LIVRE II, CHAPITRE Xll
pour cela il ait besoing de règles d'Astrologie : car il demeure au lieu où le solstice d'hyver le surprent, & n'en bouge jusques à l'equinocce ensuivant... Mais pource que nous avons desja exposé la Mathématique et Astrologique prescience & cognoissance qu'ont les poissons de la conversion du Soleil, laquelle est confirmée par le tesmoignage mesme d'Aristote, escoutez maintenant comment ils sçavent bien aussi la science d'Arithmétique, ou bien certes premièrement la perspective... Ils... font tousjours leur bande de figure cubique, c'est à dire quarree en tout sens, & en dressent un corps de battaillon solide, clos & environné tout alentour de six faces toutes égales, puis nagent en ceste ordonnance quarree, autant large derrière que devant... de sorte que celuy qui est au guet pour espier leur venue, s'il peult seulement nombrer certainement combien ils sont en la face qui luy apparoist, peult incontinent dire combien ils sont en tout le corps de la trouppe, estant asseuré que le nombre de la profondeur est égal à la largeur, & la largeur à la longueur. » (xxix, f° 520 r°.)
P. 195, 1. 25. Ce faicl du grand chien). Id., ibid. : « On raconte d'un chien Indique, des plus excellents qui fussent en tout le pai's, que Ion envoya par singularité, pour le faire combattre devant le Roy Alexandre, que quand on lu}' lascha un cerf premièrement, & puis un sanglier, & puis un ours, il n'en feit compte, & ne s'en daigna pas remuer de sa place, mais quant il veit un Lion qu'on luy présenta, alors il se dressa incontinent sur ses pieds, & se prépara pour le combattre, déclarant manifestement qu'il estimoit celuy là seul digne de combattre contre luy, & qu'il mesprisoit tous les autres. » (xv, f° 515 r°.)
P. 196, 1. 4. D'un éléphant). Cf. Arrien : «Us dient qu'il s'en est trouvé un, qui après avoir tué estant en furie son gouverneur, entra en tel regret, qu'il ne voulut manger oncques puis, et se laissa mourir. » (P. 327.)
P. 19e, 1. 7. On recite d'un tygre). Cf. Plutarque, Quels animaux sont les plus advise:^^ : « On conte aussi d'un Tigre à qui Ion avoit baillé un petit chevreau, qu'il jeûna deux jours devant que de luy toucher, & qu'encore au troisième jour ayant faim il demanda autre pasture, en déchirant la cage où il estoit
enfermé, ne se voulant point prendre au chevreau, comme estant ja son domestique & familier compagnon. » (xx, f'' 517 r°.)
P. 196, 1. lé. Des halcyons). Id., ibid. : « De quelle espèce d'animaux ont jamais les Dieux tant honoré les couches (des alcyons) la naissance & les enfantemens? car on dit qu'il n'y eut que une seule Isle de Delos qui receust l'enfantement de Latone, laquelle Isle estant au paravant vagante en a depuis esté affermie, la où Dieu a voulu que toute la mer fust arrestée, affermie & aplanie sans vagues, sans vents, et sans pluye, ce pendant que l'Halcyone fait ses petits, qui est justement environ le Solstice, le plus court jour de l'an : au moien dequoy il n'y a point animal que les hommes aiment tant que cest oiseau, par lequel ils ont sept jours et sept nuicts au fin cœur d'hyver qu'ils peuvent sans crainte naviguer seurement, leur estant lors le chemin par la mer plus asseuré que celuy de la terre, & s'il fault dire un peu de chascune des vertus qu'elle a, la femelle aime si foit son mar}-, qu'elle demeure avec luy, non pour une saison seulement, mais tout au long de l'année, & reçoit la compagnie de son masle, non pour ce qu'elle soit honteusement subjecte à ceste volupté, car elle ne se mesle jamais avec autre masle, ains seulement pour l'amour & affection qu'elle luy porte, ne plus ne moins que feroit une honeste dame mariée à son mar^- : car quand son masle vient à estre débile pour l'aage, & pesant, de sorte qu'il ne la peult plus suivre, alors elle le soustient et le nourrit en sa vieillesse, ny jamais ne le laisse, ny ne l'abandonne seul en façon que ce soit, ains le chargeant sur ses espaules, le porte par tout, a soing de le ser\-ir, demeure avec luy jusques à la mort. Mais pour l'affection qu'elle porte & le soing qu'elle a du salut de ses petits, quand elle se sent pleine incontinent elle se met à bastir & construire son nid... Il seroit bien mal-aisé à croire, qui ne l'auroit veu à l'œil, ce qu'elle compose, ou pour mieulx dire qu'elle fabrique, comme un niaistre charpentier bastissant une navire d'une forme, qui seule entre toutes ne se sçauroit renverser ny enfondrer en la mer : car elle va premièrement recueillir les espines & arestes d'un poisson qui se nomme aiguille, qu'elle conjoint
ESSAIS DE MONTAIGNE
& lie ensemble, les entrelassant les unes de long, les autres de travers, ne plus ne moins que sur l'estaim on jette la trame, y adjoustant des courbes & arrondissemens l'une dedans l'autre, tellement qu'elle en forme à la fin un vaisseau rond, prest à vaguer à rames, qui pour la haulteur ressemble proprement à un ver\-eu de pescheur, puis quand elle a parachevé de le construire, elle le porte au battement du flot marin, là où la mer la battant tout doulcement lui enseigne à radoubber ce qui n'est pas bien lié, & à le mieulx fortifier es endroicts où elle voit que sa structure se dément & se lasche pour les coups de mer : & au contraire ce qui est bien joint, le battement de la mer le vous estraint & le vous serre de sorte qu'à peine le sçauroit on rompre, dissouldre, ny endommager à coup de fer ny de pierre, & ce qui plus encore fait à admirer, c'est la proportion & la figure de la concavité du dedans du vaisseau : car elle est composée & proportionnée, de manière qu'elle ne peult recevoir ny admettre autre chose que l'oiseau qui l'a bastie : car à toute autre chose elle est impénétrable, close & fermée, tellement qu'il n'y peult rien entrer, non pas l'eau de la mer seulement... Quant à moy (i')ay veu, manié & tenu plusieurs fois (ce nid). » (xxxv, f° 522 r''.)
P. 198, 1. 13. Qiiippe videhis), «En effet, vous verrez de vigoureux coursiers, quoique profondément endormis, suer, haleter, étendre tous leurs muscles comme pour disputer le prix de la course. » (Lucrèce, IV, 988.) Le texte est celui de l'édition Lambin,
P. 198, 1. 20. Venaiitimique canes). « Souvent au milieu du sommeil, les chiens de chasse agitent tout à coup les pieds, aboient, et aspirent l'air à plusieurs reprises, comme s'ils étaient sur la trace de la proie; souvent même, en se réveillant, ils continuent de poursuivre les vains simulacres d'un cerf qu'ils s'imaginent voir fuir devant eux, jusqu'à ce que, revenus à eux, ils reconnaissent leur erreur. » (Lucrèce, IV, 992.) Le te.xte est celui de Lambin, p. 345.
P. 199, 1. 3. Consiteta dotni). «Souvent, l'Iiôtc fidèle & caressant de nos maisons, le chien se dresse en sursaut au milieu du léger sommeil qui alourdissait ses paupières, parce qu'il a cru voir une forme
étrangère et des traits inconnus. » (Lucrèce, IV, 999.) Le texte est celui de l'édition Lambin, p. 345.
P. 199, 1. 12. Nous en fantasions). Sur cette idée de la relativité de la beauté, Montaigne avait lu, à l'époque où il ajoute ces lignes, ce que dit Cicéron dans le De nafitra deoruni, I, xxvii-xxvm.
P. 199, 1. 14. Turpis Romauo). «Un teint belge serait laid dans un visage romain. » (Properce, II, xviii'', 26.)
P. 199, 1. 16. Chargent de gros anneaux). Cf. Lopez de Gotnara, Histoire générale des Indes : « Ces gens ici... estoient au reste forts laids aians ceste partie du nez, qui divise les deux narines, si longue qu'elle pendoit jusques à la bouche, & avoient en icelle certains anneaux pendans, qui estoient faits d'ambre taillé, ou d'autre chose semblable. Ils avoient aussi la lèvre de dessoubs percée, & en cliaque trou des anneaux d'or et des turquoises qui n'estoient gueres fines, mais pesoient tant qu'elles faisoient pendre contre bas la lèvre de telle façon que leurs dents demeuroient toutes à découvert. » (II, xx, f" 73 v°.)
P. 199, 1. 20. Au Péru). Id., ibid., IV, m, f° 276 r-'.
P. 199, 1. 21. Et un home d'au jourd'hui). Cf. Raibi, Viaggio : « Le donne poi hanno per bellezza lavere l'orechie forate in una strana maniera, perche a punto neir estremita, dove usano di forarle anchora le riostre, fanno loro, fin quando sono picciole, e tenere un' apertura molto grande, alla quale appendono un piombo, perche col peso suo renda il foro tuttavia maggiore, onde quella carne tenera facile ad arrendersi, viene col tempo ad allargarsi si tanto, che dentro a quel foro potrebbe entrare un braccio. Et quella estremita dell' orechia trece aile volte tanto, che scende sino su le spalle, il che si mette in conto di maggior bellezza, prevalendo questa cosi strana usanza non meno ne gli huomini, ciie nelle donne. » (P. 76.)
P. 199, 1. 25. Des nations). Cf. Lopez de Gomara, Histoire générale des Indes, IV, m, f° 276 r".
P. 200, 1. I. Corne dict Pline). Hist. nat., VI, xm.
P. 200, 1. 2. Les Mexicanes). Cf. Lopez de Gomara, Histoire générale des Indes : « Les femmes mexicaines se pèlent et oignent toutes, afin de n'avoir aucun poil ailleurs que sur la teste, et aux sourcils. Et pour