‹ Les Essais de Michel de MontaigneChapitre 264 sur 449 · LIVRK II, CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRK II, CHAPITRE XII

plaisir à ouyr l'armonie de ces cymbales. » (Histoire indienne, xiv, traduction Witard, p. 327.)

P. 176, 1. 9. Aux spectacles de Rome). Cf. Plutarque, Quels animaux sont les plus advisex^ : «Or y en aura il qui s'esbahiront de ce que Ion monstre à l'Eléphant, & de ce qu'il apprend, ainsi que Ion apperçoit par les preuves qu'il en fait veoir es Théâtres, comme les cadences d'un bal, les divers compartiments des danses, qui ne sont pas aux hommes mesmes bien faciles à retenir pour leur subtilité &: grande diversité. Il n'y a pas long temps qu'à Rome on en exercitoit un bon nombre à se remuer, aller, venir & arrester, de mouvements & arrests fort difficiles, estranges & mal aisez à demesler : mais entre les autres il y en avoit un plus grossier & plus tardif à comprendre, & à retenir, que les autres, à raison dequoy il en estoit à tout propos injurié, tensé & battu ordinairement, il fut quelquefois trouvé la nuict à part, répétant sa leçon à la lune, & recordant ce qu'on luy avoit enseigné. » (xii, f° 513 r".)

P. 176, 1. 16. Cett'autre histoire). M., ibid. : « En la ville de Rome au devant du temple que Ion appelle Grecostasis ou la place des Grecs, un barbier qui lenoit sa bouttique vis à vis, nourrissoit une pie qui fliisoit merveille de chanter & de parler, contrefaisant la parole des hommes, la voix des bestes, et les sons des instrumens, sans que personne la contraignist à ce faire, ains s'y estant accoustumée d'elle mesme, & faisant gloire de ne laisser rien à dire ny à contrefaire. Or advint il que Ion feit les funérailles de l'un des plus gros & plus riches personnages de la ville, & emporta Ion le corps par la devant, avec force trompettes et clairons, qui marchoient devant : advint que le convoy feit une pause en cest endroit la, & s'y arresterent les trompettes faisans grand devoir de sonner & bien longuement. Depuis cela tout le lendemain la pie demoura muette, sans siffler ny parler, ny jetter seulement sa voix naturelle, ny son ramage accoustumé en ses ordinaires & nécessaires passions, tellement que ceulx qui auparavant s'esbahissoient de sa voix et de son parler s'esmerveilloient encore plus alors de son silence, trouvans estrange de passer par la sans luy ouir rien dire, de sorte que Ion eut quelque souspeçon alencontre des

autres maistres du mestier que Ion ne l'eust empoisonnée : toutefois la plus part des personnes estimoient que ce fust la violence du son des trompettes qui luy eust estourdy l'ouye, & qu'avec l'ouye la voix ne fust aussi quant et quant demourée estainte : mais ce n'estoit ny l'un ny l'autre, ains estoit, ainsi qu'il apparut depuis, une estude profonde, & une retraitte en soy mesme, son esprit s'exercitant & préparant sa voix comme un instrument de musique : car à la fin la voix luy revint, & se resveilla tout soudain, ne disant rien de tout ce qu'elle avoit accoustumé au paravant de dire ou de contrefaire, sinon le son des trompettes, avec les mesmes reprises, les mesmes pauses, les mesmes nuances, & les mesmes cadences : choses qui confirme de plus en plus ce que j'ay dit auparavant, que les animaux monstrent plus d'usage de raison à s'enseigner soy mesme, que non pas à apprendre d'autruy. » (xix, f° 51e r°.)

P. 176, 1. ^i . Je neveux pas obmettre) . Id., ibid. : « On estimeroit que ce fust une fable, aussi bien que celle des corbeaux de la barbarie, lesquels quand ils ont soif, (Se que l'eau où ils veulent boire est trop basse, ils jettent des pierres dedans pour la faire monter jusques à telle hauteur qu'ils y puissent attaindre : aussi me suis je quelquefois grandement esmer\-eillé, volant un chien dedans une navire, pendant que les mariniers n'y estoient pas, jetter des petits cailloux dedans une cruche qui n'estoit pas du tout pleine d'huyle, m'esbahissant comme il pouvoit faire ce discours en son entendement, que l'huyle monteroit par force, quand les cailloux qui estoient plus pesants seroient dévaliez au fond de la cruche, & que l'huyle qui estoit plus légère leur auroit cédé la place. » (xii,

p. 177, 1. 10. Ce que recitoit). Id., ibid. : «Quant à la foj' & l'amour sociale, les Elephans (ainsi comme le Roy Juba escrit) en monstrent un grand exemple, pour ce que ceulx qui les chassent ont accoustumé de leur creuser de profondes fosses, lesquelles ils couvrent par dessus, avec quelques menues brossailles, & quelques pailles bien légères. Quand doncques il y a quelqu'un qui tombe dedans, ainsi comme ils marchent tousjours plusieurs ensemble par les champs, les autres apportent force pierres & force bois qu'ils

jettent dedans la fosse taschant à la remplir, à fin que leur compagnon ait moien d'en sortir. » (xvii,

P. 177, 1. 18. Ce que je maintiens ordinairement). Cf. le début de l'essai I. xLii, et la note.

P. 177, 1. 20. Le gouverneur d'un éléphant). Cf. Plutarque, Quels animaux sont les plus advise:^ : «Agnon recite qu'il y a quelque temps qu'en la Syrie on en nourrissoit un (un éléphant) en une maison privée : son gouverneur avoit par chascun jour certaine mesure d'orge du maistre de la maison pour le nourrir, mais il luy en soubtrayoit & deroboit tous les jours la moitié : advint que un jour le maistre de la maison le voulut voir penser, & le gouverneur adonc luy versa devant la mesure toute entière : et l'Eléphant le regardant de mauvais œil, sépara avec sa trompe, & meit à part la moitié de l'orge, déclarant le mieulx qu'il pouvoit à son maistre le ton que luy faisoit son gouverneur. Il raconte aussi qu'un autre, voiant que son gouverneur luy mesloit de la terre et des pierres parmy son orge, pour faire croistre la mesure, s'approcha du pot où il faisoit au fouyer cuire sa chair pour son disner, & le luy emplit dfe cendres. » (xii, f° 513 v°.)

P. 178, 1. 8. Siquidem). «Leurs ancêtres (des éléphants) avaient servi le Carthaginois Annibal, nos généraux et le roi Molosse, et ils portaient sur leur dos des cohortes ou ser\aient de cavalerie. » (Juvénal, XII, 107.) Le texte de Montaigne est de tous points conforme à celui de la plupart des éditions du XVI' siècle, en particulier à celui de l'édition de Paris 1544.

P. 178, 1. 21. Les Espaignols). Cf. Lopez de Gomara, Histoire générale des Indes : « Les Indiens avoient aussi grand peur d'un chien surnommé Vezerrillo... lequel gagnoii la soulde autant qu'un arbalestrier & demi. Ce ciiien assailloit les Indiens fièrement & avec discrétion : Il cognoissoit les amis, & ne leur faisoit aucun mal, encor' qu'on le te- chast. Il cognoissoit si tel estoit Caribe, ou non : poursuivoit vivement celui qui fuioit iusques au milieu du camp de l'ennemi ou le mettoit en pièces si seulement on luy eust dit, or sus viste, va le chercher : il ne s'arrestoit jusques à ce qu'il eust fait tourner

visage a celui qui s'enfuyoit. Ce chien asseuroit tant nos gens qu'ils osoient affronter les Indiens aussi hardiment que s'ils eussent eu trois hommes de cheval avec eux. » (II, ix, f° 56 v°.) Ces faits étaient alors très connus. Voyez Guillaume Bouchet, Sérées, I, vu; Des chiens (éd. de 1585, p. 160). Montaigne a pu lire ce passage de Bouchet avant de parler des chiens des Espagnols dans les Essais.

P. 179, 1. 7. Des hommes amene:^.)- Montaigne fait allusion à ces sauvages à la fin de l'essai I, xxxi, p. 280, 1. 1.

P. 179, 1. 22. Si faisoit bien encore). Cf. Plutarque, Quels aninuiux sont les plus advise:^ : «La nature... nous exhibe & met en avant plusieurs anguilles que Ion appelle sacrées, toutes privées & familières à l'homme, comme entre autres, celles qui sont en la fontaine Arethuse, & en plusieurs autres lieux des poissons qui obéissent quand on les appelle par leurs noms, ainsi que Ion dit de la Murène de Crassus... » (xxiii, f" 518 r°.)

P. 179, 1. 27. Xomen hahent). « Ils ont un nom, et chacun d'eux vient à la voix du maître qui l'appelle.» (Martial, IV, xxix, 6.)

P. 180, 1. 2. Quelque participation de religion). Cf. Plutarque, Quels animaux sont les plus advise:^ : « Il raconte aussi qu'ils usent de prières envers les dieux, en se purifiant avec de l'eau de la mer, &: adorant le soleil levant, en haulsant contremont leur trompe, comme si c'estoit leur main, le tout sans que personne leur ait enseigné à ce faire, aussi est-ce le plus devost & le plus religieux de tous les animaux. » (xvii, f° 5 1 5 v°.) On peut rapprocher Pline, Hist. n<7/., VIII, i.

P. 180, 1. 10. Le philosoplx Cleanthes). Id., ibid. : « Le philosophe Cleanthes encore qu'il maintiene que les bestes n'ont point d'usage de raison, raconte neantmoins qu'il s'est trouvé présent à veoir un tel spectacle : il dit qu'il y avoit un nombre de fourmis qui alloient à une autre formilliere que la leur portans le corps d'un fourmi mort : Quelques uns de la formilliere sortirent au devant d'eulx, comme pour parler à eulx, lesquels un peu après redescendirent dedans, & puis remontèrent, & firent cela par deux ou trois fois jusques à ce que finablement ils apportèrent d'abas un verm, comme pour la rançon du

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