LIVRE II, CHAPITRE XII
P. 162, 1. 16. His quidam). « A ces signes et d'après de tels exemples, certains ont prétendu que les abeilles avaient reçu une parcelle de l'àme divine et des émanations de i'éther. » (Virgile, Géorgiques, IV, 219.)
P. 163, 1. 24. Nature a embrassé). De tout ce morceau il faut rapprocher l'épître 90 de Sénèque qui fait à la civilisation son procès. Cf. en particulier : « Non fuit tam inimica natura ut, quum omnibus aliis animalibus facilem actum x'itx daret, Homo solus non posset sine tôt artibus vivere. »
P. 163, 1. 26. Ces plaintes vulgaires). Allusion aux plaintes de Pline, Histoire naturelle, VII, au début, sur les misères de la condition humaine, qui ont été reprises chez beaucoup d'auteurs du xvi= siècle : Bouaystuau dans le Théâtre du monde tout entier; dans VHistoire de Chelidmiius, viii; Droit de Gaillard, dans sa Méthode de l'histoire, i et xxix; L'Ostal, dans ses Discours philosophiques; Gelli, dans les Discours fantastiques, 11; Lavardin, dans la préface de son Histoire de Scanderberg; etc. (Cf. à ce sujet mon ouvrage sur Les Sources et l'Évolution des Essais, t. II, p. 34.) La plupart de ces auteurs se plaisent à opposer la majesté de la raison qui élève l'homme incomparablement au-dessus des animaux, à la misère de sa condition physique, qui, disent-ils, le ravale beaucoup au-dessous d'eux. Montaigne critiquera à la fois ces deux points de vue.
P. 164, 1. 10. Tum porro). « Semblable au pilote que la tempête a jeté sur le rivage, l'enfant gît à terre, nu, sans parole, privé de tous les secours de la vie, au moment où la nature vient de l'arracher avec effort du sein maternel pour le produire à la lumière. Il remplit de ses cris plaintifs le lieu de sa naissance; et n'a-t-il pas raison de pleurer, l'infortuné à qui il reste tant de maux à souffrir? Au contraire, les animaux de toutes les espèces, domestiques et sauvages, croissent sans peine; ils n'ont pas besoin de hochets, ni des caresses et du langage enfantin d'une nourrice; ils n'ont pas besoin de vêtements qui changent avec les saisons; il ne leur faut enfin ni armes ni hautes murailles pour mettre leurs biens à couvert, puisqu'à tous le sol et la nature industrieuse fournissent en abondance tout ce dont ils ont besoin. » (Lucrèce, V, 223.) A l'occasion de ces
vers. Lambin cite en partie le passage de Pline que Montaigne critique.
P. 164, 1. 26. Tesmoing tant de nations). Sur ces idées, cf. l'essai I, xxxvi.
P. 165, 1. 9. Les mères Lacedemoniennes). Cf. Plutarque, Vie de Lycurgue : « Les nourrices aussi usoient de certaine diligence avec artifice à nourrir leurs enfans, sans les emmailloter, ny lier de bandes, ny de langes, de sorte qu'elles les rendoient plus délivres de leurs membres, mieulx formez, & de plus belle et gentille corpulence. » (xiii, f° 34 v^\)
P. 165, 1. 16. Sentit enini). «Car chaque animal sent ce qu'il est capable de faire. » (Lucrèce, V, 10*32.)
P. 165, 1. 22. Ces nations). Montaigne pense sans doute aux Brésiliens, dont il a parlé longuement dans l'essai I, xxxi.
P. 166, 1. I. Et tellus). «Et la terre d'elle-même, au début, produisit d'abondantes moissons et des vignes fécondes pour les mortels; d'elle-même elle leur offrit des fruits sucrés et de gras pâturages; et tout cela maintenant c'est à peine si nous pouvons le produire par notre travail, et nous y épuisons nos bœufs et les forces des laboureurs. » (Lucrèce, II,
P. 166, 1. 15. L éléphant). Cf. Plutarque, Oiicls animaux sont les plus advise:^ : « Voyons les prémisses & préparatifs, que font les Taureaux avant que d'entrer au combat, comme ils jettent et respandent la poulciere alentour d'eulx; et les Sangliers, quand ils aguisent leurs défenses; et les Eléphants, pource que l'une de leurs dents, avec laquelle ils fouillent, arrachent & tondent les herbes, plantes & racines dont ils se nourrissent, en est ordinairement mousse, usée & espointée, ils contregardent tousjours l'autre pointue et affilée, pour s'en servir aux combats... Vous avez assez ouy dire de l'Ichneumon ou rat de Pharaon, comment il s'arme, ne plus ne moins que feroit un champion qui iroit pour combattre en champ clos, tant il munit son corps, l'enduit et le crouste tout alentour d'un fort halecret ou cuyrasse de limon, quand il veult combattre le crocodile. » (x, f-^ 512 r».)
P. 166, 1. 26. Qu'un enfant qu'on anroit nourry).
ESSAIS DE MONTAIGNE
Allusion à la fameuse expérience rapportée par Hérodote. Elle a été souvent reprise au xvi' siècle : mentionnons spécialement Messie dans les Diverses leçons ; Laurent Joubert dans un petit opuscule intitulé : Question vulgaire : Quel langage parlerait un enfant qui n'auroit jamais OUI parler, et qui fut publié en 1578 à la suite de ses Erreurs populaires au fait de la iiiàicciue. C'est de ce dernier ouvrage que Montaigne s'inspire dans le passage qui va suivre.
P. 167, 1. 9. Cosi per entra). « Ainsi dans le noir essaim des fourmis, on en voit qui semblent s'aborder et se parler entre elles, peut-être pour épier les desseins et la fortune l'une de l'autre. » (Dante, Purg., XXVI, 34.) Montaigne a pris cette citation dans VErcolano de Varchi, mais pour 'N'archi il n'v a là qu'une image poétique.
P. 167, 1. 12. // me semble que Laclance). Allégation empruntée à YErcalano de A^archi, mais Montaigne ne tient pas suffisamment compte du correctif qui la suit immédiatement chez Varchi : « Egli non dice, .se ben mi ramento, che gli animali ne favellino ne ridano, ma che pare che ridano e favellino. »
P. 167, 1. 13. £■/ /fl différence). Cf. Laurent Joubert, Quel langage parlerait un enfant qui n'auroit jamais ouï parler : « La vois dépliée, dit Aristote... est différente antre les animaus, voire antre ceus de mesme espèce an divers lieus. Example : les perdris an divers pavs, ont le chant divers... » (Éd. de 1579, p. 580.)
P. 167, 1. 17. Variœque volucres). «Divers oiseaux ont des voix très différentes selon les divers temps, et il en est qui avec .les saùsons modifient leurs ramages aux sons rauques. » (Lucrèce, V, 1077, 1080, 1082, 1083.)
P. 167, 1. 24. /(■ respons). Joubert insiste sur la question d'une relation po.ssible entre les organes de l'ouïe et les organes de la parole qui expliquerait le mutisme des sourds de naissance; mais c'est, au contraire de Montaigne, pour nier cette relation. Sur tout ceci, cf. Aristote, Hist. des animaux, IV, ix, qui est la source de Joubert.
P. 168, 1. 6. Dit le sage). Sentence de YHcclcsiasIe qui figurait sur les travées de la librairie de Montaigne et à laquelle il a déjà fait allusion au début de l'essai I, XXXVI, p. 294, 1. 7.
P. 168, I. 7. Indiipcdila suis). «Tout porte les chaines de la fatalité. » (Lucrèce, V, 874.)
P. 168, 1. 10. Res quœque). «Chaque chose se développe suivant .son organisation propre, et toutes conservent les traits distinctifs que la nature leur a donnés. » (Lucrèce, \, 921.)
P. 169, 1. 17. Les habitans de la Tbrace). Cf. Plutarque. Quels animaux sont les plus advise:^ : « Les Thraciens encore jusques au jourd'huv, quand ils veulent entreprendre de passer quelque rivière gelée par dessus la glace, ils prennent un regnard pour leur guide à sonder .si la glace est assez forte et puissante pour les porter : ce regnard s'approchant de la rivière, apporte l'oreille tout contre la glace, & si par le bruit de l'eau courante dessoubs la glace bien près de son oreille il conjecture qu'elle ne soit pas a.ssez espesse & assez profondement gelée, il s'arreste ou s'en retourne, si on luv permet : au contraire, s'il n'entend point bruire l'eau courante dessoubs, il passe outre hardiment. Or ne sçaurions nous dire que cela soit seulement une vivacité du sentiment de Touye, sans aucun discours de raison : car c'est une ratiocination & conséquence tirée du sens naturel en ceste sorte : Ce qui fait bruit se remue, ce qui se remue n'est pas gelé, ce qui n'est pas gelé est liquide, ce qui est liquide plie soubs le faix, & ne tient pas ferme.» (xiii, f'' 513 v".)
P. 170, I. 4. Les Climacides). Li., Comment on pourra discerner le flatteur d'avec l'amy : « Telles femmes qu'estoient jadis en Cypre celles que Ion surnommoit les Colacides, c'est à dire les flatteresses, qui depuis, après qu'elles furent passées en la terre ferme de la Syrie, furent appelées Climacides, comme qui diroit eschellieres, pour autant qu'elles se courboient à quatre pieds, & faisoient eschelles de leur dos aux femmes des princes 6c des Roys, quand elles vouloient monter dedans leurs coches. » (iii, f-> 41 r".)
P. 170, 1. 9. Les femnu's & concubines). Cf. Hérodote : « Chascun d'eux a plusieurs femmes, qui est cause que quand aucun d'eux va de vie à trespas, grand procès .se meut entre elles, et leurs amis sont fort embesongnez à juger, quelle d'entre elles a esté la mieux aimée. Celle qui emporte cet honneur... est