LIVRE II, CHAPITRE XII
contempti philosophi, qui negant esse quicquam quod percipi possit extrinsecus : ea se sola percipere, quœ tactu intimo sentiant, ut dolorem, ut voluptateni : neque se quo quid colore, aut quo sono sit scire, sed tantum sentire affici se quodammodo. » (II, XXIV ; t. IV, p. 23.)
P. 348, 1. 3. Protagoms). Id., ibid. : « Aliud judiclum Protagorse est, qui putet, id cuique verum esse quod cuique videatur. » (II, xlvi; t. \\\ p. 35.)
P. 348, 1. 4. Epicuriens). Id., ibid. : « Aliud Epicuri, qui omne judicium in sensibus, & in rerum notitiis, & in voluptate constituit. Plato autem omne judicium veritatis, veritatémque ipsam ahductam ab opinionibus, & à sensibus cogitationis ipsius & mentis esse voluit. » (II, xlvi, p. 35.) L'opinion de Platon est résumée du Phédou, p. 65, et du Théétètc, p. 186.
P. 348, 1. 17. Via qtia). «C'est le chemin par lequel l'évidence pénètre dans le sanctuaire de l'esprit humain. » (Lucrèce, \, 103.)
P. 348, 1. 23. Selon aucuns). Cf. Platon, Tbéctcte : «Nihil aliud scientia est quam sensus. » (viii, p. 151 ; éd. de 1546, p. 139.)
P. 349, 1. 3. Invenies primis). « \'ous reconnaîtrez que la notion du vrai nous vient primitivement des sens; et le témoignage des sens est irrécusable, car quel guide plus fidèle que les sens ? » (Lucrèce, r\', 479, 483.) Le texte est celui de l'édition Lambin, p. 309.
P. 349, 1. 9. Cicero dict que Clmsippus). Dans les Académiques, II, xxvir, passage qu'il a trouvé reproduit dans l'édition Lambin de Lucrèce, au vers 508 du livre IV. Il complète sans doute cette allégation, par le passage suivant de Plutarque, Les coiitredicts des philosophes stoïques : « (Chiysippus) non en peu de lieux, ains souvent & en plusieurs endroicts, ait confirmé & corroboré les resolutions contraires à la sienne, avec sollicitude, affection & diligence, telle qu'il n'est pas aisé à chascun de discerner laquelle luy plaist le plus : ceulx mesmes qui admirent la subtilité & vivacité de son entendement le disent, & tiennent que Carneades n'a rien de soy mesme, ne qui soit de sa propre invention, ains que des propres moiens & arguments dont Chiysippus cuidoit prouver ses assertions, il les retournoit au contraire
alencontre de lu)', de manière que bien souvent if luy crioit tout hault en disputant ce vers d'Homère,
« O malheureux ta force te perdra ! »
pour ce que luy mesme donnoit de si grandes prises & de si grands moiens à ceulx qui vouloient renverser ou calomnier ces opinions. » (x, f° 562 v°.)
P. 349, 1. 21. De tous sens naturels). Tout ceci est inspiré de .Sextus Empiricus, Hypotyposes, I, xi\', troisième moven de l'époque.
P. 350, 1. 3. Au potcrunt). «L'ouïe pourra-t-elle rectifier la vue, et le toucher l'ouïe? Le goût nous préser\era-t-il des surprises du tact? L'odorat et la vue pourront-ils le réformer ? » (Lucrèce, IV, 487.)
P. 350, 1. 7. Seorsuui cuique). «Chacun d'eux a sa puissance à part et sa force particulière. » (^Id., IV, 490.)
P. 351, 1. 20. Nous saisissons la pomme). Cf. Sextus Empiricus, Hypotyposes : « Unumquodque apparentium nobis sensibilium varium sub sensus cadere : ut malum, lœve, odoratum, dulce, flavum. Incertum ergo utrùm bas solas qualitates, an potiùs unicam tantùm qualitatem habeat, sed ob sensuum instrumenta, alio atque alio modo constituta, diversas habere videatur : an contra, plures quidem habeat qualitates quàm qu;ï nobis apparent, sed earum aliquîe sub sensus nostros non cadant. » (I, xiv.)
P. 352, 1. I. Qui aprant ans poules). Cf. Sénèque, Eplires : « Quid est quare pavonem, quare anserem gallina non réfugiât, quum tanto minorem & ne notum quidem sibi accipitrem? Quare pulli felem timeant, canem non timeant?» (cxi, p. 287.)
P. 353, 1. 4. Chaque suhjet a en soy). Cf. ci-dessus p. 345, 1. 4, et p. 347, 1. 21.
P. 353, 1. 7. Quicquid id est). «Quoi qu'il en soit, il n'est pas plus grand que notre vue ne nous le représente. » (Lucrèce, V, 577.) Lucrèce parle ici de la lune, mais Épicure en disait autant du soleil, comme on le voit en particulier chez Lucrèce, \, 567, et chez Cicéron, Académiques, II, xxxix, dans un passage que Montaigne trouvait reproduit dans le commentaire de Lambin.
P. 353, !. 12. Nec tamen hic ocnlis). «Nous ne convenons pas pour cela que les yeux se trompent...
ESSAIS DE MONTAIGNE
Ne leur imputons donc pas les erreurs de l'esprit. « (Lucrèce, IV, 380, 387.)
P. 353, I. 18. Tiinagoras jiiroit). Cf. Cicéron, Académiques : « Timagoras Epicureus negat sibi unquaui cùm oculum torsisset, duas ex lucernâ flammulas esse visas : opinionis enim esse mendacium non oculorum. » (II, XXV.)
P. 353, 1. 23. Pioinde quod in quoqtie). «Les sens ne nous trompent jamais. Si la raison ne peut expliquer pourquoi ce qui est carré de près paraît rond de loin, il vaut encore mieux, à défaut de solution vraie, en donner une fausse de ce double phénomène plutôt que de laisser échapper l'évidence de ses mains, plutôt que de mentir à sa foi première et de ruiner tous les fondements de crédibilité sur lesquels se reposent notre conservation et notre vie : car les intérêts de la raison ne sont pas les seuls ici en jeu; la vie elle-même ne se conserve qu'avec le secours des sens, c'est sur leur témoignage que nous évitons les précipices et les autres choses nuisibles. » (Lucrèce, IV, 500.) Le texte est celui de l'édition Lambin, p. 300.
P. 354, 1. 16. Ce que disent les Epicuriens). Ci. Cicéron, Académiques : « Ita nobis tacentibus, ex uno Epicuri capite, altero vestro, perccptio & comprehensio tollitur. Quod est caput Epicuri ? Si uUum sensibus visum falsum est, nihil potest percipi. Quod vestrum? Sunt falsa sen.sus visa. Quid sequitur? Ut taceam : conclusio ipsa loquitur nihil percipi posse. » (II, xxxu; t. IV, p. 27.)
P. 355, 1. I. Exiantesque proail). «Des montagnes qui .s'élèvent au-dessus de la mer nous paraissent de loin une même masse, quoique, en réalité, elles soient très distantes l'une de l'autre. Les collines et les champs semblent fuir vers la poupe du vaisseau sur lequel nous naviguons. Si votre cheval s'arrête au milieu d'un fleuve, son corps vous paraît remonter obliquement le courant. » (Lucrèce, IV, 398, 390, ■121.) Le texte est celui de l'édition Lambin, p. 300. Montaigne substitue /))-o/)/cr navim à pra'ter navim.
P. 355, 1. 24. Vasiitê sombre). Pour cette expression, d. Du Bellay, Deffense et illustration, éd. Chamard, 1904, p. 60. Pour la pensée, rapprocher ce qui a été dit ci-dessus, p. 243, I. 19, et la note.
P. 356, 1. 6. Et Zenon avait raison). Cf. Diogènc Laërce, Vie de Zenon : « Pulchritudinem dixit vocis florem esse, alii verô pulchritudinis vocem. » (\'II, XXIII, 422.)
P. 356, 1. II. Sur quoi PIjiloxeniis). Cf. Diogène Laërce, Fie d'Arcésilas : « Ille (Arcesilaus)... cum hoc carmen ipsius malè cantantes offendisset, lateres illorum conculcare cœpit ac dicere, Yos mea corrumpitis, ego vestra dissipabo. » (IV, xxx\i, 270.)
P. 356, 1. 15. Cens mesnies). Ces observations reviendront dans l'essai III, iv.
P- 357; '• 5- Auferimur). «Nous sommes séduits par la parure; l'or et les pierreries cachent des défauts : une jeune tille est la moindre partie de ce qui nous plaît en elle. Souvent on a peine à trouver ce qu'on aime parmi tant d'ornements : c'est sous cette égide opulente que l'amour trompe nos yeux. » (Ovide, Remédia anioris, I, 343.)
P. 357, 1. II. Cunctaque). «Il admire tous les attraits qui le font admirer; à son insu c'est luimême qu'il désire; il loue et il est loué; il convoite et il est convoité, il brûle des feux qu'il allume. >> {LL, Métamorphoses, III, 424.)
P. 357, 1. 16. Oscula diil). «Il la couvre de baisers et s'imagine qu'elle y répond; il la saisit, il l'étreint, il croit sentir sous ses doigts le frisson de la chair, et craint en la pressant d'y laisser une empreinte livide. » {Id., ibid., X, 256.) Les éditions du xvi^ siècle que j'ai pu consulter donnent « loquiturque tenetque ».
P. 358, 1. 15. L'/ despici). «De telle sorte qu'on ne peut regarder en bas sans être pris de vertige. » (Tite-Live, XLIV, vi.) Tite-Live parle ainsi des défilés de la vallée de Tempe : « Rupes utrinque ita abscisœ sunt, ut despici vix sine vertigine quadam simul oculorum animi possit. »
P. 358, 1. 17. Ce beau philosophe). Démocrite. Sur cette légende, cf. l'es.sai I, xiv, p. 7^, 1. 26, et la note; et aussi I, xxxix, p. 316, 1. 15.
P. 358, 1. 21. Theophrastus dici). Cf. Plutarque, Comment il fault ouïr : «Theophrastus escrit touchant l'ouve, que c'est celuy de tous les cinq sens de nature qui donne plus & de plus grandes passions à l'ame : car il n'y a rien qui se voit, ne qui se gouste, ne qui se touche, qui cause de si grands ravissements