‹ Les Essais de Michel de MontaigneChapitre 336 sur 449 · LIVRE II, CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XXVII

avait aquis. Et est loisible à tout homme de lever les armes contre luy seul à seul, pour essayer qui emportera la chaîne, laquelle demeure au plus fort, & luy est ostee s'il se laisse vaincre puis après par un encores plus vaillant que luy. Et non seulement les gens de guerre, mais aussi les artisans vuident à coups d'espee les débats survenans entr'eux pour sçavoir qui est le plus excellent ouvrier. » (IV, xii, f° 119 r'\)

P. 491, 1. 2é. Jsiniiis Pollio). Cf. Pline, Hisloirc natiireUe. Préface à \"espasien, vers la tin. Montaigne a sans doute pris ceci dans le Coininentairc de la Cité de Dieu par Vives : « Plinius in prjefatione Historia; mundi scribit Asinium Pollionem parasse in Plancum orationes, quas post mortem ejus esset œditurus, ne respondere posset. Plancum ubi hoc rescisset, cum mortuis non nisi lar\^as luctari dixisse : quo dicto ita esse orationes illas repercussas, ut apud eruditos nihil impudentius haberetur. » (V, xxvii.)

P. 492, 1. 8. On disait à Aristote). Cf. Diogène Laërce, Vie d' Aristote : « Audierat aliquando se à quodam maledictis esse lacessitum. Tum ille, absentem, inquit, etiam verberet. » (V, xviii, 302.)

P. 492, 1. 18. De seconds). Une critique analogue se retrouvera dans les Lettres de Pasquier, X, iv.

P. 492, 1. 21. Ciini in se). « Parce que cliacun se défiait de soi-même. »

P. 493, 1. 22. Nostre Duc d'Orléans). Cf. Monstrelet, I, ix. Montaigne a mis une note manuscrite dans son exemplaire de Nicole Gilles, au passage où ce foit d'armes est rapporté. (Voir Revue d'Histoire littéraire de la France, janvier-mars 1913, p. 136, annotation 126.)

P. 493, 1. 24. Les Argiens). Cf. Hérodote, I, Lxxxii; t. I, f° 39 r°.

P. 493, 1. 25. Les Hùratieus). Cf. Tite-Live, I,

p. 493, 1. 28. Mon frère, sieur de Matecolom). 11 accompagnait Montaigne dans son voyage en Italie. Le Journal de voyage ne fait aucune mention de ce duel qui, très probablement, est postérieur au retour de Montaigne. On trouve des renseignements sur cette affaire chez Brantôme, Mémoire touchant les duels. « Plusieurs, dit-il, prétendent « qu'il est fort de

besoin d'avoir des seconds» dans un duel; «tout ainsi qu'il y a force autres qui ne veulent point de seconds, desquels arrive force inconvénients que je ne veux m'amuser exprimer, sinon un, arrivé par exemple faict à Rome, du temps du pape Grégoire dernier, entre deux autres gentilshommes françois qui estoient La Villate, le baron de Saligny, et Matecolom et Esparezat, gascon et escuyer de la grande escuyerie du roy. Il s'assignèrent le combat à quatre milles de Rome. Esparezat, auteur de la querelle, se battit contre La Villate son adversaire; Matecolom second d'Esparezat, se battit contre le baron de Salligny; et chacun s'estant mis à part assez loing de l'autre de quelque trente pas, après avoir faict leur devoir advint que Matecolom le premier tua son ennemy, et voyant que son second Esparezat estoit long à tuer le sien, encore qu'il fust fort jeune garçon (ainsi que dist Francisco tireur d'armes : Ou'erano puti, comme estoit aussi Salligny) s'en vint ayder à Esparezat, et tous deux tuèrent La Villate, je crois non pas sans grand'peine, encores que le jeune homme crioit qu'il n'y avoit raison de se mettre deux sur un. Matecolom réplicquoit : «Que » sçay-je aussi? quand tu aurois tué Esparezat tu me » viendrois à tuer si tu pouvois, et me viendrois » donner de l'affaire où je ne m'y veux mettre plus » que j'y suis et en puis sortir. » Et voylà comment alla ce combat. » (VI, p. 322.)

P. 494, 1. 28. Nous allons apprendre en Italie). C'est précisément pour apprendre l'escrime que Matecolom était resté à Rome après le départ de son frère. La Noue, dans les Discours politiques, v, parle de trois cents à quatre cents jeunes gens qui chaque année passaient les Alpes à cet effet. Dans son Journal de voyage nous voyons Montaigne très intéressé par tout ce qui concerne l'escrime : il va voir des escrimeurs à Augsbourg (p. 121); il relate des opinions de Silvio Piccolomini sur l'escrime (p. 384).

P. 495, 1. 3. Primitix. «Malheureux coups d'essai de la jeunesse ! dur apprentissage de la guerre à venir.» (Virgile, Enéide, XI, 156.) Le texte de l'édition de Venise 1539 est :

« Primitiic juvciiis miser.v, belllquc piopinqni » Dura rudimenta. »

ESSAIS DE MOKTAIGKE.

P. 495, 1. 6. Dict Tile Live). Dans les Annales : « Major usu armorum et astu facile stolidas vires minoris superavit. » (Les deux cousins germains dont parle Montaigne étaient Corbis et Orsua.) (XXVIII, xxi.)

P. 495, 1. 9. Ce n'est pas proprement vertu). La même idée se retrouve dans le Cléandre de François de la Chassaigne, seigneur de Pressac, beau-frère de Montaigne, qui loue les Lacédémoniens de n'avoir pas permis à des maîtres d'armes d'enseigner « l'art de luicter à leurs jeunes hommes, pource, disoientils, qu'il faut que ce soit une jalousie parmy eux de force et de vertu, et non d'artifice. » (Éd. de 1586, f" 213 y.)

P. 495, 1. 21. Non scbivar). «Ils ne veulent ni esquiver, ni parer, ni fuir; l'adresse n'a point de part à leur combat; leurs coups ne sont point feints, tantôt directs, tantôt obliques; la colère, la fureur leur ôtent tout usage de l'art. Ecoutez le choc horrible de ces épées qui se heurtent en plein fer; ils ne rompraient pas d'une semelle; leurs pieds restent immobiles et leurs mains sont toujours en mouvement; d'estoc ou de taille tous leurs coups portent.» (Torquato Tasso, Jérusalem délivrée, XII, lv.)

P. 496, 1. 5. Qu'une fin privée). Rapprocher ce que dit dans son Cléandre François de la Chassaigne, seigneur de Pressac : « Encore y auroit-il apparence de tenir en quelque respect ceste inclination, lorsque le public en reçoit du service, comme aux sièges des villes, et aux batailles où les princes et les peuples s'arment les uns contre les autres, mais de vouloir, tout au rebours, nuire à qui vit sous mesme police et mesmes lois et qui fait partie du mesme corps de Republique sous une fau.sse et sotte imagination d'utilité particulière, est une affection qui porte marque d'une nature extrêmement lasche et sordide. » (Éd. de 1586, f° 219 v°.) Pressac .s'élève d'ailleurs énergiquement contre l'usage des duels, et nombreux .sont les écrivains qui l'ont critiqué au xvi' siècle. Signalons, - parmi les écrits qui ont eu le plus de chances de tomber entre les mains de Montaigne, Alciat, De singulari certamine (Lyon 1543, traduction française de 1550); Messie, Diverses leçons, IV, ix; Dialogues philosophiques de Gyraldi (traduction Chapuis 1583, p. 70); Jacques Tahureau, Dialogues (éd.

de 1566, p. 81); Christophle de Clietfontaines, Chrestienne confutation du point d'honneur (Paris 1571); Arnaud Sorbin, Exhortation à la noblesse pour la dissuader et détourner des duels (Paris 1578); Louis Lecaron, Discours philosophiques ÇPtins 1579), question vi; La Noue, Discours politiques (1587), xii; etc.

P. 496, 1. 10. Puhlius Rutilius). Cf. Valère-Maxime, II, ni, 2.

P. 496, 1. 15. if/! la bataille de Pharsale). Cf. Plutarque, l'ie de César : « Les six cohortes, que Ci^sar avoit mis en aguet derrière luy, se prirent à courir droit à eulx, sans lancer de loing leurs javelots comme ilz ont accoustumé, nj' en frapper à coups de main les cuisses ny les jambes des ennemis, ains taschans à leur donner droit dedans les yeux, & à les en assener au visage, suyvant ce que Cœsar leur avoit enseigné : pource qu'il esperoit que ces jeunes gentilzhommes, qui n'avoient gueres hanté les armes ny accoustumé de se veoir blecez, & qui estoient en la fleur de leur aage & de leur beaulté, craindroient fort ces bleceures là, & n'arresteroient jamais, tant pour la crainte du danger présent d'y perdre la vie, que pour la doubte que leurs beaux visages n'en demourassent diiîbrmes à l'advenir. » (xii, f° 507 v°.)

P. 496, 1. 18. Tout ainsi que Pbilopœmen). Id., Vie de Philopéuu'u : « On lu}' feit response que la disposition de la personne & la manière de vivre que suivoient les lucteurs, & ceulx qui se preparoient aux autres telz combats, estoient en tout & par tout contraire à celle d'un bon homme de guerre, mesmement quant à son vivre & à son exercice ordinaire, pour autant que les lucteurs mettoient peine d'entretenir & augmenter soigneusement leur embonpoinct par beaucoup dormir, boire & manger continuellement, se travailler & reposer à certaines heures sans y faillir d'une minute, & estoient tousjours en danger de perdre la force & roideur de corps qu'ilz en acqueroient, s'ilz faisoient le moindre excès du monde, ou s'ilz passoient leur ordinaire d'un seul poinct : là ou il fault que gens de guerre soient faicts &: accoustumez à toute diversité & toute inégalité de vie, & mesme qu'ilz aient appris de jeunesse à supporter facilement la disette de toutes choses nécessaires à la vie de l'homme, & à endurer aiseement de passer

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