LIVRE II, CHAPITRE XXVII
les nuicts sans dormir. Ce que Philopœmen aiant entendu, non seulement il rejetta pour lors tous telz exercices & s'en moqua, mais depuis encore quand il fut chef d'armée, il s'estudia par tous moyens d'infamie & d'opprobres qu'il leur peut faire, d'en amortir & esteindre du tout la coustume, comme celle qui rendoit les corps des hommes inutiles aux travaux & aux combats nécessaires pour la défense de leur païs, qui autrement y seroient très idoines & utiles. » (i, f" 249 v°).
P. 497, 1. 3. Lacbei^ en Platon). Dans le Lâchés : « Quasi enim dedita opéra nuUus unquam in bello illustris evasit eorum qui his ludis incuhuerunt. >> (vu, p. 183; éd. de 1546, p. 292.)
P. 497, 1. 8. Platon interdict). Dans les Lois : « Luctationis autem gênera illa quœ Anteus & Cercyo in artificium inutilis contentionis gratia deduxerunt, vel Epius vel Amycus in pugili concertatione : quum nihil ad pnelium conférant, digna mentione non -sunt. » (P. 79e; éd. de 154e, p. 827.)
P. 497, 1. 13. L'Empereur Maurice). Cf. Zonaras, III, f" 828, et aussi Gentillet, Discours sur les moyens de bien gouverner, III, viii. Montaigne écrit Philippe au lieu de Philippique.
P. 497, 1. 23. Ciincta ferit). « Craignant tout il frappe tout. » (Claudien, /;; Eutropium, I, 182.)
P. 497, 1. 26. Philippus). Cf. Tite-Live, XL, m.
P. 499, 1. 18. Tout ce qui est au delà de la mort simple). Cf. la même phrase dans l'essai II, xi, p. 133, 1. 9. A Rome on en a fait un grief à Montaigne. Cf. Journal de voyage, p. 250.
P. 499, 1. 25. Josepbe recite). Dans son autobiographie, à la fin. ri£7.ç6£'; Bà j-i Tircj Kt.-x^zz sùv KîpîxAÙo y.T. y.'/J.o'.^ ".--£j7'.v t\z -/.(o^L-çi T'.vi Bïy.oav X£Yî;j.£v/;v, zpîç y.aTav;r,j(i)v v. -.i~z: è-'.tiqîî'.îç izv. yipx/.x SÉçaïGjc, (jj^ Èy.îïÔEv i-ss-îiÇtov v.ii-i 7:3À7>sjî x\yj.3.\MTSJ: àvî3Ta'jp(i);j.=v:'j; y.al TpEÏ; -'viopi-aç rxrrfii'.: ;j,ît YîVîJ.evîj;, r,Xfr,(jx rr,v ii\i'/r;'i, y.a't \).Z'x îay.pjwv Tp;c£/.9wv T!-:(.> cl-îv. "O s' £j6à; kv.ihvjsvi v.xfix'.pi^i'r.x: xjtîj; Qtpxizz'.x: l-::\[xc'KZ!j-XTr,^ Tuyîïv. Kx: z\ <^k-i ojci) tïXî'jtwt'. Oîpx- ::£-j;;j.£Vî'., h 5= ts;-::; ^'.,r^zvl. (Ed. Dindorf, parag. 75, p. 38; éd. de 1544, p. 655.)
P. 500, 1. 2. L'cmperur Mechmet). Ou Mahomet II. Cf. Chalcondyle : « Pour leur faire mieux sentir la
mort et qu'ils languissent d'avantage on les couppoit en deux moitiez par le faux du corps à l'endroit du diaphragme, d'un seul coup de cimeterre bien tranchant et affilé : artifice certes trop inhumain, de faire ainsi soutfrir à un uiesme corps le cruel sentiment de deux morts tout ensemble pour l'avoir séparé en deux parts pleines de vie; lesquelles on pouvoit veoir horriblement se démener par quelque espace de temps, avec des gestes tres-espouvantables et hideux a cause des angoisses et tourmens qui les pressoient. » (X, 11, p. 687.)
P. 500, 1. 10. D'autres historiens). Cf. Jacques de Lavardin, Histoire de Scanderberg : «Le félon enragé... après toutes espèces d'ignominie et inhumanité à l'endroit d'eux, y adjousta, pour couronner ses œuvfes, ceste nouvelle et inusitée barbarie, les faisant escorcher vifs peu à peu par quinze jours continuels : durant lesquels ils rendirent constamment à Dieu les âmes glorieuses. » (F° 446 r".)
P. 500,1. 13. Cresus aiant faict). Cf. Plutarque, De la malignité d'Hérodote : « Il feit prendre l'un des plus grands amis de son frère (Pantaléon), homme noble qui luy avoit esté adversaire, et le tirant en la boutique d'un foulon, le feit tant carder à coups de carde et de peignes de cardeur, qu'il en mourut.» (x^■III, f° 65 1 r°.) Cf. aussi Hérodote, I, xcii; t. I, f" 45 v°.
P. 500, 1. 17. George Sechel). Cf. Paul Jove, Historiarum siii temporis libri : « Georgius cum Lucatio fratre, quibus ut parceretur Vayvoda jusserat, vivus capitur... Vavvoda ad internitionem cruciferi nominis confecto pra;lio, Georgium tortoribus excruciandum tradit. Illi nudum et cathenis vinctum in equuleo constituunt, et corona candenti ex vomere conflata, ut regem mos est, coronant : venisque dissectis profluentem sanguinem potandum Lucatio pr^bent. Deinde ad viginti agrestes, qui in exercitu ordines duxerant, tridui inedia maceratos ad id crudelitatis cogunt, ut dentibus spirantis ducis artus dilacerent, atque deglutiant. lUe mira constantia neque gemitum edere, neque in miserabili mortis génère quicquam horrescere, unum tantum dcprecari, ne insontem Lucatium quem ipse renitentem ad id bellum perduxisset, his cruciatibus dignum existimarent. Postremo laniatis omnibus membris, quum diutius
ESSAIS DE MONTAIGNE
gravissimos dolores, vel immani spiritu sustinere non posset, extractis visceribus exenterant, in trusta sécant atque ahenis et verubus coctum, comedendum militibus suis apponunt. » (XIII, f" 128 r".)
Chronologie : Cet essai est de la dernière période (environ 1578). En effet, l'exemple de l'empereur Maurice doit en être l'occasion et cet exemple me semble venir de Gentillet. L'anecdote est en. effet dans les Discours sur les moyens de bien gouverner de Gentillet (III, viii), et elle figure dans le passage qui est consacré à la cruauté. Pourtant, le récit de Gentillet ne suffit pas à expliquer celui de Montaigne. Des détails prouvent avec évidence que l'auteur des Essais a connu un récit plus complet, celui de Zonaras, qui est également la source de Gentillet. Une chose néanmoins est frappante : l'exemple est emploj-é de la même manière à la fois chez Gentillet et chez Montaigne; il illustre chez l'un et chez l'autre la même idée. En marge Gentillet écrit : « Gens cruels sont volontiers couards », et il s'étend longuement sur cette proposition ; il la démontre avec force exemples de tout genre. Il déclare « que la magnanimité a tousjours esté conjointe avec humanité, douceur et clémence : et pusillanimité au contraire a tousjours esté accompagnée de cruauté, orgueil
ei vengeance ». L'anecdote de l'empereur Maurice est peu connue, et je ne l'ai trouvée nulle part citée dans les ouvrages moraux du temps. Croirons-nous que, par un hasard singulier, elle suscite à la même époque chez deux écrivains des réflexions morales tout à fait analogues? C'est possible assurément, mais c'est très peu probable. Et puisque par ailleurs nous avons prouvé que Montaigne avait connu l'œuvre de Gentillet, il v a lieu de croire à une influence. Un souvenir de Gentillet a suscité l'essai de Montaigne. A son tour, l'exemple de Maurice lui a rappelé ce qu'il avait lu de cet empereur dans son Zonaras. La lecture de Zonaras était peu ancienne : le chapitre De la liberté de conscience (II, xix), où se rencontrent des emprunts à cet auteur, en fait foi. Le souvenir était encore récent. Montaigne n'a sans doute pas ouvert à nouveau son Zonaras à la page correspondante; il a probablement cité de mémoire : c'est pour cela qu'il appelle le gendre de Maurice, Philippe, au lieu de l'appeler Philippique (Philippicus), qui est la forme véritable, celle qu'on rencontre chez Millet de Saint-Amour, le traducteur de Zonaras. Montaigne a lu Zonaras certainement vers 1578; il n'a pas pu lire Gentillet avant 1576, et il l'a très probablement lu aux environs de 1578. L'essai II, XXVII, est donc à coup sûr de la dernière période.