‹ Les Essais de Michel de MontaigneChapitre 286 sur 449 · LIVRE II, CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XII

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des principes de la piiysique d'Aristote. On peut voir en particulier Ramus, le grand adversaire d'Aristote au xvi"" siècle, en divers endroits de ses écrits, et spécialement dans ses Scbohr physica- : « At Deus bone! privatio ista quidnam est oninino, aut unde in physicœ inducta? Fabulosuni enim somnium est. ... Nam cum dicis privationem esse principium, esse causam, ut Aristoteles hoc ipso in capite loquitur, quid aliud loqueris quam mortem esse vitam, frigus calorem? Causa enim status est rei salusque : privatio autem pernicies ac ruina. » Et encore : « Quid igitur de Aiistotele sentias qui privationem, tanquam filiolam carissimam antea sic amplexatus et osculatus erat, ut e sinu deponere non posset, et tamen hic jam fastidire ac dedignari incipit : neque post unquam, ut rei naturalis principium appellabit. » (vu; éd. de 1569, p. 799.) Il faut encore citer le jugement de Guy de Brués que Montaigne a certainement lu à l'époque où il écrivait Y Apologie : « Aristote a grandement erré en ses principes. O bon Dieu, où a il appris que la privation, qui n'est qu'une négation, soit cause des choses naturelles? Certes, je ne puis assez exprimer l'imbécilité de ce philosophe : car en parlant des choses naturelles il les fait tousjours par imagination. » (Dialogues, p. 61.)

P. 279, 1. 9. On les idées de Platon). Les énumérations d'opinions contradictoires, comme celle que nous trouvons ici, sont de tradition dans tous les écrits qui cherchent à saper les conceptions communes. En particulier on trouve des listes des premiers principes reconnus par les principaux philosophes chez Sextus Empiricus, Hypofyposes, III, iv; chez Cicéron, Académiques, II, xxxvii; et à leur inritation chez Corneille Agrippa, De inccrtitudinc et vnuitate scicntianiiii, l; dans les Dialogues de Guy de Brués, p. 51. De toutes les listes semblables que j'ai consultées c'est celle de Guy de Brués qui ressemble le plus à celle de Montaigne. On y trouve des expressions tout à fait semblables, comme celle-ci : « Anaxagore Clasomène en les parties similaires » ; mais il subsiste des divergences qui ne permettent pas d'assurer que telle est bien la source de Montaigne : ainsi Montaigne prête à Apollodorus l'opinion que Brués donne à « Archesilas filz d'ApoUodorc ».

P. 279, 1. 12. De Diogenes). Il s'agit de Diogène Apolloniate; ici Montaigne corrige l'erreur singulière (peut-être simple erreur de graphie d'ailleurs) qu'il a commise, p. 245, 1. 25 (texte du manuscrit), en donnant 1' « aage » comme premier principe admis par ce philosophe; erreur d'autant plus singulière que tout le contexte était emprunté au De natura dcoritm, de Cicéron, I, x et suivants, et que Cicéron dit formellement que Diogène Apolloniate reconnaissait l'air comme premier principe.

P. 279, 1. 22. La privation). Ct. la note ci-dessus, p. 279, 1. 6.

P. 280, 1. 12. l.e mot de Pvthagoras). Ceci est traduit du De iiicertitudiue et vanitate scientiarum de Corneille Agrippa. Toutefois Montaigne se trompe en attribuant ce principe à Pythagoras, il devait dire aux peripatéticiens;- l'erreur s'explique par la présence du mot « Pythagoras » deux lignes plus haut dans le texte d'Agrippa : « III ud vulgatum proverbium, unicuique perito in arte sua credendum est. Sic creditur grammatico de verborum significationibus... creditur dialecticus de parte orationis a grammatico accepta. Assumit a dialectico rhetor argumentation is locos. Poeta mensuras mutuatur a musico. Geometra proportiones sumit ab arithmetico. Astrologus utrisque fidem dat. Deinde transnaturales conjecturis utuntur naturalium, et quisque artifex recte prœsumit de statutis alterius. Habet enim quœvis scientia certa quitdam principia, quse credere oporteat, nec ullo modo queant demonstrari : quœ si quis pertinacius negare velit, non habent philosophi illi quo contra illum disputent, moxque dicent contra negantem principia non esse disputandum, aut ad alla quasdam extra scientiœ metas relegabunt : ut si quis (dicunt) neget ignem esse calidum, projiciatur in ignem... » (m, à la fin.)

P. 281, 1. 2. Philodoxes). Cf. à leur sujet Platon, République, W Ce sont, selon sa définition, des gens entêtés de leurs opinions, quelle qu'en soit la valeur.

P. 282, 1. 17. Thaïes attrihuoit). Cf. Diogène Laèrce, J'ie de Thaïes : « Inanimatis etiam illum animis inesse putasse Aristoteles, & Hippias autores .sunt, conjicientem id ex magnete lapide, & succino. » (xxiv, p. 27.)

ESSAIS DE MONTAIGNE

P. 282, 1. 21. Ignorcitiir). «On ne connaît pas la nature de lame : naît-elle avec le corps, ou au contraire v est elle introduite au moment de la naissance? Périt-elle avec lui, ou va-t-eile visiter les sombres abîmes ? Enfin, passe-t-elle, par l'ordre des dieux, dans le corps des animaux ? » (Lucrèce, I, 113.)

P. 282, 1. 26. A Craies). Ces opinions viennent pour la plupart de Sextus Empiricus, Hypotyposes; de Cicéron, Acadcinhjnes et surtout Tiisciilaiics, I, x; de Plutarque, dans les Opinions des philosophes; de Lactance, etc. Mais certainement Montaigne en a trouvé des listes toutes dressées dans des ouvrages de seconde main, comme nous l'avons déjà constaté ci-dessus à l'occasion des opinions touchant les principes premiers (p. -279, 1. 9). On peut rapprocher en particulier les listes qu'on trouve dans les Dialogues de Guy de Brués (p. 75 et suivantes) sur la nature de l'âme et son emplacement dans le corps. Montaigne a d'ailleurs sans doute une source différente. Rapprocher encore Bouaystuau au début du Bref discours sur l'excellence de l'homme; Du Verdier, suite des Diverses leçons, IV, v; etc. Mais surtout il finit voir Corneille Agrippa, De incertitudine et vanitate scientiaruni. Certainement Montaigne n'a pas puisé uniquement chez Corneille Agrippa : des divergences nombreuses le prouvent, mais il est très possible qu'il ait complété sa liste avec celle de cet auteur. En tout cas le texte d' Agrippa nous prouve que, quelle que soit sa source, il en a traduit des phrases entières. « Varro inquiens : anima est aer conceptu5 ore, defervefactus in pulmone, temperatus in corde, diffusus in corpus... Alii (dicunt animum) ex terra & igné, ut Parmenides. Alii sanguineum, ut Empedocles... Alii spiritum tenuem et corpus difflisum, ut Hippocrates medicus... Cleanthes, Antipater, Possidonius diccntes illam (animam) esse calorem sive complexionem calidam, quibus adha;ret Galenus, Xenocrates, vocans eam .sese moventem numerum, quem sequuntur yEgj-ptii dicentes animam esse vim quandam in omnia corpora transmeantem, et Chalditi inquientes eam esse virtutem absque determinata forma. Aristoteles... invento novo vocabulo animam vocat entelechiam, sciiicct perfectionem corporis naturalis organici, potentia vitam habentis...

hœc est receptissimi philosophi et anima futilis detinitio, quœ non essentiam, naturam, aut ejus originem déclarât, sed effectus... Cicero, Seneca, Lactantius, quid sit anima dicunt penitus ignorari... », etc. (ui.)

P. 283, 1. 3. Songuineam). «Il vomit son âme de sang. » (\'irgile, Enéide, IV, 349.)

P. 283, 1. 6. Igneus). «Elles (les âmes) ont la vigueur du feu, et leur origine est céleste. » (Virgile, Enéide, VI, 730.)

P. 283, 1. 12. Hahitnni queindain). « Une certaine manière d'être du corps vivant que les Grecs appellent harmonie. » (Lucrèce, III, 100:)

P. 283, 1. 20. Harnni sententiantni). « De. toutes ces opinions quelle est la vraie : un dieu seul peut le savoir. » (Cicéron, Tusculanes, I, \i.)

P. 283, 1. 21. Dict S. Bernard). «Ex me intelligo, quam sit incomprehensibilis Deus, quoniam me ipsum intelligere non possum, quem ipse fecit. » {Liber de anima, seii meditationes dcvotissiv.iT, i, au début.)

P. 283, 1. 23. Heraàylus). Cf. Diogène Laërce, Vie d'Heraclite : « (Visum est ei) animarum item & dsmonum plena esse omnia... Dicitur Cn: id de animre sensisse natura, nunquam illam reperiri posse, quantalibet quis vi.-E conficiat spatia, adeo profundam ejus esse rationem. » (IX, vu, p. 583.)

P. 284, 1. 3.7/ n'y a pas moins). Parmi les références indiquées ci-dessus (p. 2S2, I. 23), il faut voir surtout Corneille Agrippa, De incertitudine cl vanitate scientiarum, qui est peut-être en partie la source de Montaigne, ou qui à tout le moins nous permet de supposer ce qu'était cette source : « Nec minus ridicukt de ejus sede inter se variant, nam Hippocrates & Hierophilus in cerebri ventriculis illam ponunt. Democritus in toto corpore, Erasistratus circa membranam epicranidem, Strato in supercilioruni interstitio, Epicurus in toto pectore, Diogenes in cordis arteriato ventriculo, Stoici cum Chrysippo in toto corde ac spiritu circa cor versante, Empedocles in sanguine, cui adstipulatur Moyses, idcirco prohibens vesci sanguine, quia animalis anima sit in illo. Plato & Aristoteles & reliqui nobiliores philosophi in toto corpore. Galenus autem in quavis corporis particula suam esse animam puiat. >> (i.n.)

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