LIVRE II, CHAPITRE XII
iliHkiat sempei" atque immutetur... Pono ista sunt quomm semper generatio est, nunquam vcrô substantia. » (II, x, 190.)
P. 367, 1. II. Estimant que Hoiiicre). Ct". Platon dans le Théétètc : « Sententiam siquidem aliam quandam accepimus a priscis poemate vulgus hominum celantibus, quod origo aliorum omnium Oceanus scilicet atque Thetys sit. Quodque fluxus sint omnia, nihilque consistât... Universi videlicet congruum nomen esse hoc exlstens immobile, & alia quivcumque Melissei Parmenideique adversantes his omnibus asseverant, quod omnia unum sunt, idque unum ipsum in seipso consistit, locum in quo moveatur nullum penitus habens. » (xxvii, 180; éd. de 1546, p. 152.)
P. 567, 1. lé. Psthagoras). Sextus Empiricus prête cette opinion à Protagoras {H\potyposes, I, xxxii); il est possible que Montaigne fasse ici une confusion entre ces deux philosophes.
P. 367, 1. 17. Les Stoïciens). Cf. Plutarque, Coininunes conceptions contre les stoïqiies, xli, f" 586 r'\
P. 367, 1. 20. Epichaiinus). Ici., Pourquoi la justice divine dijfère quelquefois la punition des maléfices : « Cela ressembleroit proprement aux ruses d'Epicarmus... Car celuy qui a pieça emprunté de l'argent, ne le doit pas maintenant, attendu que ce n'est luy & qu'il est devenu un autre : & celuy qui fut hier convié à soupper y vient au jourd'hui sans mander, attendu qu'il est devenu un autre. » (xv, f" 264 v°.)
P. 368, 1. 12. Mutât enim). «Le temps change la face du monde : à un état succède nécessairement un autre état; rien n'est stable, tout se transforme, et la nature est en continuelle métamorphose. » (Lucrèce, V, 826.)
P. 370, 1. 10. O la vile chose). Cf. Sénèque, Questions naturelles : « O quam contempla res est homo nisi supra humana se erexerit!» (Préface du livre I.)
Chronologie : Il y a beaucoup d'incertitude dans les hypothèses qu'on peut présenter pour dater cet essai. On peut dire cependant : i" Que certains passages sont de la dernière période. En effet : a) Il y a de grandes chances pour que ce mot « ils ont la pierre en l'àme avant de l'avoir en la vessie» (p. 211,
1. 4), ait été écrit après l'époque où Montaigne est tombé malade de la pierre, après le début de 1578 par conséquent; h) Un passage est pris aux Erreurs populaires de Laurent Joubert qui parurent seulement en 1578 (p. 164, 1. 13); j'ai montré qu'une phrase importante est inspirée directement de V Académie française de La Primaudaye, et ne peut par conséquent être antérieure à 1577, date de la publication de cet ouvrage (p. 208, 1. 22). 2° Cela ne veut pas dire que l'Apologie tout entière soit de peu antérieure à 1580. Là se ramasse tout le scepticisme de Montaigne; il y a des chances pour qu'une partie au moins de cette production soit de l'époque à laquelle Montaigne fait frapper une médaille en l'honneur de son pyrrhonisme, pour qu'elle soit contemporaine de la crise sceptique qu'il a traversée. Vers 1576, il est à présumer que de longs passages de YApolooie étaient, sinon écrits, au moins déjà mûrs dans l'esprit de Montaigne, et, à tout prendre, l'époque de leur conception est plus intéres.sante pour nous à déterminer que la date de leur composition. La médaille de Montaigne suppose certainement la lecture de Sextus Empiricus. Les emprunts à Sextus Empiricus, qui abondent dans l'Apologie, ont donc des chances de n'être pas postérieurs à 1576. 3° Il ne semble pas qu'aucune partie' puisse être antérieure à la fin de l'année 1572 et probablement même à l'année 1573. Presque partout, en effet, et spécialement dans les morceaux qu'on serait tenté de regarder comme les plus anciens, on rencontre de nombreux et incontestables emprunts à la traduction des Œuvres morales de Plutarque qu'Amyot publia à la fin de l'année 1572. 4° Au reste, un fait est capital : c'est que cette Apologie ne constitue pas un tout dont les parties soient intimement unies et si étroitement dépendantes les unes des autres que l'ensemble ait été construit en une fois; c'est plutôt un vaste cadre où Montaigne apporte successivement, à mesure qu'elles se présentent à lui, toutes ses idées sur la faiblesse de la raison
• Je dois signaler toutefois que .M. Henri MonoJ est d'un avis contr.iire. II objecte la phrase « Prenons exemple de nous : les arrêts font le point extrême du parler dogm.itiste, etc. ». Il estime que ce « nous » semble avoir été écrit alors que Montaigne était encore conseiller au Parlement de Bordeaux, c'est-.i-dire avant 1570. Je ne crois pas pour ma part qu'il soit nécessaire de l'entendre dans ce sens.
ESSAIS DE MOXTAIGXE.
humaine. Chercher une date unique serait très vraisemblablement s'égarer. Voici quelques constatations qui appuient cette présomption : a) Quoiqu'on puisse très bien trouver un ordre des idées dans Yylpologic et y mettre un plan, il ne paraît pas que l'auteur s'en soit proposé un auquel la marche de .sa pensée soit soumise et qui dirige l'exposition. En général, les parties ne dépendent pas les unes des autres, elles n'annoncent pas et ne font même pas pressentir celles qui les suivent. Elles ne supposent pas non plus l'existence de celles qui les précèdent. Nulle part il n'y a un seul mot qui résume l'ensemble, qui fasse embrasser d'un regard ni le chemin parcouru ni le chemin à parcourir. Et cela ne prouve rien pour nous, parce que Montaigne n'a jamais construit rigoureusement, mais cela nous permet au moins de poser la question, h) Le chapitre est considérablement plus long qu'aucun des autres : cette bâtisse mal jointe s'étend d'une manière tout à fait insolite. Si nous comparons YApoJogie avec les divers essais de la première édition, nous verrons qu'elle est près de cinq fois plus développée que le plus long d'entre eux (cent .soixante-dix pages dans la réimpression de MM. Dezeimeris et Barckhausen, alors que l'es.sai De la ressemblance des enfans ans pères [II, xxxvii], n'en a que trente-six; encore n'y a-t-il que fort peu d'essais dans la première édition qui approchent des dimensions de l'essai II, xxxvii, le plus long après YApologie^. Quatre-vingts essais sont plus de dix-sept fois plus courts que l'Apologie, et certains n'ont que deux ou trois pages ou moins encore, c'est-à-dire qu'ils sont cinquante, cent et cent cinquante fois plus courts. c) La manière de Montaigne est extrêmement différente de telle partie à telle autre. Tandis que de longs passages du début sont des extraits presque textuels de Plutarque, ailleurs, à la fin surtout, on rencontre de longs morceaux qui semblent être d'une allure très personnelle. C'est une impression que miss Norton a singulièrement bien mise en évidence, et que la recherche attentive des .sources à laquelle je me suis livré n'a fait que confirmer, d) C'est vers le milieu de l'essai que Montaigne adresse la parole à la princesse qui paraît lui avoir demandé de composer V Apologie. Cette place, au moins insolite pour une dédicace,
invite à .se poser la question de savoir si autrefois le chapitre ne se terminait pas là, et si le très long développement qui suit et qui entame un sujet assez différent n'est pas une addition, e) Dans cette adresse qui interrompt ainsi l'Apologie, Montaigne déclare ne s'être servi que du seul Plutarque «à f;iire son amas». Or, si certaines parties effectivement ne doivent guère qu'à Plutarque, il en est d'autres qui ont contracté des dettes importantes envers d'autres auteurs, en particulier Corneille Agrippa et Sextus Empiricus. On répondra peut-être que Montaigne a pu par vanité chercher à cacher ses sources; les arguments que je pourrais tirer de sa sincérité habituelle contre cette objection seraient peu probants, mais voici qui me paraît l'être davantage : on pouvait espérer dissimuler les dépouilles d'un auteur moderne comme Corneille Agrippa, mais il était impossible d'y .songer pour un auteur ancien comme Sextus Empiricu.s, auteur ancien que le mot de pyrrhonisme sans cesse répété par Montaigne et que des emprunts caractéristiques désignaient immédiatement à l'attention d'un lecteur instruit. Il est plus vraisemblable qu'au moment où Montaigne écrivait ne s'être servi que de Plutarque, son assertion était exacte; que plus tard il a ajouté des développements inspirés par d'autres auteurs, et que, selon sa coutume, il a omis de corriger sa première affirmation, f) Enfin on trouvera dans l'Apologie bon nombre de répétitions, d'hésitations & même de légères contradictions qui semblent bien montrer des reprises successives. C'est surtout dans le début que cela est frappant. Dans ces développements sur la raison animale comparée à la raison de l'homme qui occupent la première partie, il semble que Montaigne recommence à plusieurs fois .sa démonstration et qu'il esquisse comme plusieurs dessins. \'oici d'abord une comparaison entre l'homme et l'animal au point de vue de la raison et des avantages naturels; puis nous nous engageons dans une .série bien encliaînée d'exemples qui veulent prouver que l'animal est doué de raison ; après quoi la comparaison reprend au point de vue de toutes les vertus que nous passons en revue l'une après l'autre. Plusieurs fois Montaigne revient à démoiitrer que les animaux ont 1a parole, et chaque fois il apporte