‹ Les Essais de Michel de MontaigneChapitre 339 sur 449 · Chapitre XXIX · texte numérisé non relu

Chapitre XXIX

DK LA VERTV.

P. 504, 1. 4. Dit quelqu'un). Séncque, dans le De prcrcidentia : « Ferte fortiter, hoc est, quod deum antecedatis. Ille extra patientiam malorum est, vos supra patientiam. » (vi, p. 300.) Voir surtout l'épître 53, p. 137, et le passage de cette épître que Montaigne traduit dans l'essai II, xii, p. 208, 1. 26.

P. 504, 1. 7. Par secousse). On trouvera le commentaire développé de cette idée dans l'essai II, i.

P. 504, 1. II. Teindre & abreuver). Sur ces expressions prises à Sénèque, cf. l'essai I, xw, p. 181, 1. 12.

P. 504, 1. 16. Hors de soy). Ces expressions sont inspirées de Sénèque; on en retrouve de tout à fait semblables à la nn de l'essai II, 11. Voir les notes.

P. 505, 1. 8. Pyrrho). Cf. Diogène Laërce, Vie de Pyrrhon : « Nihil declinans nihilque devitans, sustinebat omnia : currus si forte occurrissent, & prœrupta, & canes, & talia, nihil omnino sensibus permittens. Servatum autem... a sequentibus se necessariis... semperque eodem persévérasse vultu atque habitu, &: si quispiam illum inter dicendum desereret, ipse tamen quod cceperat perageret... aiunt illum & medicamenta putria, & sectiones, & usiiones sibi ulceri cuipiam adhibitas tanta tulisse constantia, ut supercilia ne contraxerit quidem. » (IX, lxii, lxiii, Lxvi et Lxvii, pp. 618, 619 et 621.) On sait que Montaigne trouvait la Vie de Pyrrhon par Diogène Laërce en tête de sa traduction de Sextus Empiricus.

P. 505, 1. 27. Luy, estant quelque fois). Id., ibid. : « Et cum sorori quandoque succensuisset... argueretque illum quispiam ut immemorem institut! sui, non inquit muliercula documentum erit nostra; indifFerentiiv. Rursum cùm se invadentem canem repulisset, causantique cuidam, grave, inquit, est,

& perdiflicile hominem penitus exuere. Certandum verô pro viribus, primum quidem operihus, alioqui vel ratione adversus res. » (IX, lxvi, 621.)

P. 506, 1. 13. Il se dit). On trouve cette anecdote chez Henri Estienne, Apologie pour Hérodote : « Et comme un comte attire l'autre, en récitant ce second chastrement, il m'est souvenu d'un troisième, dont aussi une femme fut cause, mais une occasion toutesfois encore différente à celle des deux autres que nous venons d'ouïr : lequel (pour estre fort estrange) je ne mettrois par escrit, si je ne le tenois d'un homme de bien, et nommeement qui est ennemi mortel des mensonges. Le comte est tel : Le bastard de la maison de Campois près de Rommorantin, après avoir sollicité une damoiselle l'espace de deux ans, et l'avoir en la fin gangnée, estant avenu qu'à l'heure qu'elle s'estoit présentée et abandonnée à luy, il ne s'estoit trouvé dispos à sa vilenie, se retira en son logis à Chabris, si despité contre soy-mesme, qu'ayant pris un rasoir chez un barbier, il s'en coupa la partie l'indisposition de laquelle l'avoit frustré de son espérance, et du fruict d'une si longue attente. Et l'ayant coupée, l'enferma en un buffet. Ce que j'enten estre avenu depuis environ vingt-cinq ans. » (XV, xxix.)

P. 506, 1. 18. Non viriliter). « Chose indigne d'un homme, son membre n'avait dressé qu'une tête sénile. » (Tibulle, De inertia inguinis. Voir les Priapea, LXXXII, 4.) Montaigne a pris ceci dans un recueil intitulé : Diversorum poetarum in Priapum lusus (LXXXIII, iv), ou dans son édition de Tibulle. Je ne trouve nulle part la leçon extuJerat : partout on lit extulit.

P. 507, 1. 6. Des femmes Indiennes). Ce tait est

ESSAIS DE MONTAIGNE

rapporté chez beaucoup d'auteurs anciens, en particulier Cicéron, Tusciilanes, V, xxvii; Elien, Histoires variées, VII, xviii, et on le retrouve chez tous les voyageurs et cosmographes du xvi' siècle qui ont parlé des Indes Orientales.

P. 507, 1. 12. Ubi mortifère). « Dès que la torche est enfin jetée sur le bûcher funèbre, la foule pieuse des épouses, les cheveux épars, commence le combat de la mort, luttant à qui, vivante, suivra l'époux, car c'est une honte de lui survivre. Celles qui sortent victorieuses de la lutte se précipitent dans les flammes et \ attendent la mort, leurs lèvres ardentes collées sur leurs époux. » (Properce, III, xiii, 17.)

P. 507, 1. 18. Un homme escrit). Je n'ai pas rencontré la source de ce récit de Montaigne, mais on trouvera des détails analogues dans Balbi, Viaggio, et dans l'Histoire de la Chine, de Gonçalès de Mendoza, pp. 293 et 315. D'après les Voyages de Ramusio, des coutumes semblables se retrouvent dans nombre de pa3's orientaux : «Narsinga, Decam, Camhoia, Goa, Battecala, Coromandel, Java, Tarnassari, Sumatra. » Nulle part cependant chez Ramusio on ne retrouve identiquement les mêmes rites que dans la narration de Montaigne.

P. 509, 1. i. CaJanus). Cf. Plutarque, Vie d'Alexandre : « Et là mesme Calanus ayant esté un peu de temps indisposé de flux de ventre, requit qu'on luy dressast un buscher tel que Ion fait pour brasier le corps d'un trespassé, là où il alla à cheval, & après avoir fait sa prière aux dieux, espandit sur soy mesme les eff"usions que Ion a accoustumé de respandre aux funérailles des trespassez, & ayant couppé un touffeau de ses cheveux, avant que monter dessus le bûcher, il prit congé de tous les Macédoniens, qui estoient là presens, en leur touchant en la main, les priant de faire ce jour là bonne chère & banqueter avec le Roy, lequel il rcvcrroit bien tost après dedans la ville de Babylone. Aiant dit ces paroles il se coucha de son long sur le bûcher, & se couvrant le visage, ne se remua onques, quand le feu s'approcha & l'alla saisir, ains se maintenant tousjours en la mesme disposition qu'il s'estoit couché, sans remuer ne pied ne main, se sacrifia luymesme, selon que le portoit la coustume des sages du païs. » (xxi, f" 489 v°.)

Cicéron rappelle la mon de Calanus dans les Tusciilanes, II, XXII, et la patience des gymnosophistes dans les mêmes Tusciilanes, V, xxvii. Dans ce que dit Montaigne sur ces sages, il semble qu'il y ait un souvenir de Strabon, mais il convient de remarquer que chez beaucoup de compilateurs et de moralistes du xvi' siècle, sur le sujet de la patience ou de la constance, il est parlé des gymnosophistes.

P. 510, 1. 3. Z.r sire de JoinviUe). Dans la Vie de saint Louis : « Hz ne sont jamais armez, quand ils vont combattre : pource qu'ilz disent et cro3'ent que nul ne peut mourir qu'un certain jour, qui luy est ordonné : & à ceste cause, ilz ont une façon entr'eulx, que quand ilz veulent maudire leurs enfans, ilz leur disent en ceste manière : tu soys mauldict, comme celuv qui s'arme de paour de mort. » (xxx, fo78r°.)

P. 510, 1. 14. Ces deux religieux de Florence). Cf. Commines, VIII, xix, et surtout Gentillet, Discours sur les moyens de bien gouverner, II, ix. Le récit de Gentillet suffit à expliquer celui de Montaigne, et comme dans les essais de 1580 Montaigne fait plusieurs emprunts à Gentillet, tandis qu'il semble ne rien devoir à Commines, il est probable que c'est Gentillet qui lui a fourni cette anecdote.

P. 510, 1. 21. Un jeune seignur Turc). Cf. Chalcondyle. Histoire de la décadence de l'Empire grec... : « Comme les deux armées fussent ainsi rengées d'une part et d'autre, n'attendans sinon de commencer l'escarmouche, un Houssait de la cornette de Huniade la lance au poing se jetta hors des rengs, demandant un coup de lance de gayetté de cœur (un jeune Turc se présente et reste victorieux)... Amurat fort content du devoir qu'il avoit veu en ce jeune homme, le fit venir en sa présence, & luy dit telles paroles. O mon enfant ! Quel beau commencement as-tu monstre icy de ce que l'on peut espérer cy après de ta vaillance? veu qu'on sçait assez que c'est la première guerre où tu te trouvas onques, & les primices de ta militie? Neantmoins tu t'es porté en ce coup d'essay contre ton ennemy, tout ainsi que si tu eusses desja atteint le plus haut degré de ce mestier. A cela le jeune homme respondit d'une naïveté fort grande : Certe.s, seigneur, pour

Page 1