‹ Les Essais de Michel de MontaigneChapitre 252 sur 449 · Chapitre X · texte numérisé non relu

Chapitre X

DES LIVKHS.

P. 100, texte de 1588 : Excutieiuia). Cette citation se retrouve dans l'essai III, ix.

P. 100, 1. 10. Mais moy). On trouvera des déclarations analogues, qui datent probablement de la même époque, au début de l'essai I, xxvi.

P. loi, 1. 3. En ce giie j'emprunte). Sur les emprunts de Montaigne, voir les déclarations qu'il a faites au début de l'essai I, xxvi, et dans l'essai III, xii.

P. 102, 1. 16. Tesnioignages de jugement). Rapprocher I, L, p. 386, 1. 5.

P. 102, 1. 17. Sergent de bande). Image peut-être prise à du Bellay, Deffence et illustration, II, 11, édition Chamard, p. 186.

P. 103, 1. 7. Has meus). «Voilà le but vers lequel mon cheval doit courir à toute bride. » (Properce, IV, I, 70.)

P. 103, 1. 8. Mes ongles). Rapprocher pour l'idée et pour l'expression, I, xxvi, p. 187, 1. 12.

P. 103, 1. 24. Le Decameron). Sur l'usage que Montaigne semble en avoir fait, cf. mon ouvrage sur Les sources et l'â'olution des Essais, t. I, p. 80. En 1580, il déclare qu'il reconnaît des sujets de contes de Boccace dans les comédies italiennes qu'il lit (t. II, p. loé, 1. 7). En 1588 il fait une allusion directe à un conte du Décanuron, II, xii, p. 145.

P. 103, 1. 24. Rabelays). Sur l'usage que Montaigne en a fait dans les Essais, cf. le même ouvrage, t. I, p. 204. A toutes les époques il semble emprunter quelques tours de style à Rabelais.

P. 103, 1. 24. Jean second). De son véritable nom Everaerts, de La Haye (1511-1536). Il fut élève d'Alciat, à Bourges. En 1535 il suivit Charles-Quint

dans l'expédition de Tunis, où sa santé s'altéra profondément. Il est surtout célèbre pour ses dix-neuf Basia dans le goût de Catulle, mais il a laissé en outre trois livres d'élégies, des épigrammes, des odes, des épîtres, etc. Ses œuvres ont été publiées pour la première fois en 1541. On peut consulter la réimpression qu'en a donnée Boscha en 1821.

P. 103, l. 25. Sous ce filtre). Sous le titre de «modernes», puisqu'ils sont écrits en latin, et n'ont pas été traduits. Je ne pense pas qu'il faille entendre : sous le titre de «plaisants».

P. 103, 1. 25. Aux Amadis). Montaigne l'a déjà dit dans l'essai I, xxvi, p. 228, l. 2.

P. 104, 1. 10. De l'Axioche). Il faut remarquer que dans la traduction de Platon publiée par Henri Hstienne en 1578, l'Axioche est placé parmi les dialogues apocryphes.

P. 104, 1. 20. Fables d'Esope). Rapprocher II, xxxvii, p. 590.

P. 105, 1. 3. En la poésie). Il faut rapprocher de ces jugements ce que Montaigne écrira après 1588 à la fin de l'essai I, xxxvii. Pour Horace et Lucrèce, voir aussi l'essai III, v.

P. 105, 1. 12. Quant au bon Terence). Rapprocher ce qui a été dit de Térence dans l'essai I, xl.

P. 105, 1. 24. O secluni). «O siècle grossier et sans goût! » (Catulle, XLIII, viii.)

P. 106, 1. I. Terence). Rapprocher de ce jugement ce que Montaigne a déjà dit de lui dans l'essai I, xl.

P. loé, 1. I. Le père de l'eloquance). Cicéron fait en effet de nombreuses citations de Térence dans ses œuvres.

ESSAIS DE MONTAIGNE

P. io6, I. 2. Le premier juge des ptvtes Roineins). HoiMce dans VArt poétique :

» At vestri projvi Plautinos et numéros, et I) Laudavere sales, niinium patienter utrumque, » \e dicani stulte, mirati. »

Coste remarque justement que Térence tombe dans une ceitaine mesure sous le coup de l'accusation que Montaigne va porter contre les comiques italiens : lui aussi a parfois besoin de plusieurs pièces grecques pour en bâtir une.

P. io6, 1. i6. Ligiiidiis). « Son style coule comme une rivière limpide et pure. » (Horace, Épitrcs, II,

P. 107, 1. 10. Minus illi). « Il n'avait pas de grands efforts à faire; le sujet lui tenait lieu d'esprit.» (Martial, préface du livre MIL)

P. 108, i. 4. Du Furieux). VOrlando furioso, de l'Arioste.

P. 108, 1. 10. Excursusqtie). «Les courses qu'il tente sont courtes. » (Virgile, Géorg., IV, 194.)

P. 108, 1. 15. Plutarque... & Sencque). Sur l'usage que Montaigne a fait de leurs œuvres dans les Essais, cf. mon livre swi' Les sources et l'évolution des Essais, t. II, pp. 198 et 214. On }• constatera qu'avant 1580 il a fait plus de deux cents emprunts à Plutarque, et que plusieurs des chapitres du début sont en partie tissus de sentences traduites de Sénèque et inspirés des Épitrcs à Lucilius. Montaigne ajoute qu'il se sert de Plutarque « depuis qu'il est françois ». C'est une allusion aux traductions d'Amyot dont il a fliit un si grand éloge au début de l'essai II, iv. La traduction des Fies a paru en 1559, celle des Œuvres morales en 1572. Pour Sénèque et Plutarque, voir en particulier l'essai I, xxvi, pp. 188 et 203, et surtout l'essai II,

p. 108, i. 20. La plus belle partie). C'est en effet aux Épîtres que Montaigne a emprunté à peu près tout ce qu'il doit à Sénèque.

P. 109, 1. 4. Cresmc de la philosophie) . Souvenir de Rabelais qui avait intitulé un opuscule « La chresme philosophak des que.<:tions encyclopédiques de Pantagruel ».

P. 109, 1. 15. // condamne la cause). Par exemple dans le De hencficiis, II, xx.

P. 109, 1. 27. Une heure à le lire). Rapprocher ce que .Montaigne dit à la fin de l'essai III, viii.

P. iio, 1. i. Beaucoup pour nioy). Plus tard, après 1380, dans l'édition de 1588 Montaigne nous dira qu'il }' a plus dé vingt ans qu'il n'a mis en livres une heure de suite (III, viii). Il est probable qu'après 1 588 il lira davantage : au moins le grand nombre des emprunts qu'il fera alors nous invite à le supposer.

P. 110, 1. 28. Treinans les dialogismes de Platon). Il faut remarquer que c'est surtout à l'époque où il écrit cette phrase, après 1588, que Montaigne a étudié Platon et lui a fait de nombreux emprunts.

P. III, 1. 7. Lxs deux premiers, & Pline). Les deux premiers sont Plutarque et Sénèque. Quant à Pline, pour savoir tout le cas que Montaigne fait de lui, il faut relire l'essai I, xxvii.

P. m, 1. II. Les Epitres). Montaigne les a jugées sévèrement dans l'essai I, xxxix, et dans l'essai I, xl.

P. m, 1. 14. J'ay dit ailleurs). C'est dans l'essai II, XXXI, que Montaigne a exprimé nettement et longuement cette idée.

P. 112, 1. II. Le jeune Ciccro). Cf. Sénèque, Suasoriie : « Erat... Cœstius nullius quidem ingenii, Ciceroni etiam infestus, quod illi non iuipune cessit : nam cum M. Tull. filius Ciceronis Asiam obtineret, homo qui nihil ex paterno ingenio liahuit praster urbanitatem cœnabat apud eum Cœstius. M. Tullio & natura memoriam dempserat & ebrietas, si quid ex ea supererat, subducebat, subinde interrogabat, quis ille vocaretur qui in imo recumberet : & cum srepe .subjectum nomen Cœstii excidisset, novissime servus ut aliqua nota memoriaui ejus faceret certiorem, interroganti domino quis ille esset qui in imo recumberet, ait : Hic est Cœstius, qui patrem tuum negabat literas scisse. Afferri protinus flagra jussit, & Ciceroni ut oportuit de corio Cœstii satisfecit. » (viii, p. 706.)

P. 1 1 3, 1. I . Fractam). Cf. Tacite, Dialogue des orateurs, XVIII. Montaigne a traduit ces mots avant de les citer.

P. 113, 1. 4. Esse videatur). Id., ihid., xxiii.

P. 113, 1. 8. Ego...). «Pour moi, j'aimerais mieux être vieux moins longtemps que d'être vieux avant que de l'être. » (Cicéron, De senectute, x.)

P. 113, 1. II. Quant & quant l'home). Bodin dans

LIVRI-, II, CHATITRK X.

sa Méthode de l'hisloire, insiste très particulièrement sur l'utilité morale qu'on retire de la lecture des histoires. On peut voir spécialement son Pioœmium.

P. 113, 1. 14. Ceux qui cscrivent les vies). Cf Amyot, Avis an lecteur, en tête de sa traduction des Fies de Plutarqm : « L'une (l'histoire) regarde plus les choses, l'autre (la biographie) les personnes; l'une est plus publique, l'autre plus domestique; l'une concerne plus ce qui est au dehors de l'homme, l'autre ce qui procède du dedans; l'une les événements et l'autre les conseils. » Jean Bodin insiste, lui aussi, sur l'utilité toute particulière des biographies ÇMelhodiis ad facileiii historianim cognitionem, 11).

P. 113, 1. 18. Pliitarqtic). Rapprocher I, xxvi, 203.

P. 113, 1. 19. Laertiiis). Dès 1580 Montaigne a exprimé son goût très marqué pour l'ouvrage de Diogène Laérce, les Vies des philosophes; pourtant c'est surtout après 1588 qu'il semble l'avoir étudié de près, et qu'il lui a fait de très nombreux emprunts.

P. 114, 1. 2. Ca-sar singtiliereinent). On peut rapprocher le jugement que Montaigne a écrit sur la page de garde de son exemplaire des Commentaires : « Somme, c'est César un des plus grands miracles de Nature. Si elle eût voulu ménager ses faveurs, elle en eût bien fait deux pièces admirables : — le plus disert, le plus net et le plus sincère historien qui fut jamais, car en cette partie il n'en est nul romain qui lui soit comparable, et suis très aise que Cicero le juge de même; — et le chef de guerre en toutes considérations des plus grands qu'elle fît jamais. Quand je considère la grandeur incomparable de cette âme, j'excuse la victoire de ne s'être pu défaire de lui, voire en cette très injuste et très inique cause. Il me semble qu'il ne juge de Pompeïus que deux fois (208, 324). Ses autres exploits et ses conseils, il les narre naïvement, ne leur dérobant rien de leur mérite; voire parfois il lui prête des- recommandations de quoi il se fût bien passé, comme lorsqu'il dit que ses conseils tardifs et considérés étaient tirés en mauvaise part par ceux de son armée; car par là il semble le vouloir décharger d'avoir donné cette misérable bataille, tenant César combattu et assiégé de la faim (319). Il me semble bien qu'il passe un peu légèrement ce grand accident de la mort de Pompeïus.

De tous les autres du parti contraire, il en parle indifféremment, — tantôt nous proposant fidèlement leurs actions vertueuses, tantôt vicieuses, — qu'il n'est pas possible d'y marcher plus consciencieu.sement. S'il dérobe rien à la vérité, j'estime que ce soit parlant de soi; car si grandes choses ne peuvent être faites par lui qu'il n'y ait plus du sien qu'il n'y en met. C'est ce livre qu'un général d'armée devrait continuellement avoir devant les yeux pour patron, comme faisait le maréchal Strozzi qui le savait quasi par cœur et l'a traduit; non pas je ne sais quel Philippe de Commines que Charles cinquième avait en pareille recommandation que le grand Alexandre avait les œuvres d'Homère et Marcus Brutus Polybius l'historien. »

P. 114, 1. 9. Comme dit Cicero). Dans le Brutns, Lxxv. Mais Montaigne n'a pas eu besoin d'aller chercher ce jugement chez Cicéron lui-même, il l'a trouvé dans son édition de César (Anvers, 1570).

P. 115, 1. 9. Us se donnent loy de juger). Bodin discute longuement la question de savoir si l'historien doit juger; il donne les raisons pour et contre, et il incline à croire qu'il vaut mieux laisser juger le lecteur et lui apporter seulement des matériaux. « Magna dubitatio me angit utrum historici laudare, vituperare, ac de re proposità sententiam ferre; an verô legentibus judicium integrum relinquere debeant, quod cùm pra;cipuè ad historicorum delectum pertineat, rationes utrinque probabiles afteram, & cuique judicium relinquam. » {Methodiis ad facilem historiarnin cognitio)ieii', w, 45.)

P. 114, 1. 22. Lcbon Froissard). Sur le jugement que Montaigne porte sur Froissart, voir l'essai I, xxvii.

P. 115, 1. 24. De sçavoir hien parler). Chez Bodin on trouve des critiques analogues contre les historiens qui se préoccupent de l'éloquence plus que de la vérité, et contre ceux qui bâtissent leur œuvre avec des on-dit recueillis n'importe sur quelles lèvres {Methodns ad facilem historiarum cognitionem, i\). Il reproche en particulier à Bembo son purisme qui lui fait donner à l'empereur turc le titre de « rex Thracia; » et au duc de Milan le titre de « rex».

P. 116, 1. 10. Que peut-an espérer). Rapprocher

Bodin, Methodus ad facilem historiarum cognitionem :

I « Quid tam ineptum quàm si Phormio aliquis, qui

ESSAIS DE MONTAIGNE

castra nunquam vident, de talibus viris quasi arbiter datus sententiam ferat ? vel homo de schola Lycurgi ac Solonis, sapientissimorum Reipublicœ moderatorum, leges emendare velit? » (iv, 47.)

P. 116, 1. 13. Asiniits PoUio). Cf. Suétone, Vie de César : « . . . Cum Cîesar pleraque & quœ per alios erant ^esta, temerè crediderit; & quœ per se, vel consulta vel etiam memorià lapsus, perperam ediderit. » (lvi.) Montaigne trouve cette critique reproduite dans son édition de César (Anvers, 1570).

P. 1 16, 1. 25. Par Bodiii). Jean Bodin dans l'ouvrage latin que nous avons mentionné ci-dessus, Methodus adfacikm historianim cognitionem , qui parut en 1566 et qui fut réédité en 1572, 1576, 1579, etc. Sur le rapport entre les idées de Bodin et celles que Montaigne a exprimées dans cet essai II, x, cf. mon ouvrage sur Les sources et l'civltitioii des Essais, t. I, p. 81, et t. II, p. 24. P. 118, 1. 16. Sur les mémoires). Ces mémoires publiés par messire Martin du Bellay, et moins connus que les ouvrages précédents, contiennent dix livres, dont les quatre premiers et les trois derniers sont de Martin du Bellay, et les autres de son frère Guillaume de Langey, et ont été tirés de sa cinquième Ogdoade, depuis l'an 1536 jusqu'en 1560. Ils sont intitulés : Mémoires de messire Martin du Bellay, contenant le Discours de plusieurs choses advenues au Royaume de France, depuis l'an ijij jusqu'au trespas de François I" , arrivé en 1)47- De tout cela il est aisé de juger pourquoi Montaigne parle de deux seigneurs du Bellay, après a\oir dit les Mémoires de Monsieur du Bellay. J'ai démontré que Montaigne fait usage de la première édition de cet ouvrage qui fut publiée en 1569.

P. 118, 1. 29. Montmorency). Sur ces faits voir de Thou, 1, XL; Brantôme, III, 209, 546.

P. 118, 1. 29. Brion). Philippe Chabot, comte de Charny et de Busançois, seigneur de Brion, amiral de France et gouverneur de Bourgogne, mort en 1543. \'oir Brantôme, I, 196 et suivantes.

P. 119, 1. I. Madame d'Estampes). Anne de Pisseleu, duchesse d'Étampes. Voir Brantôme, III, 244; VI, 270; IX, 512; etc.

Chronologie : Cet essai est certainement de la

dernière période (1578-1580) : 1° En efl'et, au moment de transcrire la note qu'il avait placée en tête de son Guichardin, Montaigne nous dit : «Voicy ce que je mis, il y a environ dix ans, en mon Guicciardin » (p. 117, 1. 11). Il dit encore qu'il ne met de semblables notes qu'en tête des livres dont il ne «veut se servir qu'une fois» (p. 117, 1. 6). La lecture de l'Histoire d'Italie de Guichardin, qui est contemporaine des lectures de du Bellay et de Jean Bouchet, est des environs de 1572. Évidemment Montaigne parle sans aucune précision quand il dit « il y a environ dix ans » ; nous pouvons néanmoins conclure de ce témoignage que cet essai est de 1580 ou qu'il est de peu antérieur à cette date; 2° on y trouve une allusion à la Méthode de Bodin : « Cecy a esté suffisamment traicté par Bodin, et selon ma conception» (p. 116, 1. 25). Or, la lecture de Bodin se place aux environs de l'année 1 578; 3° on y trouve encore un jugement enthousiaste sur César qui ne peut pas être antérieur au mois de février 1578. «Je lis cet autheur, dit Montaigne, avec un peu plus de révérence et de respect qu'on ne lit les humains ouvrages» (p. 114, 1. 5). Nous savons en ellet que c'est en 1578, de février à juillet, que Montaigne a lu César; 4° enfin l'essai Des livres est certainement postérieur à l'essai II, xxxi, qui, il est vrai, n'est pas daté avec certitude, mais qui a chance d'être des environs de 1578. «J'ay, écrit Montaigne, une singulière curiosité, comme j'ay dit ailleurs, de connoistre l'ame et les internes jugemens de; mes autheurs» (p. m, 1. 14). C'est au chapitre xxxi qu'il a exprimé cette curiosité, et il en a accompagné l'expression de développements sur la sincérité qui rappellent tout à fait ceux que nous trouvons ici. Tout cela nous oblige à admettre que l'essai Des liires n'est pas antérieur à 1578. J'incline même à croire qu'il est de 1579 ou peut-être même du début de 1580. Ce 'n'est, bien entendu, qu'une fragile hypothèse, mais les mots « il y a environ dix ans » la suggèrent; il faut remarquer en outre que, pour Bodin et César, nous avons, non des emprunts qui supposent une lecture récente, mais des allusions et des jugements qui permettent de penser qu'un peu de temps s'est écoulé depuis que Montaigne a étudié leurs ouvrages.

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