XVIII
P. 87, 1. 10. Veines eoujecinres). Déjà au début de l'essai I, xxvi, Montaigne a déclaré qu'il attache peu de prix aux présages qu'on peut tirer des actions des enfants, que « la montre de leurs inclinations est si tendre en ce bas aage et si obscure, les promesses si incertaines & fauces qu'il est mal-aisé d'y establir aucun solide iugement». (P. 192, 1. 18.)
P. 87, 1. 12. Le pins lonrd). Montaigne a longuement insisté sur la paresse de son esprit à la fin de l'essai I, xxvi.
P. 87, 1. 20. Grands eslinuitnrs de la béante). Xow à ce sujet II, x\ii, pp. 418 et suivantes.
P. 88, 1. I. Le plesant dialogue). Cf. Platon, Lois : « Grave est nimium, ô dii, si mea mihi non licebit cuicunque volo relinquere : & aliis plura, aliis pauciora, prout erga me boni malive liquido inventi sunt, tum in morbo, tum in senio, lum in, aliis fortunis meis sufficienter comprobati... O amici, dicemus, ac brevi proculdubio morituri, difficile vobis est res vestras atque etiam vosipsos secundum Delphicum epigramma cognoscere. Ego qui leges condo, nec vos vestros esse arbitror : nec rem familiarem hanc
omnem esse vestram : sed totius vestri generis pntterite atque futuri : multôque magis universx' civitatis & genus omne & divitias esse. Hxc cum ita sint, si quis assentatiunculis in morbo & senio vos aggressus, pneter honestum, testamentum condere persuaserit, nunquam id fieri sponte concedam : sed quod civitati universx- générique conférât considerans, ita leges conscribam, ut singulorum commoda minoris quam cunctorum, ut par est, œstimem. ^'os igitur mites atque benevoli nobis ite modo, quô natura; humanœ vos nécessitas vocat. Nobis autem reliqua vestra cura? erunt, qui non aliis magis quam aliis rébus .studemus : sed omnium a;que pro viribus curam gerimus.» (Pp. 922 et 923; éd. de 1546, p. 886.)
P. 88, 1. 27. Cette loy que nul ne vcit ouqiies). L;i loi salique. On trouvera un éloquent commentaire de ces idées chez -Jean Bodin, Répnhliquej W, v. Bodin appuie surtout son apologie de la loi salique sur des raisons de fiiit, sur les désastreuses conséquences de la « gvnécocratie » comme il dit, mais il ne manque pas aussi de la justifier par l'incapacité des femmes à gouverner; il déclare qu'il est contraire à la loi de nature de leur confier l'autorité, que la nature leur refuse tous les offices. Il passe en revue les malheurs qu'ont eu à subir tous les royaumes qui sont « tombés en quenouille », et conclut que si la lignée mâle vient à manquer il vaut mieux encore recourir à l'élection, quels que soient ses inconvénients, que d'admettre la succession par les femmes. Rappelons que, à l'époque où cet essai semble avoir été écrit, il n'était pas indifférent de se prononcer pour ou contre la loi salique. Il était désormais connu que, suivant toute vraisemblance, Henri III n'aurait point d'enfants. Proclamer la loi salique intangible, c'était accepter en principe la succession du protestant Henri de Navarre; la combattre, c'était se déclarer en faveur de la famille de Lorraine. Quelques années plus tard un grand débat juridique devait éclater au sujet de la loi salique, juridique en apparence, tout politique et de circonstance en réalité. Si Montaigne prend parti pour la loi salique, il a au moins la sagesse de reconnaitre que ce n'est pas parce que historiquement c'est une loi incontestable, mais simplement parce qu'elle lui paraît raisonnable. Des
ESSAIS DE MONTAIGXE.
auteurs comme Nicolas \'ignier (1579) ou Pierre du Belloy dans son Examen du discours contre la loi salique (151S7), prétendront prouver que c'est une loi juridiquement inattaquable.
P. 90, 1. 9. Les hestes). Montaigne pourniit bien avoir présent à l'esprit un traité de Plutarque intitulé : De l'amour et charité naturelle des pères & mères envers leurs enfans. Plutarque y combat l'opinion commune que chez les animaux l'affection paternelle et maternelle est plus développée que chez les hommes.
P. 90, 1. 1 1. Ce que recite Hérodote). « Hz se meslent indifféremment avec les femmes comme bestes brutes : & quand l'enfant a acquis quelque force de marcher, ilz s'assemblent tous, ce qui leur est coustumier de trois en trois mois, & celuy auquel s'adresse l'enfant, est estimé son père. » (IV, 180; t. I, f° 307 r''.)
P. 91, 1. I. Platon). Dans le Phèdre : « Quid vero si orator quispiam, aut rex eam nactus sit tacultatem, ut quemadmodum Lycurgus, aut solo, aut Darius immortalis in civitate scriptor haberi possit, equalem se deo adhuc viventem existimat? & posteri monimenta ejus considérantes, de illo similiter judicant ? » (P. 258; éd. de 1546, p. 456.) Je n'ai trouvé aucune édition du XYi"" siècle qui comme le texte de Montaigne présente «Minos», au lieu de «Darius».
P. 91, 1. 6. Heliodoriis). Cf. Nicéphore Calliste, Histoire ecclésiastique, XII, xxxn; et aussi Amyot, Épitre dédicatoire, en tête de la troisième édition de sa traduction de Y Histoire éthiopique (i ^^^'). Montaigne dit qu'Héliodorc était évèque de Tricea. Si la lecture « Tricea » est exacte (et elle nous est garantie à la fois par les premiers éditeurs, par Naigeon, par M. Courbet et par M. Strowski), la .source de Montaigne ne doit pas être Amyot, car Amyot dit « Tricea » ; le fait vient plus probablement de la traduction française de Nicéphore Calli.ste qui dit « evesque de Trice » ou plutôt encore de la traduction latine du même auteur, dans laquelle on lit « Tricensis episcopus».
P. 91, 1. 7. Sa fille). Son Histoire cthiopique. Un synode le condamna, dit la tradition rapportée par Nicéphore Calliste, à brûler son roman ou à renoncer à son évêché. Il choisit le second parti.
P. 91, 1. II. 11 V eut un Labienus). Cf. Scnèque le rhéteur, Conlroirr.H'S.
P. 92, 1. 13, Greuntius Cordus). C{.Ta.dte, Annales, IV, XXXIV. Il faut lire « Cremutius Cordus».
P. 92, 1. 18. Le bon Lucanus). Id., ibid., XV, lxx; mais Montaigne qui ne semble pas avoir étudié les Annales avant 1580, a probablement pris ce fait dans la Vie de Lucain écrite par Petrus Crinitus, vie qui se trouvait sans doute en tête de son édition de la Pharsale.
P. 93, 1. I. Ou'Epicurus). Cf. Cicéron, De finibus, II, XXXV, et aussi Diogène Laërce, X, xxii. Montaigne fait allusion à la mort d'Epicure dans l'essai II, xvi.
P. 93, 1. 12. Au cas qu'il en eut). Saint Augustin, comme on le \'oit dans ses Confessions, a eu des enfants; mais on ne voit pas que Montaigne ait étudié les Confessions auxquelles il ne fiiit aucun emprunt.
P. 93, 1. 2é. Selon Aristote). Dans la Morale à Nicomaque, IX, vu, passage auquel Montaigne a déjà fait un emprunt ci-dessus, p. 71, 1. 10.
P. 94, 1. I. Epaminondas). Il s'agit des deux victoires de Leuctres et de Mantinée. Ce mot d'Epaminondas est rapporté par Diodore de Sicile, XV, xxiii, f° 214 r°. Cornélius Nepos, Vie d'Epaminondas, ne parle que d'une fille.
P. 94, 1. 19. Tentatum nioUescit). «Il touche l'ivoire qui, oubliant sa dureté, cède et s'amollit .sous ses doigts. » (Ovide, Métam., X, 283.)
Chronologie : Cet essai est certainement de la dernière période (15 78-1 580). En effet : 1° Dans la lettre à Madame d'Estissac qui sert d'introduction, Montaigne déclare qu'il y a « quelques années » qu'il s'est jeté «dans la solitude». Il fait certainement allusion à sa retraite de 1571; 2° Montaigne écrit : «Je vy, il y a quelques années, un Doyen de saint Hylaire de Poitiers, rendu à une telle solitude, par l'inconunodité de sa santé, que lorsque j'entray en sa chambre, il y avoit vint deus ans qu'il n'en estoit sorty un seul pas, et si avoit toutes ses actions libres et ay.sees, sauf un reume qui luy tomboit sur l'estomac. A peine une fois la sepmaine vouloit il permettre que nul entrât pour le voir;... obstiné au dcmourant de mourir en cette démarche, ce qu'il fit bien tost après. » J'e.stime que, sans hésitation, il faut reconnaître dans le doyen
LIVRK II, CHAPITRE VIIl.
de Saint-Hilaire, dont parle ici Montaigne, Jean d'Estissac, reçu doyen le 27 juin 1542, qui mourut le 16 décembre 1576. Montaigne le vit peut-être lorsque vers le mois d'avril 1574, il se rendit en Poitou, près du duc de Montpensier, peut-être ultérieurement à cette date. En tout cas, au moment où il écrit, ce singulier personnage est mort; c'est dire qu'il écrit après le lé décembre 1576; 3" Il écrit même après le mois de juillet 1577, car il parle de «feu» monsieur le mareschal de Monluc. Or, Montluc mourut en juillet 1577; 4° On trouve dans cet essai deux emprunts à César, qui prouvent que Montaigne a lu les Commentaires de la guerre des Gaules : A) « Les anciens Gaulois estimoint a extrême reproche d'avoir eu acointance de femme avant l'aage de vint ans...»
(p. 76, 1. 9). B) « Entre autres coustumes particulières qu'avoient nos anciens Gaulois, à ce que dit Cxsar, cète-c}' en estoit, que les enfans ne se presentoint aus pères, ny s'osoint trouver en public en leur compagnie, que lorsqu'ils commençoint à porter les armes... » (p. 85, 1. 2). On pourrait adresser des objections à quelques-uns de ces arguments, celle-ci par exemple : que la préface a pu être écrite très postérieurement au reste de l'essai, et que, par conséquent, le témoignage de Montaigne que nous y prenons n'est pas péremptoire. Mais l'ensemble de ces cinq faits me paraît décisif. J'en conclus que l'essai a été composé au plus tôt en 1578 (date de la lecture de César par Montaigne).