LIVRE II, CHAPITRE XII
P. 241, 1. 15. Non tain id sensisse). «On dirait qu'ils ont écrit moins par conviction que pour exercer leur esprit par la difficulté du sujet. »
P. 241, I. 21. Deiiner Dieu). De l'agnosticisme de Montaigne, on peut rapprocher ce que dit Gentillet dans ses Discours sur les moyens de bien gouverner : « Comment est l'homme si insensé et présomptueux de penser que son cen,'eau (qui n'est pas large de demy pied), puisse comprendre une chose si grande et infinie ? C'est une aussi grande lourderie comme qui voudroit dans la palme de la main comprendre toutes les eaux de la mer. Le christianisme donc a ceste modestie et simplicité de vouloir connoistre Dieu par les moyens et selon qu'il veut estre connu des hommes; croire que de vouloir passer plus avant, c'est entrer en ténèbres, non en connoissance. » (Ed. de 1579, p. 144.) GeUi dit de même dans ses Discours fantastiques (trad. de 1566, p. 207): «Prends garde un peu au faict de la religion : ne vois-tu pas que ces messieurs les reverens pour ne vouloir reconnoistre selon la vérité qu'ils ne peuvent comprendre les choses concernantes la foy chrestienne par leur lumière naturelle et pmdence humaine, se sont tellement laissez abuser par icelle qu'ils ont entrepris de vouloir prouver les principaux chefs et articles de nostre foy, par des propositions et argumens de philosophie, laquelle est neantmoins du tout contraire à la foy, d'autant qu'elle procède par un certain ordre et par les principes naturels, au lieu que la foy excède et surmonte en tout la nature. »
P. 241, 1. 25. Ne pouvons estendre). Pour l'expression, rapprocher un souvenir de Cicéron que Montaigne mentionnera un peu plus bas, p. 248, 1. 7.
P. 242, 1. 10. Jupiter oninipotens). «Jupiter toutpuissant, père et mère du monde, des rois et des <lieux.» (Vers de Valerius Soranus qui ont été conservés par saint Augustin dans la Cité de Dieu, VII, xi.) Montaigne a interverti l'ordre des mots « rerum » et « regum ».
P. 242, 1. 14. Les evencinans sortables). Il semble bien que Montaigne exprimait des idées toutes contraires dans l'essai I, xxxii.
P. 243, I. 4. Celle qu'ils avoyent). Actes des apôtres, xvii, 23.
P. 243, 1. 6. Pythagoras adombra). Cf. Plutarque, Vie de Numa : «... que ce qu'il ordonna touchant les images & représentations des Dieux, se conforme du tout à la doctrine de Pj'thagoras, lequel estimoit, que la première cause n'estoit ny sensible ny passible, ains invisible & incorruptible, & seulement intelligible. Et Numa semblablement défendit aux Romains de croire que Dieu eust forme de beste ou d'homme : de sorte qu'en ces premiers temps la il n'y eut à Rome image de Dieu ny peinte ny moulée, & furent l'espace de cent soixante & dix premiers ans, qu'ilz édifièrent bien des temples & des chappelles aux Dieux : mais il n'y avoit dedans statue ne figure quelconque de Dieu, estimans que ce fust un sacrilège de vouloir représenter les choses divines par les terrestres, attendu qu'il n'est pas possible d'atteindre aucunement à la cognoissance de la divinité, sinon par le moien de l'entendement. Les sacrifices mesmes que Numa institua, s'accordoient & se rapportoient fort à la manière de servir les Dieux, dont usoient les Pythagoriens : car on n'y espandoit point de sang, ains se faisoient pour la plus part avec un peu de farine, & un peu d'effusion de vin & de laict, & avec autres telles choses légères.» (xi, f" 45 r°.)
P. 243, 1. 19. La venë de no^ crucifix). On peut rapprocher de tout ce développement ce qui est dit plus bas, p. 355, 1. 25; voir aussi la description que fait Montaigne dans son Journal de voyage, p. 119, d'un temple luthérien : il est très frappé par la nudité de l'édifice. Visiblement dans toute cette page il fait la critique du protestantisme.
P. 243, 1. 27. La Imniere couunune). Cf. Ronsard, Remontrances au peuple de France. Au sixième vers le texte de Ronsard est : <■<■ je dy ce grand soleil... »'
P. 244, 1. 17. Thaïes). Cf. Cicéron, De natura deorum : Thaïes Milesius primus de talibus rébus qussivit, aquam dixit esse initium rerum... Anaximandri autem opinio est nativos esse deos, longis intervallis orientes occidentésque, eôsque innumerabiles esse mundos... Anaximenes aéra deum statuit, eùmque gigni, esséque immensum & infinitum, & semper in motu... Anaxagoras... primus omnium rerum descriptionem & modum, mentis infinités vi ac ratione designari & confici voluit... Alcnic-eo... soli
ESSAIS DE MONTAIGNE
& luiiK, reliquisque syderibus, animôque prœterea divinitatem dédit... Pythagoras censuit animuni esse par naturam rerum omnem intentum & commeantem, ex quo no.stri aniini carperentur... Xenophanes qui mente adjuncta, ouine pn-eterea quod esset, infinitum deiim voluit esse, de ipsa mente item reprehenditur ut creteri : de infinitate autem veliementius, in qua niiiil neque sentiens, neque conjunctum potest esse... Parmenides... commentitium quiddam coron^e similitudine effecit, Stephanem appellat, continentem ardore lucis orbem, quem appellat deum... Empedocles... quatuor... naturas ex quibus omnia constare censet, divinas esse vult... Protagoras... sese negat omnino de diis habere quod liqueat, sint non sinî, qualésve sint... Dcmocritus... tum imagines earùmque circuitus in deorum numéro refert, tum illam naturam qux' imagines fundat ac mittat, tum scientiam intelligentiamque nostram... Quid aer quo Diogenes Apolloniatcs utitur deo, quem sensum habere potest, an quam formam dei?... De Platonis inconstantia longum est dicerc, qui in Timaso, patrem hujus mundi nominari neget posse : in legum autem libris, quid sit omnino deus inquiri oportere non censeat... Idem & in Tima;o dicit i^ in Legibus, & mundum deum esse, & cœlum, 6>: astra, & terram, & animos, &; eos quos majorum institutis accepimus... Xenophon... eadem ferè peccat : facit enim in iis qua; à Socrate dicta retulit, Socratem disputantem, formam dei quivri non oportere, eundémque & solem & animum deum dicere, & modo unum, tum autem plures deos... Nec multo secus Speusippus Platonem avunculum subsequens, &. vim quandam (dicit) qua omnia regantur, eàmque animalem... Aristoteles... modo... menti tribuit omnem divinitatem, modo mundum ipsum deum dicit esse, modo alium quemdam pra;ficit mundo... tum cœli ardorem deum dicit esse... Zenocrates... deos octo... esse dicit, quinque cos qui in stellis vagis nominantur, unum qui ex omnibus .syderibus qua; infixa cœlo sunt, ex di.spersis quasi membris, simplex sit putandus deus, septimum solem adjungit, octavam lunam... Ponticus Heraclides puerilibus fabulis refersit libros, ... sensuque deum privât & cjus formam mutabilem es.se vult : eodemque in libro rursus lerram ts; cœlum
refert in deos. Nec vero Theophrasti inconstantia ferenda est modo enim menti divinum tribuit principatum, modo cœlo, tum autem signis syderibùsque cœlestibus... Strato... omnem vim divinam in natura sitam esse censet, qure causas gignendi, augendi, minuendi habeat, sed careat omni sensu &: figura. Zeno autem... naturalem legem divinam esse censet, eàmque vim obtinere recta imperantem, prohibentémque contraria. Quam legem quomodo efficiat animantem, intelligere non possumus... Tollit omnino usitatas perceptasque cognitiones deorum : neque enim Jovem, neque Junonem, neque \'estam, neque quenquam qui ita appelletur, in deorum habet numéro... Aristonis non minus magno in errore sententia est, qui neque ibrmam dei intelligi posse censeat, neque in diis sensum esse dicat, dubitetque omnino deus animans nécne sit. Cleantlies... tum ipsum mundum, deum dicit esse, tum totius natura; menti atque animo tribuit hoc nomen, tum ultimum & altissimum atque undique circumfusum & extremum omnia cingentem, atque complexum ardorem qui a;ther nominetur, certissimum deum judicat... Perseus ejusdem Zenonis auditor, eos dicit esse habitos deos, à quibus magna utilitas ad vita; cultum esset inventa... Chrysippus qui Stoïcorum somniorum vaferrimus habetur interpres, magnam turbam congregat ignotorum deorum... dicit esse (deos) ctiam homines qui immortalitatem essent consecuti. » (I, X et suivants; t. IV, pp. 187-189.) Cicéron accompagne l'énoncé de chaque opinion d'une appréciation que Montaigne supprime. On remarquera que les opinions de Xénophane et de Diogène Apolloniate sont déplacées et rapportées d'une manière tout à fait inexacte.
P. 246, 1. 9. Diai;oras). Id., ibid: «Diagoras Atheos qui dictus est, posteaque Theodorus, nonne aperte deorum naturam sustulerunt.» (I, xxm; t. IV, p. 192.)
P. 246, 1. 10. Épiciire). Id., ibid. (I, xviii et suivants; t. I\', pp. 190, 191, 192.)
P. 246, 1. 13. Ego deûm). «Quant à moi, j'ai toujours cru, j'ai toujours pensé qu'il existe des dieux et je le proclamerai sans ces.se, mais ma conviction est qu'ils n'ont nul .souci de ce que font les hommes. » (Hnnius apud Cicéron, De divinatione, II, l.)