‹ Les Essais de Michel de MontaigneChapitre 341 sur 449 · Chapitre XXX · texte numérisé non relu

Chapitre XXX

D VN ENFANT MONSTRVEVX.

P. 514, TITRE. Cet essai, comme une bonne partie de l'essai I, xxi, se rattache à la littérature des cas merveilleux qui été très féconde au xvi^ siècle. Je n'ai retrouvé aucune indication sur le monstre que Montaigne décrit ici, mais on en trouvera d'autres de même genre mentionnés par les contemporains. En particulier on peut voir dans les Histoires prodigieuses de Bouaj'stuau : vi, Histoire notable de deux filles engendrées, de nostre temps, qui estaient collées ensemble par les testes; xxxv, Prodige de deux filles jumelles jointes et collées ensemble par les parties postérieures.

P. 515, 1. 9. Ce double corps). Rhodigin, Bouaystuau, Tesserand, Belleforest, etc., à peu près tous les écrivains du temps qui s'intéressent aux monstres, s'ingénient à voir en eux des marques de la colère de Dieu ou des signes sensibles de sa volonté. Rares sont ceux qui, comme Cardan, apportent quelque prudence dans ces interprétations. Montaigne se sépare ici nettement de Bouaj-stuau et de Marcouville.

P. 515, 1. 14. Ul qiium fada). «Afin que, après l'événement, on leur donne quelque interprétation qui en fasse des présages. » (Cf. Cicéron, De divinalione, II, XXXI.) Chez Cicéron la phrase est à l'indicatif; Montaigne la fait précéder de «ut» afin de la rattacher intimement à la phrase française.

P. 515, 1. 15. On dict d'Epimenides). Cf. Aristote, Rhétorique, III, xii.

P. 515, 1. 20. Ce que nous apelons). On peut comparer un passage de Cicéron (De divinatione, II, xxviii) et un passage de saint Augustin (^Cité de Dieu, XXI, viii), que Montaigne a lus certainement après 1588. Rapprocher ce que Montaigne a déjà dit à ce sujet, essai I, xxvii, p. 234; essai II, xii, p. 260; etc.

P. 515, 1. 26. Quod crebro videt). «Ce qu'il voit fréquemment, ne l'étonné pas lors même qu'il en ignore la cause. Mais s'il se produit quelque chose qu'il n'a jamais vu, il en fait un prodige. » (Cicéron, De divinatione, II, xx\'ii.)

Chronologie : Montaigne déclare qu'il a vu «avant-hier» un enfant monstrueux que deux hommes et une femme promenoient pour tirer quelques liards de la commisération publique. Il est possible que l'autorité ait accordé une permission pour qu'on pût promener cet enfant sans être inquiété; si nous en pouvions retrouver la trace, nous daterions cet essai; mais les archives ne semblent rien révéler à ce sujet. (Cf. ci-dessus, II, xxix, chronologie.) En conséquence, nous n'avons aucune indication pour dater cet essai.

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