‹ Les Essais de Michel de MontaigneChapitre 259 sur 449 · LIVRE II, CHAPITRK XII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRK XII

le roi de Navarre et le duc de Guise, lorsque ces deux princes étaient à la cour; que ce dernier avait fait toutes les avances par ses soins, ses services, et par ses assiduités pour gagner l'amitié du roi de Navarre; mais qu'ayant reconnu qu'il le jouoit, et qu'après toutes ses démarches, au lieu de son amitié, il n'avait rencontré qu'une haine implacable, il avait eu recours à la guerre, comme à la dernière ressource qui put défendre l'honneur de sa maison contre un ennemi qu'il n'avait pu gagner; que l'aigreur de ces deux esprits était le principe d'une guerre qu'on voyait aujourd'hui si allumée : que la mort seule de l'un ou de l'autre pouvait la faire finir; que le duc ni ceux de sa maison ne se croiroient jamais en sûreté tant que le roi de Navarre vivrait; que celui-ci, de son côté, était persuadé qu'il ne pourrait faire valoir ses droits à la succession de la couronne pendant la vie du duc. Pour la religion, ajouta-t-il, dont tous les deux font parade, c'est un beau prétexte pour se faire suivre par ceux de leur parti, mais son intérêt ne les touche ni l'un ni l'autre; la crainte d'être abandonné des protestants empêche seule le roi de Navarre de rentrer dans la religion de ses pères, et le duc ne s'éloignerait point de la confession d'Augsbourg, que son oncle Charles, cardinal de Lorraine, lui a fait goûter, s'il pouvait la suivre sans préjudicier à ses intérêts; que c'étaient là des sentiments qu'il avait reconnus dans ces princes, lorsqu'il se mêlait de leurs affaires. » (^Mémoires de la vie de Jacques- Auguste di- Thon, première édition traduite du latin en français. Rotterdam, 171 1, p. 136.)

P. 147, 1. 7. Celé proposition). Cette phrase a sans doute été écrite dans la seconde moitié de 1589 ou dans l'année 1590. Du vivant du roi cathohque Henri III, qui fut assassiné le 31 mai 1589, c'étaient les protestants qui affirmaient le droit de s'armer contre le monarque, et les catholiques combattaient cette théorie. Depuis qu'Henri III est mort, et qu'un protestant, Henri IV, lui a succédé sur le trône, ce sont les catholiques qui s'arment contre le souverain légitime et qui affirment leur droit de le renverser du trône alors que les protestants le leur contestent.

P. 148, 1. 9. Faire barbe de foarre). Encore une expression prise par Montaigne à la langue des

conteurs ou qui tout au moins lui est commune avec eux. Cf. Rabelais, I, xi, qui dit «gerbe de foarre»; Guillaume Bouchet, Séries, III, xi (édition de 1598, p. 461); cf. aussi Gentillet, Discours sur les moyens de bien gouverner (édition de 1579, p. 171). Sur cette expression on peut voir La precellence de la langue françoise, d'Henri Estienne (édition Feugère, p. 263).

P. 148, 1. 24. Le pbilosofc Antisthenes). Cf. Diogène Laërce, Fie d'Antisthènc : « Cùm aliquando Orphicis mysteriis initiaretur, diceretque sacerdos ejusmodi initiâtes bonis plurimis apud inferos perfrui, cur igitur, ait, ipse non moreris?» (VI, iv, 348.)

P. 148, 1. 28. Diogenes). Id., Fie de Diogène : « Rogantibus Atheniensibus ut initiaretur, atque dicentibus quod apud inferos hi qui initiati sunt président, Perridiculum est, inquit, si quidem Agesilaus & Epaminundas in cœno degent, viles autem quique initiati in beatorum insulis erunt. » (VI, xxxix, 368.)

P. 149, 1. 8. Non jani se nioriens). «Alors le mourant ne se plaindrait plus de sa dissolution; mais plutôt il se réjouirait de partir, de laisser sa dépouille comme le serpent change de peau et comme le cerf devenu vieux perd ses cornes trop longues. » (Lucrèce, III, 6x2.) Texte conforme à celui de l'édition Lambin.

P. 149, 1. II. /(• vcuil). Saint Paul dans son Épitre aux Philipp., i, 23.

P. 149, 1. 12. La force du discours). Allusion à Cléombrote qui se tua après avoir lu le Phédon de Platon. Montaigne a déjà mentionné cet exemple dans l'essai II, m, p. 38, 1. i.

P. 149, 1. 27. Ce que dit Plato). Dans le dixième livre des Lois, je trouve seulement cette idée que personne ne reste athée jusqu'à la vieillesse (passage traduit par Montaigne dans l'essai I, lvi, t. I, p. 409, 1. 23). Cf. aussi et surtout le passage ci-dessous (République, I, p. 330; éd. de 1546, p. 532). Rappelons qu'avant 1588 Montaigne ne semble pas avoir étudié beaucoup Platon : il y a donc des chances pour que nous n'ayons ici qu'une allusion assez imprécise.

P. 150, 1. 8. Dict il). Cf. Platon, République : « Postquam eô devenit aliquis, ut brevi jam moriturum se opinetur incidit in eum timor & cura eorum

ESSAIS DE MONTAIGNE

quK in superiori vita neglexit. Etenim fabulîe qux de inferis dicuntur, quemadmodum eos qui injuste egerant, pœnas illic dare oporteat, irrisœ hactenus movent tune animum, ne forte verœ sint suspicantem : atque ipse sive propter senectutis debilitatem, seu quod alteri vitœ propinquior illa acutius inspicit, solicitudinis & timons plenus redditur... » (I, p. 330; éd. de 1546, p. 532.)

P. 150, 1. 13. // d(ffant). Cf. Platon, RcpnhJiquc : « Veruin poetas ipsos cogamus, vel negare horum hsec esse opéra, vel non affirmare filios deorum esse : ambo vero hxc simul nequaquam asserere, neque operam dare, ut nostris juvenibus persuadeant, quod ex diis mala aliqua oriantur quôdve heroes hominibus nihilo meliores sint. Quoniam jam dictum est, nequc sancta hœc sunt, neque vera. Ostendimus enim ex diis mala aliqua provenire non posse. » (III, p. 391 ; éd. de 1546, p. 559. Voir aussi République, II, p. 379.) P. 150, 1. 16. Ils récitent de Bion). Cf. Diogène Laërce, Vie de Bion : « Uxc autem ex impii Théodori disciplina hauserat. Postremô incidens in malam valetudinem, ligaturas suspiccrc inductus est, & pœnitentiam agere super his qua; pcccanu in deum. Eorum verô inop^a quibus infirmorum cura erat, dire cruciatus est. » (IV, liv, 282.)

P. 152, 1. 3. Sebond). «Tout ainsi que par ce peu de lumière que nous avons la nuit, nous imaginons h. lumière du soleil qui est esloingné de nous; de mesmt par l'estre du monde que nous cognoissons, nous argumentons l'estre de Dieu qui nous est caché, etc. » (Théologie naturelle, xxiv, trad. de Montaigne.)

P. 152, 1. 9. Ce monde est un temple). Cf. Plutarque, De la tranquillité de l'âme : «Ce monde est un temple tre.s-sainct, & tres-devot, dedans lequel l'homme est introduit à sa nativité, pour y contempler des statues non ouvrées et taillées de mains d'hommes, & qui n'ont aucun mouvement, mais celles que la divine pensée a faitte sensibles, pour nous représenter les intelligibles, comme dit Platon, aïans en elles les principes empraints de vie et de mouvement, c'est à sçavoir, le soleil, la lune, les estoillcs, & les rivières... » (xix, f° 76 r".)

P. 152, 1. 14. Dit saint Paul). Épitrc aux Romains,

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