LIVRE II, CHAPITRE XXVI
entre autfes un nommé Philocles, celuy qui meit en avant & suada au peuple d'Athènes de faire coupper aux prisonniers de guerre le poulce de la main droitte, à fin qu'ilz ne peussent plus manier la picque, mais bien ser\'ir à tirer la rame. » (v, f° 306 v°.) Mais il se pourrait fort bien encore que Montaigne eût dans l'esprit tout simplement le traitement infligé par les Athéniens aux Eginètes, traitement qu'il va rapporter après 1588.
P. 488, 1. 12. Les Athéniens). Cf. Cicéron, De officiis, m, XI ; voir aussi Valère Maxime, IX, 11, ext. 8. Le fait ayant été inséré après 1588 n'a pas dû être pris par Montaigne chez Béroald. Voir ci-dessus la note p. 487, 1. i.
P. 488, 1. 14. En Laeedemone) . Cf. Plutarque, Vie de Lycurgne) : « La punition de celuy [des enfants]
qui respondoit mal à propos estoit, que le maistre luy mordoit le poulce, & le faisoit le plus souvent en présence des vieillards & des magistrats de la ville, pour veoir s'il les punissoii avec raison & ainsi qu'il appartenoit. » (xiv, f° 35 V.)
Chronologie : Aucune allusion ne permet de dater cet essai. La place qu'il occupe invite à croire qu'il a été composé vers 1578. Comme aux environs de 1578 (les essais II, xxxiii, et II, xxxiv, en font foi), Montaigne a beaucoup étudié Suétone, les nombreux emprunts à Suétone qu'on y rencontre semblent appuyer cette hypothèse. Mais Suétone est un auteur qui paraît avoir été lu à diverses reprises entre 1570 et 1580. Il n'y a donc là aucune preuve.
Chaphre XXVII.
COVARDISE MERE DE LA CRVAVTH.
P. 489, 1. I. J'ay souvent oiiy dire). En particulier dans les Discours sur les moyens de bien gouverner, de Gentillet : « Je monstreray que la magnanimité a tousjours été conjointe avec humanité, douceur et clémence, et pusillanimité au contraire a tousjours esté accompagnée de cruauté, orgueil et vengeance. » Et encore : « Gens cruels sont volontiers couards. Ce vice de cruauté procédant de l'impuissance de ceux qui ne peuvent commander à leurs cholères et passions de vengeance, et qui se laissent vaincre et dominer par icelles ne tombe jamais en cœur valeureux et généreux, bien disposé et habitué, ains seulement en cœurs lâches, couards, peureux et mal habitués... » (III, \'iu.) Suivent des exemples nombreux parmi lesquels se trouve celui de l'empereur Maurice que Montaigne citera quelques lignes plus loin.
P. 489, 1. 5. Alexandre, iyran de Phcres). Cf. Plutarque. Fie de Pélopidas : « Et quelquefois estant en un théâtre où Ion jouit la Tragédie des Troades d'Euripides, il sortit du théâtre, & envoya neantmoins dire aux joueurs, qu'ilz ne laissassent pas de jouer tout aussi diligemment que s'il y fust demouré, & qu'il n'estoit point sorty pource qu'il .s'y fachast, ou qu'il ne trouvast pas leur jeu bon, mais pource qu'il avoit honte, que ses citoiens le veissent plorer pour ouir jouer les malheurs de Hecuba et de Andromache, veu qu'il n'avoit jamais eu pitié de pas un de tant d'hommes qu'il avoit fait tuer. » (xiv, f" 203.)
P. 489, 1. 13. Mv nisi). «Et qui ne se plaît à immoler un taureau que s'il résiste. » (Claudien, Epist. ad Hadrian., 30.)
P. 490, 1. 4. Et lupus). « Le loup, l'ours lâche et
les animaux les moins nobles s'acharnent contre les mourants.» (Ovides, Tristes, III, v, 35.) Le texte est celui des éditions contemporaines.
P. 490, 1. 6. Comme les chiens couards). Cf. Plutarque. Comment il faut oitir : « Ceulx là doncques... font ne plus ne moins que les couards & chetifs chiens, qui mordent bien les peaux des bestes sauvages, quand ils sont à la maison, & leur arrachent bien les poils, mais ils ne touchent point à elles aux champs. » (xix, f" 30 V.)
P. 490, 1. 19. Et tout ainsi comme Bias). Id., Pourqtioy la justice divine diffère quelquefois la punition des maléfices : « Quant à moy, le dire de Bias, après que je l'ay repensé plusieurs fois, me fasche, quand il dit à un certain méchant homme : Je n'ay pas peur que tu ne sois puny de ta meschanceté, mais j'ay peur que je ne le voye pas. Car... quel reconfort apporta aux Orchomeniens qui avoient perdu leurs enfans, leurs parents, & amis, par la trahison de Lyciscus, la maladie qui long temps depuis luy advint, & luy mangea tout le corps, encore que luy mesme trempant & baignant ses pieds dedans la rivière, jurast & maugreast qu'il pourrissoit pour la trahison qu'il avoit meschamment et malheureusement commise?» (11, f° 258 v".)
P. 491, 1. 15. Au Royaume de Narsingue). Cf. Goulard, Histoire du Portugal : « Celuy qui desfie un autre combat à outrance, demande place au Roy, en laquelle il puisse seurement combatre son adversaire. Si c'est quelque homme de marque, le Roy se trouve la en personne, & donne une petite chaîne d'or au vainqueur, qui la doit garder tout le temps de sa \ie, autrement il perd tout l'honneur qu'il