‹ Les Essais de Michel de MontaigneChapitre 299 sur 449 · LIVRE II, CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XII

dijudicabit criterio, id est, judicandi instrumcnto; at hoc critérium aut verum esse dicet, aut falsum : sed si quidem falsum, ipsum fide carebit : sin autem verum esse hoc dicet, aut absque demonstratione dicet verum esse critérium, aut cum demonstratione; & si quidem absque demonstratione, fide carebit : si autem cum demonstratione, omnino oportebit ipsam quoque demonstrationem veram esse, alioqui fidem non obtinebit. Veram igitur esse dicet demonstrationem qux in criterii confirmationem adhibebitur : utrum ta à se dijudicata, an non dijudicata? nam si non dijudicaverit, fide carebit : sine dijudicaverit, nimirum criterio se dijudicasse dicet. » (I, xiv. Quatrième moyen de l'époque.)

P. 366, 1. 6. Nostre fantasic). Id., ihid. : « Deindc etiam si concedamus comprehendi fantasiam, non pcssunt tamen per eam res judicari. Non enim pcr se ipsam applicat se ad externa, et fantasias concipit, ut aiunt, sed per sensus. At vero sensus externa quidem subjecta non comprehendunt, sed solas suas passiones. Ergo etiam fantasia erit passionis sensus : quod differt ab extero subjecto. Non enim ideo est mel, eo quod dulcedinem ex eo percipiat et absinthium, ex eo quod amarorem. Sed differt. Si autem differt passio ab extero subjecto, fantasia erit non externi subjecti, sed alicujus alius diversi ab ipso. Si igitur secundum hanc judicet intellectus, prave judicabit et non secundum subjectum. Quocirca dicere externa judicari secundum fantasiam, absurdum fuerit. Sed ne hoc quidem dici potest, animum comprehendere per sensiles passiones externa subjecta, propterea quod similes sint passiones sensuum externis subjectis. Unde enim sciet intellectus an similes sint passiones sensuum iis qu;ç sensu percipiuntur, quum neque ipse cum externis quicquam commercii haereat, nec sensus suam ipsorum naturam illi déclarent, sed suas passiones? Sicut ex modis epoches ratiocinatus sum. Quemadmodum enim qui ignorât quidem Socratem, sed ejus imaginem conspexit, nescit an similis sit imago Socrati : sic et intellectus passiones quidem sensuum subaspectans, externa autem non intuens, ne hoc quidem sciet an passiones sensuum externis subjectis similes sint. Ergo ne per assimilationem quidem poterit ha;c

judicarc secundum fantasiam. Sed tamen demus per concessionem. Non solum imaginari nos posse fantasiam et comprehendere, sed etiam capacem ferendi de rébus judicii esse... consequetur, ut omni fantasiœ fidem hadendam esse, secundum quam omnes fantasias fide indignas esse dicebat, et eo retorquebitur oratio ut dicat non omnes fantasias fidem mereri, ita ut etiam secundum eas judicari res possint. At si aliquibis duntaxat fantasiis credendum esse dicamus, quomodo dijudicabit his quidem fantasiis esse fidem adhibendam, illis autem minime? Si enim absque fantasia judicaverint, fantasiam ad judicium de rébus ferendum supervacaneam esse concèdent, siquidenj sine ea posse res aliquas judicari dicent : sin cum fantasia judicare res oportebit, quomodo illam fantasiam sibi sument quam ad aliarum fantasiarum dijudicationem accipiunt? Aut rursum ipsis alia fantasia ad dijudicationem aliarum fantasiarum opus erit, & ad illius dijudicationem, alia : & in infinitum. >> (II, vn.)

P. jGG, 1. 29. Nous n'avons aucune conuiiiinication). Cf Plutarque, Que signifiait ce mot =• : « A le bien prendre nous n'avons aucune participation du vray estre, pource que toute humaine nature est tousjours au milieu, entre le naistre & le mourir, ne baillant de soy qu'une obscure apparence & umbre, & une incertaine & débile opinion, & si d'adventure vous fichez vostre pensée à vouloir prendre son estre, ce sera ne plus ne moins que qui voudroit empongner Teau, car tant plus il serrera & pressera ce qui de sa nature coule par tout, tant plus il perdra ce qu'il vouloit retenir & empoigner : ainsi estant toutes choses subjectes à passer d'un changement en un autre, la raison y cherchant une réelle subsistance se trouve deceuë, ne pouvant rien appréhender de subsistant à la vérité & permanent, parce que tout ou vient en estre & n'est pas encore du tout, ou commance à mourir avant qu'il soit né : car comme souloit dire Heraclitus, on ne peult pas entrer deux fois en une mesure rivière, ny trouver une substance mortelle deux fois en un mesme estât : car par soudaineté & légèreté de changement, tantost elle dissipe, & tantost elle ra.ssemble, elle vient, & puis s'en va, de manière que ce qui commance à naistre.

ne parvient jamais jusques à perfection d'estre, pour autant que ce naistre n'achevé jamais, ne jamais n'arreste comme estant à bout, ains depuis la semence va toujours se changeant & muant d'un en autre, comme de semence liumaine se fait premièrement dedans le ventre de la mère un fruict sans forme, puis un enfant formé, puis estant hors du ventre, un enfant de mamelle, après il devient garson, puis consequemment un jouvenceau, après un homme fait, puis un homme d'aage, à la fin décrépite viellard : de manière que l'aage & génération subséquente va tousjours défaisant & guastant la précédente, & puis nous autres sottement craignons une sorte de mort, là où nous en avons des-ja passé, & en passons tant d'autres : car non seulement, comme disoit Heraclitus, la mort du feu est génération de l'air, &: la mort de l'air, génération de l'eau : mais encore plus manifestement le pouvons nous veoir en nous mesmes, la fleur d'aage se meurt, & passe quand la viellesse survient, & la jeunesse se termine en fleur d'aage d'homme faict, l'enfance en la jeunesse, & le premier aage meurt en l'enfonce, & le jour d'hier meurt en celuy d'aujourd'huy, & le jour d'huy mourra en celuy de demain, & n'v .a rien qui demeure ne qui soit toujours un, ains renaissons plusieurs alentour d'un fantasme ou d'une umbre & moule commun a toutes figures, la matière se laissant aller, tourner & virer alentour : car qu'il ne soit ainsi si nous demeurons tousjours mesmes & uns, comment est-ce que nous esjouissons maintenant d'une chose, & puis après d'une autre? comment est-ce que nous aimons choses contraires, ou les haïssons, nous les louons ou nous les blasmons? comment usons nous d'autres et differens langages? comment avons nous différentes affections, ne retenant plus la mesme forme et figure de visage, ny le mesme sentiment en la mesme pensée? car il n'est pas vravsemblable que sans mutation nous prenions autres passions. Ce qui souffre mutation ne demeure pas un mesme, & s'il n'est pas un mesme, il n'est doncques pas aussi, ains quant, & l'estre tout un change aussi, restre simplement devenant toujours autre d'un autre, & par conséquent se trompent & mentent les .sens de nature, prenans ce qui apparoist pour ce qui est faulte de bien sçavoir

que c'est qui est. Mais qu'est ce donc qui est véritablement? ce qui est éternel, c'est à dire qui n'a jamais eu commencement de naissance, ny aura jamais fin de corruption, à qui le temps n'apporte jamais aucune mutation : car c'est chose mobile que le temps, & qui apparoist comme un umbre avec la matière coulante et fluente toujours, sans jamais demourer stable ny permanente, comme le vaisseau percé, auquel sont contenues génération & corruption, à qui appartiennent ces mots devant & après, & a esté ou sera, lesquels tout de prime tace monstrent évidemment que ce n'est point chose qui soit, car ce .seroit grande sottise, & fausseté toute apparente, de dire que cela soit qui n'est pas encore en estre, ou qui des-jà a cessé d'estre : 6c quant à ces mots de présent, instant, maintenant, par lesquels il semble que principalement nous soustenions & fondions l'intelligence du temps, la raison le descouvrant incontinent le destruict tout sur le champ, car il se fend et s'escache tout aussitost en futur et en passé comme le voulant veoir nécessairement mespaity en deux. Autant en advient-il à la nature, qui est mesurée, comme au temps qui la mesure : car il n'y a non plus en elle rien qui demeure, ne qui soit subsistant, ains y sont toutes choses ou naissantes ou mourantes, meslées avec le temps : au moien dequoy ce seroit péché de dire de ce qui est, il fut ou il sera, car ces termes là sont déclinaisons, passages & vicissitudes de ce qui ne peult durer ny demourer en estre. Parquoy il fault conclure que Dieu seul est, & est non point selon aucune mesure de temps, ains selon une éternité immuable et immobile, non mesurée par temps, ni subjecte à aucune déclinaison, devant lequel rien n'est, ny ne .sera après, ny plus nouveau ou plus récent, ains un realement estant, qui par un seul maintenant emplit le tousjours, & n'y a rien qui véritablement soit que luy seul, sans qu'on puisse dire, il a esté, ou il sera, sans commencement et sans fin. » (xii, f" 356 v".)

P. 367, 1. 10. Platon disoit). Dans le Tl)ci'tètc, passim; mais Montaigne a sans doute pris ceci dans un ouvrage de seconde main : peut-être chez Diogène Laërce, Vie de Platon : « Sensibile asserit Plato, quod aut in qualitate aut in quantitate nunqu.un persistât, sed

Page 1