LIVRE II, CHAPITRE III
là on voit, accablés de tristesse, ceux qui ont mené une vie innocente, mais qui se sont donné la mort de leur propre main, et qui, détestant la lumière, ont précipité leurs âmes aux enfers. » (Virgile, Éti., IV, 434.) Le début de cette citation de Virgile se trouve dans le passage de saint Augustin auquel Montaigne a fait beaucoup d'emprunts dans cet essai. (Cité de Dieu, I, xix.)
P. 26, 1. 21. En Ri'gnliis qu'en Colon). Cette idée avec l'opposition de Régulus et de Caton se retrouve chez saint Augustin, Cilé de Dieu, I, xxii; I, xxiv.
P. 27, 1. I. Diiris ut). «Tel le chêne que les dures haches élaguent dans la sombre forêt du fertile Algide; ses pertes, ses blessures, le fer même qui le frappe, lui donnent une vigueur nouvelle. » (Horace, Odei, IV, IV, 57.)
P. 27, 1. 6. Non est). « Non, la vertu ne consiste pas, mon père, comme tu le penses, à craindre la vie, mais à faire face à l'adversité, à ne jamais tourner le dos. » (Sénèque, Tbéhaïde, I, 190.)
P. 27, 1. 9. Rebtis in adversis). « Dans l'adversité il est facile de mépriser la mort; il faut plus de courage pour savoir supporter le malheur. « (Martial, XI, Lvi, 15.) Toutes les éditions du xvi'^ siècle que j'ai consultées donnent un texte différent de celui de Montaigne : « Rébus in angnslis facile est contemnere vilain. Fort i 1er ille... »
p. 27, 1. 15. Si fractiis). «Que l'univers brisé s'écroule, ses ruines la frapperont sans l'effrayer. » (Horace, Odes, III, m, 7.) Montaigne écrit « impavidam » au lieu de « impavidum », rapportant à la vertu ce qu'Horace dit du sage.
p. 27, 1. 20. Hic, rogo). «Je le demande, mourir de peur de mourir, n'est-ce pas folie ? » (Martial, Épigrammes, II, lxxx, 2.)
p. 27, 1. 22. Multos in snviuia). « La seule crainte du malheur a précipité bien des gens dans les plus grands périls : l'homme vraiment courageux est celui qui, prêt à braver les dangers quand ils sont inévitables, sait aussi les éviter quand cela est possible. » (Lucain, VII, 104.)
P. 27, 1. 26. Vsque adeo). « La crainte de la mort va jusqu'à inspirer aux humains un tel dégoût de la vie et de la lumière qu'ils se donnent la mort à eux-
mêmes dans un accès de désespoir, oubliant que la source de leurs peines est précisément la peur de mourir. » (Lucrèce, III, 79.)
P. 28, 1. I. Platon, en ces loix). « Quid de illo judicandum, qui proximum atque amicissimum cœde perdiderit ? qui dico seipsum vita et sorte fatorum, vi scelerata privaverit : non judicio civitatis, nec tristi et incvitabili fortunx casu coactus, neque pudore aliquo extrenmm compulsus : sed ignavia et formidolosi animi imbecillitate, injuste sibi mortem consciverit ? Sepultura isti solitaria fiât, ubi alius nemo condatur. » (IX, p. 873; éd. de 1546, p. 861.)
P. 28, 1. 17. Dehet eniuî). «Pour qu'un malheur puisse nous arriver, il faut que nous soyons encore en personne au temps où ce malheur pourra se produire. » (Lucrèce, III, 874.) Montaigne suit le texte de Lambin (p. 251).
P. 28, 1. 26. 'E JAcvî'' ï;2V'''TV')- Sortie raisonnable. Expression des stoïciens; cf. Diogène Laërce, Vie de Zenon, Wl, 130. Ces deux mots figurent dans le chapitre de Breslay que nous avons signalé plus haut (^Anthologie, I, xx) et dont Montaigne s'est peut-être inspiré en écrivant ce chapitre; peut-être est-ce là qu'il les a pris.
P. 29, 1. I. Il faut souvent mourir). Cf. Sénèque, Épîlres : « Sxpe & fortiter desinendum est, & non ex maximis causis. Nam nec ha; maximœ sunt, qux nos tenent. » (Ép. 77, p. 178.)
P. 29, 1. 5. J'en'ay allègue). Dans l'essai I, xiv, t. I, p. 61, 1. 26.
P. 29, 1. 6. Vierges Milesienes). Cf. Plutarque, Des vertueux faicts des femmes, art. Des Milesienes, i" 235 v°; aussi Aulu-Gelle, Nuits attiques, XV, xi; Érasme, Eloge de la folie; etc.
P. 29, 1. 10. Threicion). Cf. Plutarque, Vie de Cléotnéne : « Therycion prenant à part Cleomenes, luy conimencea à dire : Nous avons, sire Roy, fouy la mort qui nous estoit la plus honorable, de mourir en la battaille,... mais aumoins nous en reste il encore une autre, qui, sans point de doubte, est en vertu 6c en gloire seconde à la première... Cleomenes luy respondit. Tu penses donques que ce soit à toy magnanimité que de chercher la mort, qui est l'une des plus faciles & plus aisées choses qui puisse aduenir à l'homme,... & ce pendant, meschant que tu es.
ESSAIS DE MONTAIGNE
tu fuis d'une fuitte plus lasche & plus honteuse que la première... car il ne fault pas que la mort que Ion se donne vouluntairement soit pour fouir à faire des actes laborieux, ains fault que celle mort mesme soit un acte louable, pource que c'est honte de vouloir vivre ou mourir pour l'amour de soy mesme... Je suis d'advis que toy ne moy ne devons jamais abandonner l'espérance de ser\'ir encore quelque jour à nostre pais : car là où toute espérance nous defaudra, alors nous sera il toujours assez aisé de mourir toutes & quantes fois que nous vouldrons. A cela Then,'cion ne répliqua rien, mais à la première occasion qu'il eut de se pouvoir un peu escarter de Cleomenes sur le rivage en se destournant le long de la marine, il se tua luy mesme. » (xiv, f" 565 v°.)
P. 29, 1. 27. Sf>crat). « Etendu sur l'arène, le gladiateur vaincu espère encore la vie, quoique la foule menaçante fasse le geste de mort en renversant le pouce. » Montaigne a trouvé ces vers qu'on attribue à Pentadius, chez Juste Lipse, Saturnaliiivi sermonuiii libri (éd. des Œuvres de 1637, t. III, p. 541).
P. 30, 1. I. Toutes choses). Cf. Sénèque, Ép'itres : « Omnia homini dum vivit speranda sunt. » Sénèque relève ce mot pour le critiquer pour sa lâcheté. (Ep. 70, p. 161.)
P. 30, 1. 2. Pourquoy auray je). Id., ibid. : « Ego cogitem in eo qui vivit omnia posse fortunam, potius quam cogitem in eo qui scit mori nihil posse fortunam. » (P. lél.)
P. 30, 1. 5. Joseph). Dans son autobiographie : « S{(i.uy 5' é TSJ !T(i);j.aTc; [aîu 'rï;v ç'j/.ay.ir,v -îxtaT£UiJ.£v:;, h ■/.«': [lôvsç rapaueîva;, lîwv ttjv £r'.îp(jj|ji.r,v tûv r.z'i.'.-.Zyi , îi£Y=''p-' f-s ■'•'• ■Tî'' È5ïr:ô)Tâ \i.i'. y.ivî'jvsv à^aYY^/>''£'-' i^t'-S'-* TE Y£vva{(i)î M,zf.v.-i (i)ç <r:pxrf,-;h■^ Jz ajTîO, zp'v îuÀOsT-; ■tsj; iyOft'j; àvaY/.âîsvTaç f, y.TEviOvTaç. 'O ;xîv -xj-zx r^f^e.-!, iyi) oï, -m 0£(7) xi y.x-' ï'^x-j->z'i t-r.piiixç, ûz xô ■n'/.ffiz^ (i')î;jLr,Oï;v Tpîe/.ôsïv. Msxsvîùç cjv [i.éXxiix-t isfff,-x, xal 10 Hîçsç àxxzTr,zx\is.\z: èy. -sii xj);évsç, y.aO' bzz-i i-zipxi, r, ^EÎiva |xst tùv ro/.eiJi'!o)v ù-xv.xsih îi>\i.r,'i, e\ç tcv IrKsîpsuïv, i'svw te çx/elç y.x: Tpr,-ir,z zeîiov v.xx Tf,v vf"' îâxpuai «ypuv èXeeivcç ïiz^x zâijiv. » (Ed. Dindorf, parag. 28; éd. de 1544, p. 635.)
P. 30, 1. 15. AUquis carnifici). «Tel a survécu à son bourreau. » (Sénèque, ép. 13, p. 96.)
P. 30, 1. 16. Milita dies). «Souvent le temps et les effets variables du cours inconstant des choses ont rétabli des situations ruinées; souvent la fortune s'est fait un jeu de revenir à ceux qu'elle avait abattus et de les remettre en lieu sur. » (Virgile, Enéide, XI, 425.)
P. 30, 1. 19. Pline dit). Dans ['Histoire naturelle : « De hoc tamen judicavere avi experimento, asperrimos cruciatus esse calculorum à stillicidio vesicas : proximum stomachi, tertium eorum quas in capite doleant, non ob alios fermé morte conscita. » (XXV, III.) Le texte de 1588 est plus exact que celui du manuscrit de Bordeaux. Pline parle d'expériences, de coutumes, non de droit.
P. 30, 1. 21. Sénèque). Epîtres : c Morbum morte non fugiam duntaxat sanabilem, nec oiiîcientem animo, non afferam mihi manus propter dolorem, sic mori, vinci est. Hune tamen si sciero perpetuo mihi esse patiendum, exibo, non propter ipsum, sed quia impedimento mihi futurus est ad omne propter quod vivitur. » (Ep. 58, p. 144.)
P. 30, 1. 24. Daiiiocrittis). Cf. Tite-Live : « Damocritus .(ïtolorum dux paucos ante dies, quam e carcere nocte effugisset, in ripa Tiheris consecutis custodibus, priusquam comprehenderetur, gladio se transfixit. » (XXXMI, XLVi.)
P. 30, NOTE. A la journée de SerisoUes). 14 avril 1544. Montaigne a peut-être pris ceci dans les Commentaires de Montluc qu'il a pu connaître en manuscrit et qui ont paru l'année même de sa mort, en r592. « Monsieur de Pignan, de Monpellier, qu'estoict à luy, me dict par deux fois il se donna de la pointe de l'espée dens le gorgerin, se volant thuer soy-mesmes et me dict au retour qu'il s'estoict veu en tel estât lors qu'il eust voulu qu'on luy eust donné de l'espée dans la gorge. » (Éd. de Ruble, t. I, p. 275.)
P. 31, 1. 3. Antinous). Cf. Tite-Live, XLV, xxvi.
P. 31, 1. 6. L'isk de Go:^*"). Petite île à l'ouest de Malte. Cf. Guillaume Paradin, Hist. de son temps : «Il advint que un Sicilien, qui dés long temps s'estoit liabitué en ce lieu (dans l'isle de Goze), et s'y estoit marié, et avoit deux belles et honnestes filles prestes à marier : lequel se voyant en ceste calamité, pour ne voir ses filles tomber entre les mains de ces chiens.
LIVRK II, CHAPITUr. III.
et en hiiiv les insolences dont ils sont coustumiers ce que bon cueur ne pourrait souffrir, s'en alhi en sa maison : où les ayant appelées les tua toutes deux de sa main propre : autant en fit à la mère accourant à la mort de ses filles. Ce fait, chargea une harquebuze, et banda une arbaleste, et s'en vint au devant des ennemis, qui ja estoient près de son hostel, dont il en tua deux : puis mettant la main à l'espée combattit vaillamment, jusqu'à ce qu'il fut enfermé et enveloppé de toutes pars d'ennemis, lesquels le mirent en pièces. Ainsi se sauva le Sicilien de servage, en aj'ant délivre les siens.» (Éd. de 1375, f" 99 x".) Sur les différents textes où Montaigne pouvait connaître cette anecdote, cf. mes Livres d'hisloirc iiwderuc utilises par Mtvilaigiic, pp. n9 et suivantes.
P. 31, 1. 14. Les feiiunes Jiiifves). Cf. Josèphe, Traité des Macchabées : « Ita ut mulieres, circoncisis (ut mos nostrai religionis erat) parxulis suis, in prœceps se demitterent, quippe qua; vitantes longiora tormenta, celerem halitum ingestse mortis optarent. » Montaigne suit ici la traduction latine d'Erasme, que je viens de citer, ou une traduction française faite d'après la traduction latine d'Erasme. Voici le texte grec qui se lit dans les diverses éditions du xvi^ siècle que j'ai consultées : « "Qy-i v.x: 'yj-tx'/.x:, Ïtv ■7:ip:i-i\viz-i r.Xilix, ;j.E-:z -ôt-t izzçùet y.x-x/.pr,\i.'i:z^)r,-)x<., -fîS'.Ojîaç :•:■. tcjt: t.v.^zt.x:. » (Éd. Dindorf, iv, 503; éd. de 1544, p. 958.)
P. 31, 1. 23. Scrihonia). Cf. Sénèque, Epllres : « Jam non reum, sed funus, habere cœpit (Libo) consilium, utrum conscisceret sibi mortem, an expectaret. Cui Scribonia, qùid te, inquit, delectat alienum negocium agere? Non persuasit illi. Manus sibi attulit, nec sine causa. Nam post diem tertium aut quartum inimici moriturus arbitrio, si vivit, alienum negocium agit. » (Ép. 70, p. 161.)
P. 31, 1. 29. Dans la Bible). Cf. Macchabées, II, XIV, 37-46.
P. 32, 1. 17. Celle qnisefaict). Cette idée est développée dans saint Augustin, Cité de Dieu, I, xxv et passim. Comme Montaigne, nous l'avons vu, s'inspire certainement du premier livre de saint Augustin, il est probable que c'est la lecture de la Cité de Dieu qui l'a engagé dans ce développement. D'ailleurs, d'après
.saint Augustin, le même sujet avait été traité par Henri Estienne, dans X Apologie pour Hérodote que Montaigne a lue vers 1572, et par Breshu- dans y Anthologie , I, xx.
P. ^2, 1. 20. Pelagia & Sophronia). Cf. le Coininentaire de \'ivès à la Cité de Dieu, I, xx\'i : « Pelagiam scribit Ambrosius libro III De virginibus, cum matre et sororibus prœcipitem se dédisse in flumen ne a persequenti milite violaretur : eam tamen, ut idem inquit, martyrum numéro ecclesia ascripsit. Item Sophroniam, qux- se occidit, ne vim a Maxentio C;esare pateretur ut Eusebius in Ecclesiastica historia perhibet. » Ces deux exemples ont été répétés, presque traduits par Breslay (Anthologie, l, xx). L'exemple de Sophronie revient en outre dans plusieurs compilations de l'époque à partir de Fulgose qui l'a recueilli (VI, i). Cf. Droit de Gaillard dans son chapitre De la continence, etc.
P. 32, 1. 23. L'histoire ecclésiastique). Je crois que Montaigne fait allusion à l'Histoire ecclésiastique de Nicéphore Calliste qui cite des exemples de cette sorte (MI, xxi).
P. 32, 1. 28. Sçavant autheur). Je crois qu'il s'agit d'Henri Estienne qui émet cette idée dans l'Apologie pour Hérodote, XV, xxii.
P. 53, 1. 4. Dieu .uv't loiié). On trouve une anecdote tout à tait analogue dans Gelli, Discours fantastiques, II, traduction française de 1566, p. 55 : «Les épicuriens pourroient à bon droict dire, comme cette preude femme, laquelle estant prise par les soldats au sac de Gènes, sans en faire autrement pire chère, ains monstrant au visage un teint de gaye pensée, commença à dire, loué soit Dieu ! puisqu'il m'est permis une fois en ma vie assouvir mon désir à souhait sans scandale, et contenter ce corps un bon coup sans aucun danger de mon àme. » J'ignore si Montaigne a eu connaissance de ce texte.
P. 33, 1. 9. Suyvant la rcigle du bon Marot). Dans l'épigramine intitulée : De ouy et nenny.
P. ^}, 1. 12. Lucius Aruntius). Cf. Tacite, Annales : « Eoque fugere simul acta et instantia. Hxc vatis in modum dictitans, venas resolvit. » (M, xliii.)
P. 33, 1. 13. Granius Silvauus). Id., ibid. : « E tribunis Granius Silvanus quamvis absolutus, sua manu
ESSAIS DE MONTAIGXE.
cecidit. Statius Proximus veniam quam ab imperatore acceperat, vanitate exitus corrupit. » (XV, lxxi.)
P. 33, 1. 17. Spargapises). Cf. Hérodote, I, 213; t. I, f° 96 \°.
P. 33, 1. 21. Bogc:^). Id., ibid. : «De tous ces gouverneurs ainsi defaicts nul fut estimé homme de bien par Xerxes, excepté Boges qui estoit à Eïone... car, à la vérité il avoir mérité grand honneur quand estant assiégé par les Athéniens, & Cimon filz de Miltiades, bien qu'il peust sortir par composition & retourner en Asie n'en voulut rien faire, afin qu'il ne semblast au Roy que par faute de cœur il se fut sauvé. Et parce il tint jusque à l'extrémité : mais vovant que vivres luy falloyent, feit allumer un grand bûcher, & après avoir fait premièrement mourir femme et enfans, concubines & ser\-iteurs, les mit dans le feu, puis feit jeter tout l'or & l'argent qui estoit en la ville dans la rivière Strymon, & ce faict se jecta luy mesme dans le feu. » (VII, 107; t. II, f" 86 v°.)
P. 34, 1. I. NinachelHcn). Cf. Go\i\-;x\-à, Histoire du Portugal : « Quand Ninachetuen entendit que le Rov de Campar estoit appelle pour lui succéder en sa charge, il conclud en soi-mesme de ne souffrir nulement d'estre dégradé. Pourtant il fit dresser un eschaffaut eslevé et longuet appuyé sur quelques colonnes, tapissé, orné de fleurs & parfums en abondance. Cela fait il se vestit d'une robe de drap d'or, & tout couvert de pierres précieuses sortit en rue ainsi équipé, & monta par des degrez sur l'eschaffaut. Il y avoit en dessus un bûcher de bois odoriférant bien agencé & allumé. Cette pompe extraordinaire de Ninachetuen fit lever les yeux & les oreilles de tout le peuple, ne sçachant que vouloit dire cest appareil. Ninachetuen commença lors a faire une piteuse harangue et en premier lieu rameuter les ser\*ices que les Portugallois avoyent receus de luy avant la prinsc de la ville, & ce qu'il avoit fait depuis en faveur du Roy Emmanuel : combien il s'estoit monstre ferme & fidèle en son devoir : avec quelle magnanimité en plusieurs endroits il avoit hazardé sa vie pour preuve de loyauté. Que pour recompense de tant de bons devoirs, la nation Portugalioise vouloit diffamer de telle sorte sa vieillesse qu'il estoit impossible de trouver homme avant son honneur en
quelque recommandation qui voulust ni peust digérer cela en aucune sorte : car ils le despouilloyent de la charge qu'eux mesmes luv avoyent commise, le dégradoj'ent de ses honneurs le reputans digne d'achever ses jours ignominieusement, & ser\-ir de fable & de risée à tout le monde. Quant à luy, qu'il avoit tousjours moins estimé sa vie que son honneur & f;tit mesme sa resolution de mourir pour conserver •=■■! réputation, & pourtant qu'à l'heure présente il changeoit volontiers sa vie à la mort plustost que de recevoir la honte qu'on luy vouloit faire. Disant ces choses il se jetta dedans le feu. » (IX, xxvii, f° 278 r°.)
P. 34, 1. 19. Sextilia). Cf. Tacite, Annales, VI,
P. 34, 1. 24. Cocceius Nerva). Id., ibid. : « Haud multo post Cocceius Nerva continuus principis, omnis divini humanique juris sciens, integro statu, corpore allœso, moriendi consilium cepit... Ferebant gnari cogitationum ejus, quanto propius mala Reip. viseret, ira, & metu, dum integer, dum intentatus, honestum finem voluisse.^) (VI, xxvi; t. II, p. 165.)
P. 34, 1. 29. La femme de Fiilviiis). Cf. Plutarque, Du trop parler : « Fulvius, l'un des familiers de Cresar Auguste, estant ja sur l'aage, après avoir ouy les regrets et complaintes de l'Empereur lamentant la solitude de sa maison, et qu'après le trespas des deux fils de sa fille, et la relegation de Posthumius qui luy restoit seul, et pour quelque imputation avoit esté confiné, il estoit contrainct de laisser le fils de sa femme son successeur à l'Empire : combien qu'il eust compassion, et qu'il fust entre-deux de révoquer le fils de sa fille de son confinement. Fulvius ayant entendu ces propos, les alla rapporter à sa femme, et elle à Livia, femme d'Auguste, laquelle s'en attacha bien asprement à Caîsar, s'il estoit ainsi qu'il eust de long temps proposé de rappeller son arrière fils, pourquo}^ il ne le faisoit, ains la mettoit en inimitié et en guerre avec celuy qui luy dcvroit succéder à l'empire. Le lendemain matin, comme Fulvius luy fust venu donner le bon jour, ainsi qu'il avoit de coustume, et qu'il luy eust dit. Dieu te gard, Ciïsar : il ne luy feit que rcspondre, Dieu te face .sage, Fulvius. Fulvius entendant incontinent que cela vouloit dire, se retira tout aussi tost en sa maison.