil teris. » (IX, lix, 6i6.)
P. 20, 1. 12. C'est assL'i rôti). C'est ce que fait dire Prudence à saint Laurent, livre Des couronnes, hymn. II, V. 401.
P. 20, 1. 14. (Jiianl nous oyons en losephe). « Dans le traité des Macchabées, chap. viii. Montaigne paraphrase ici très librement le texte de Josèphe. Il faut rappeler que dans certaines éditions du xv!"^ siècle le traité des Macchabàs porte comme sous-titre : « De la domination de la raison sur les sens corporels. »
P. 20, 1. 25. J'aime mieux). Cf. Diogène Laërce, Vie d'Antisthène, VI,. m; Aulu-Gelle, IX, v; Sextus Empiricus, Hypotyposes, III, xx; etc.
P. 21, 1. 2. Epicurus). Cf. Sénèque, Épitrcs (66, 67, 92). Montaigne ne traduit aucun passage de Sénèque, il s'en inspire cependant. Ces épîtres sont remplies de défis jetés à la fortune tels que ceux que Montaigne relève ici.
P. 21, 1. 7. Spumantémque). «Dédaignant ces animaux timides, il appelle de ses vœux quelque sanglier écumant, ou un lion à la fauve crinière qui descende de la montagne. » (Virgile, En., IV, 158.) Montaigne a pris ces vers probablement dans l'épître 64 de Sénèque, où ils sont cités avec la même valeur. Mais Sénèque les prononce pour son propre compte ; Montaigne les critiquerait plutôt, il y sent quelque exagération.
P. 21, 1. 10. Nostre ame ne sçauroit). Cf. Sénèque, De tranquillitaie vita.' : « Non potest (mens) sublime quidquam & in arduo positum contingere, quamdiu apuJ se est. Décidât oportet a solito, & eiferatur, & mordeat frenos, & rectorem rapiat suum, eoque ferat, quô per se timuisset. » (xv, 386.)
P. 21, 1. 19. Platon dict). Id., ibid. : «Sive Platoni (credimus), frustra poeticas fores compos sui perpulit. » (P. 386.) L'opinion de Platon est rapportée par Sénèque d'après VIon.
P. 21, 1. 20. Dit Aristote). «Sive Aristoteli (credimus) nullum magnum ingenium sine mixtura dementia; fuit. » (P. 386.) L'opinion d'Aristote est rapportée par Sénèque d'après les Problèmes, sect. xxx.
P. 22, 1. I. Platon). Cf. Platon, Timée : «Nemo dum saniL- mentis est, divinum & verum vaticinium ullum assequitur, sed cum vel somno prudentiae vis pra;pedita est, vel oppressa morbo, vel divino aliquo raptu è suo statu dimota, fieri divinatio solet. » (P. 71; éd. de 1546, p. 724.)
Chronologie : Aucune indication ne permet de dater cet essai. Je crois cependant qu'il est à peu près contemporain du suivant, Cotistume de l'isle de Cea. En effet : 1° ils sont placés l'un près de l'autre, ce qui constitue une présomption; 2° tous deux font des emprunts au traité de Josèphe sur la mort des Macchabées, et ce traité n'est mis à contribution par Montaigne que dans ces deux essais.