LIVRK II, CHAPITRE III
et là faisant appeller sa femme : Gïsar, dit-il, a bien sceu que ie n'ay pas tenu son secret, et pour ceste cause j'ai résolu de me faire mourir mov-mesme. Tu feras justice, dit elle, veu qu'ayant si longuement Vescu avec moy, et devant aiant assez cogneu l'incontinence de ma langue, tu ne t'en es pas donné garde : mais laisse que je me tue la première : et prenant une espee, elle mesme s'en tua devant son mary. » (ix, f" 93 r°.)
P. 35, 1. 10. Fibins J'iritts). Ct. Tite-Live, Annales, XXVI, XIII, XIV, XV.
P. 35, I. 17. Breuvage). Id., ibid. : « Ea potio corpus ab cruciatu, animum ab contumeliis, oculos, aures à videndis audiendisque omnibus acerbis indignisque, quîe manent vinctos, vindicabit. » (xiii.)
P. 35, 1. 22. Vint et sept senatiirs). Id., ibid. : « Vibium Virium septem & viginti fermé senatores domum secuti sunt, epulatique cum eo, & quantum facere potuerant, alienatis mentibus vino ab imminentis sensu mali, venenum omnes sumpserunt, inde misso convivio, dextris inter se datis, ultimôque complexu, collacnymianies suum, patriiéque casum, alii ut eodem rogo cremarentur, manserunt, alii domos digressi sunt. Impletœ cibis vinôque ven^-e minus efficacem in maturanda morte vim veneni fecerunt. Itaque noctem totam plerique eorum, & diei insequentis partem cum animam egissent, omnes tamen priusquàm aperirentur hostibus porta;, expira runt. »
P. 36, 1. 4. Taureajnbelliiis). Id., il'id., XXVI, xv.
P. 36, 1. 7. Commande). Id., ibid. : «Me quoque, inquit, jubé occidi, ut gloriari possis multo fortiorem quam ipse es, virum abs te occisum esse. »
P. 36, 1. 12. Puis que mon puis prins). Id., ibid. : « Tum Jubellius : Quandoquidem, inquit, capta patriâ, propinquis amicisque amissis, quum ipse manu meâconjugem liberosque interfecerim, ne quid indigni paterentur, mihi ne mortis quidem copia eadem est, quse his civibus meis; petaturque à virtute invisse hujus vitœ vindicta. Atque ita gladio quem veste texerat, per adversum pectus transtîxus, ante pedes Imperatoris moribundus procubuit. »
P. 36, 1. 18. Ale.xandre). Cf. Quinte-Curce : «Cum in obsidione persévérasse!, oppidani desperata salute
ignem subjecere tectis seque ac liberos conjugesque incendio cremant. Quod cum ipsi augerent, hostes extinguerent, nova forma pugna; erat. Delebant incolœ urbem, hostes defendebant. » (IX, iv.) Rapprocher Diodore de Sicile, XVII, xviii, et cf. mes Livres d'Histoire moderne utilisés par Montaigne, p. 174.
P. 36, 1. 24. Asiapa). Cf. Tite-Live, Annales : « Locum in foro destinant, quo pretiosissima rerum suarum congererent. Super eum cumulum conjuges ac liberos considère quum jussissent, ligna circa exstruunt, fascesque virgultorum conjiciunt. Quinquaginta deinde armatis juvenibus projcipiunt ut... » (XXVIII, XXII, XXIII.)
P. 37, 1. 4. S'\ lancearent). Id., ibid. : « Postremô ipsi Civde miserandà suorum fatigati, cum armis medio se incendio injecerunt. » (XXVIII, xxni.)
P. 37, 1. 9. La lueur de l'or). Id., ibid : « Dein quùm aurum argentumque cumulo rerum aliarum interfulgens, aviditate ingenii humani, rapere ex igné vellent, correpti alii flammâ sunt, alii ambusti afflatu vaporis : quùm receptus primls, urgente ingenti turbà, non esset. » (XX\^II, xxiii.)
P. 37, 1. II. Les Abideens). Id., ibid., XXXI, xvii,
P. 37, 1. 15. Leur eoneeda trois jours). Id., ibid. : « Triduum se ad moriendum Abydenis dare dixit. Q.UO spatio plura facinora in se victi ediderunt, quàm infesti edidissent victores : nec nisi quem vincula, aut alia nécessitas mori prohibuit, quisquam vivus in potestatem hostium venit. » (XXXI, xvii, xviii.)
P. 37, 1. 22. Lescondamnex^). CL Tacite, Annales : « Damnati publicatis bonis, sepultura prohibebantur : eorum qui de se statuebant, humabantur corpora, manebant testamenta, pretium festinandi.» (VI, xxix; t. II, p. 167.)
P. 37, 1. 27. Je désire). Ci. saint Paul, Épître au.x Philipp. : « Desiderium habens dissolvi, & esse cum Christo. » (i, 23.)
P. 38, 1. I. Qui me desprendra). Id., Épître aux Rom. : «Infelix ego homo, quis me liberabit de corpore mortis hujus. » (vu, 24.)
P. 38, 1. I. Ckombrotus Anéraciota). Cf. Cicéron, Tusculanes : « Callimachi quidem epigramma in Ambraciotam Cleombrotum est : quem ait, cum
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ESSAIS DE MONTAIGNE
niliil ei accidisset adversi, è muro se in mare abjecisse, lecto Platonis libro. » (I, xxxiv.) Ce fait se lisait partout au xvi' siècle et Montaigne a pu le prendre bien ailleurs que chez Cicéron. Il l'a trouvé dans saint Augustin, Cité de Dieu, I, xxni; cf. encore Bouavstuau, Hisl. de Cbelidoniiis, f° 117 r°.
P. 38, 1. 7. Jacques du Chastel). Cf. Joinville : «Il y avoit... en nostre ost, un moût vaillant homme, qui avoit nom messire Jacques du Chastel, Evesque de Soysson; lequel voiant que nous estions en chemin, pour nous en aller à Damiette, et que chacun avoit désir de retourner en France, il aima mieus demourer avecq Dieu, que s'en retourner au lieu dont il estoit né; et de fait, lui seul s'alla jetter parmi les Turcs comme s'il les eust voulu tous mettre à mort : mais tantost il tut tué par les Sarrazins. » (li, f" 90 v°.)
P. 38, 1. 13. Eu ccrtcin Royonme). Cf. Gonçalez de Mendoza : Histoire du Royaume de la Chiue : « Ils me mènent le char en procession une bonne traite de chemin, et entre maintes cérémonies dont ils usent lors, ils en font une la plus bestiale qui se puisse point imaginer, comme pourra juger le lecteur : pource que plusieurs d'iceux se coupent des morceaux de chair dessus leur corps, et les jettent à l'idole : puis les autres non contens de ce, se plaquent là amy la terre, afin que le char passe dessus eux, demeurant là tous escrasez. Ceux qui meurent de cesie sorte sont canonisez comme grans saints, et tenus entre eux en singulière vénération. » (Trad. De La Porte, 1589, p. 319.)
P. 39, 1. 2. En nostre Marseille). Cf. \'alère Maxime, II, VI, ext. 7.
P. 39, 1. S. Scxtus Pompeius). Id., II, vi, ext. 8. Cet exemple et la coutume des Marseillais sont rapportés tout au long d'après \'alère Maxime dans le Cortegiano de Castiglionc, III, xxiv.
P. 40, 1. 7. Pline recite). Histoire naturelle : «... mors non nisi .satietate vitœ, epulatis delibutisque .senibus luxu, ex quadam rupe in mare salientibus.» (IV, xii.)
CuKOxoLOGiK : i" Cet essai est postérieur à l'essai I, xiv, que nous avons daté de 1572. En effet, parlant de folies de suicide qui saisissent parfois des
peuples entiers et qui les poussent à se détruire eux-mêmes, « J'en ay allégué par cy devant des exemples», dit Montaigne. (Voir p. 29, 1. 5.) Or, ces exemples, c'est au quatorzième chapitre du premier livre que nous les trouvons : « Pendant nos dernières guerres de Milan... le peuple impatient de si divers changemens de fortune, print telle resolution à la mort, que j'ay ouy dire a mon père qu'il y veist venir conte de bien vingt et cinq maistres de maison qui s'estoient deffaits eux mesmes en une sepmaine : accident approchant à celui de la ville des Xanthiens, lesquels assiégez par Brutus, se précipitèrent pesle mesle, hommes, femmes et enfans, à un si furieux appétit de mourir qu'on ne fait rien pour fuir la mort que ceu.x-cy ne fissent pour fuir la vie. »
2° Bien que postérieur à l'essai I, xiv, l'essai II, m, me parait se rattacher assez intimement aux essais de la première période. En effet : A) parlant des femmes qui se tuent pour éviter les violences qu'on veut faire à leur chasteté, Montaigne écrit : « Il nous sera, a l'adventure, honorable aux siècles advenir, qu'un bien sçavant auteur de ce temps, et notamment Parisien, se met en peine de persuader aux dames de nostre siècle de prendre plustost tout autre part}' que d'entrer en l'horrible conseil d'un tel desespoir. » Or, je trouve dans Y Apologie pour Hérodote d'Henri Estienne, un long développement qui rappelle tout à fait ce pa.ssage de Montaigne. C'est donc très vraisemblablement à Henri Estienne que Montaigne fait allusion ici : Henri Estienne est bien un «bien sçavant auteur», il est bien né à Paris; et le terme de «contes» que Montaigne applique plus loin à .son ouvrage convient parfaitement à Y Apologie pour Hérodote; mais nous avons vu que Montaigne a très probablement lu Y Apologie pour Hérodote vers 1572 (cf. I, ix, et I, xiv). — B) Un argument semblable, quoique beaucoup moins probant, se lire de ce que (je l'ai montré) dans le même passage Montaigne imite de très près un morceau de la Cité de Dieu, de saint Augustin. Sans doute pour établir la chronologie des Essais il est prudent de s'appuyer fort peu sur les emprunts faits aux auteurs anciens, parce que Montaigne pouvait être sans cesse tenté de recourir à eux. Notons cependant que saint Augustin, qui .sera très largement mis à