LIVRE III, CHAPITRE I
garder sa foi aux ennemis de la foi. La question est discutée autour de Montaigne chez Gentillet, Discours sur les tiloyens de bien gouverner, et surtout avec beaucoup d'ampleur dans la République de Bodin, V, vi.
P. 17, 1. 8. Quasi vero). «Comme si la violence pouvait rien sur un homme de cœur. » (Cicéron, De officiis, III, xxx.)
P. 17, 1. 12. J'ay autrefois). Cf. l'essai II, xxxvi, à la fin. Montaigne répète ici quelques-unes des idées qu'il a déjà exprimées dans cet essai, idées qu'il devait à Plutarque, De l'esprit fauiilier de Socrale.
P. 18, 1. 6. L'un dict aux Mauunertins). Cf. Plutarque, Vie de Pompée : « Les Mamertins voulurent décliner son tribunal & sa jurisdiction, alleguans qu'ilz en avoient privilèges exprès & anciene ordonnance du peuple Romain, & il leur respondit en choiera : Nous alléguerez vous meshuy les loix, à nous qui avons les espees au costé ? » (m, f° 436 v°.)
P. 18, 1. 7. L'autre, au Tribun du peuple). Li., Vie de César : « Comme l'un des Tribuns du peuple, Metellus, le voulust empescher de prendre de l'argent es coifres du trésor & espargne publique, & luy alleguast quelques loix qui le defendoient, il luy respondit. Que le temps des armes & le temps des loix estoient deux. » (xi, f° 504 v°.)
P. 18, 1. 9. Le tiers, que le bruit). Id., Vie de Marins : « On compte que quelquefois comme il eust donné droit de bourgeoisie Romaine à mille hommes Camerins tout à un coup, pour ce qu'ilz s'estoient fort bien & vaillamment portez en une guerre, il y eut quelques uns qui l'en accusèrent, disans que c'estoit chose faitte contre toutes les loix. Il leur respondit, que pour le bruit des armes il n'avoit pas peu ouir les loix. » (x, f° 295 v".)
P. 18, 1. II. De ses ennemis). Des Lacédémoniens. Cf. Plutarque, Les dits notables des Lacédémoniens (f° 216 v° et f° 226 v°.)
P. 18, 1. 15. Quelque chose illicite). Souvenir de Sénèque qui dit de Fabricius dans les Épîtres : « Admirati sumus ingentem virum, quem non régis, non contra regem promissa flexissent, boni exempli tenacem, quod difficillimum est, in bello innocentem, qui aliquod esse crederet etiam in iiostes nefas. » (Ép. 120.)
P. 18, 1. 16. Manente nicmoria). «Le souvenir du droit privé subsistant même au milieu des dissensions publiques. » (Tite-Live, XX\', xviii.)
P. 18, 1. 18. & nulla potentia). «Nulle puissance ne peut autoriser l'infraction des droits de l'amitié. » (Ovide, De Ponto, I, vu, 37.)
P. 18, 1. 21. Non enim patria). «Car les devoirs envers la patrie n'étouffent pas les autres devoirs, et à elle-même il lui importe que les citoj^ens se conduisent bien envers leurs parents. » (Cicéron, De officiis, III, xxiii.) Le texte de Cicéron dont Montaigne change sensiblement la portée est le suivant : « Non igitur patria prœstat omnibus officiis. Imo vero : sed ipsi patriœ conducit pios habere cives in parentes. » (IV, p. 388.)
P. 19, 1. 7. De celle autre ame). De Jules César auquel Lucain prête les vers suivants.
P. 19, 1. 8. Dum tela micant). «Tant que l'épée brillera à vos yeux, chassez toute pitié de vos cœurs; que la vue même de vos pères dans le camp opposé ne vous arrête pas, frappez du fer ces têtes vénérables. » (Lucain, VII, 320.)
P. 19, 1. 15. Un soldat de Ponipcius). Cf. Tacite, Histoires : « Prcelio, quo apud Janiculum adversùm Cinnam pugnatum est, Pompeianus miles fratrem suum, dein, cognito facinore, seipsum interfecit. » (III, Li, 445.) Les moralistes contemporains rappellent volontiers les aventures des guerres civiles de Rome pour les comparer aux cruautés des guerres civiles du xvi" siècle. La Noue, par exemple, raconte qu'un gentilhomme lui a rapporté qu'à Frezin, « il y eut un soldat walon qui s'estant trouvé dedans fut fait prisonnier, et comme le supérieur eust commandé qu'on tuast tout, le propre frère dudit soldat qui estoit au camp espagnol s'avança, et monstrant une contenance cruelle dit, Il ne faut point que ce meschant traistre à son roy meure d'autres mains que les miennes : et son ire ne fut point assouvie, qu'après luy avoir passé l'espée dans les entrailles, encore que pitoyablement il se prosternast devant luy... On lit qu'aux guerres civiles de Sylla un soldat romain ayant tué en un cofribat son ennemy, en le despouillant recognut que c'estoit son frère qui tenoit le parti contraire. Ce que voyant il
ESSAIS DE MONTAIGNE
fut saisi de telle douleur, et eut si grand despit contre son ignorance infortunée, que luy-mesme se transperça de son espée et tomba sur le corps de l'autre. Et combien que le siècle d'alors fust fort corrompu, toutes-fois plusieurs louèrent la furieuse piété de ce pauvre payen, mais l'acte de nostre chrestien moderne, que j'ay recité, si dissemblable de l'autre, et qui devroit estre mis en oubly, n'eut par aventure pas moins d'approbateurs». {Discours politiques, XIX.)
P. 19, 1. 18. Un soldat, pour avoir lue sou frère). Tacite, Histoires : « Celeberrimos auctores habeo, tantam victoribus adversus fas nefdsque irreverentiam fuisse, ut gregarius eques, occisum à se proxima acie fratrem professus, pn-emium à ducibus petierit. »