‹ Les Essais de Michel de MontaigneChapitre 378 sur 449 · LIVRE III, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE V

soit point Damoiselle. Ces Damoiselles ont aussi autant de rufiens qu'il leur plait pourveu que ce soyent Naires, c'est-à-dire Gentils-hommes. Les uns ne sont point jaloux des autres... Si un Naire paillarde avec une roturière, ses compagnons le hachent en pièces. Les femmes nobles aussi qui ont affaire avec autres que Naires, sont traittées de mesme. Si quelque roturier les touche, ils estiment que cela souille leur noblesse : & ne trouvent meilleur expédient de venger cette grande injure, que de tuer ces misérables qui se sont approchez un peu trop près d'eux. Voilà pourquo)' quand ceux qui ne sont pas nobles marchent çà ou là, ils sont contraints de crier à haute voix, comme pour dire qu'ils sont en chemin. Quand les Naires entendent à ces cris que les autres s'approchent, ils leur commandent de se tirer à quartier, & par ce moyen les ignobles évitent la mort, & les nobles l'ignominie perpétuelle. En ce lieu la noblesse ne s'obscurcit pour méchanceté que le noble commette, & ne faut pas qu'un roturier pense jamais estre autre, fut-il le plus sage & vertueux de tous les hommes du monde : il faut nécessairement que chacun demeure en la condition en laquelle ont esté ses prédécesseurs. Les mestiers sont tellement distinguez, que ceux de l'un ne peuvent marier leurs filles à ceux de l'autre. Comme par exemple les fils d'un cousturier ne peuvent espouser les filles d'un cordonnier, n'y apprendre autre mestier que celuy de leur père : & font de mesme es autres mestiers par une coustume obser\'ée entre eux de tout temps.» (II, III, f" 34 r".)

P. 83, 1. 22. Optato quam). « Celle qui au flambeau de l'hymen a été unie à celui qu'elle aimait. « (Catulle, Lxiv, 79.)

P. 84, 1. 10. Sacrâtes, eiiqitis). Cf. Diogène Laërce, Vie de Socrate : « Interrogatus utrum melius esset, uxorem ducere, necne : utrumvis horum, inquit, egeris, pœnitentia duceris. » (II, xxxiii, 116.)

P. 84, 1. 13. Homo hoinini). « L'homme est à l'homme ou un dieu, ou un loup. » La première sentence, Homo homini deus, est du poète comique Cecilius, qui avait dit au rapport de Symmaque, Ep. X, 104 : « Homo homini deus, si suum oflîcium sciât. » L'autre proverbe, Homo homini lupus, se trouve dans

Plaute, Asinaria, acte II, scène iv, vers 88 : « Lupus est homo homini, non homo quum, qualis sit non novit. »

P. 84, 1. 19. Et mihi dttlce). «A moi aussi il m'est plus agréable de vivre sans cette chaîne au cou. » (Pseudo-Gallus, I, lxi.) Le texte porte Sed mihi au lieu de Et mihi.

P. 85, 1. 28. Fatum est). «Il y a une fatalité attachée à ces parties que cachent nos vêtements : car, si les astres ne te protègent, il ne te ser\-ira de rien d'avoir les plus belles apparences de virilité. » (Juvénal, IX, 32.) Toutes les éditions que j'ai consultées portent cessant (à l'indicatif).

P. 86, 1. 8. Jiippiter aveq sa famé). Cf. l'essai I, XXX, p. 260, 1. 8, et la note.

P. 86, 1. 14. Isocrates disoit). Ce mot est rapporté chez Elien, Histoires diverses, XII, lu; éd. grecquelatine de 1556, p. 489; Breslay, Anthologie, I, xxxix; etc.

P. 87, 1. 4. Lyciirous). Cf. l'essai II, xv, p. 382, 1. 4.

P. 87, 1. 5. Les femmes n'ont pas tort). On peut voir sur cette idée un morceau intéressant de Gelli, Circé, dialogue V (spécialement p. 151 de la traduction de Denys Sauvage, 1550). Il n'est pas impossible que Montaigne s'en soit souvenu.

P. 87, 1. 15. Venus huic erat). «Il connaissait et l'un et l'autre amour. » (^Ovide, Metamorplwscs, III, 323.) Il s'agit de Tirésias dont la métamorphose est contée par Ovide.

P. 87, 1. 18. Luy despiicela). Proculus, qui s'en glorifie lui-même dans une lettre à Metianus, en ces termes : « Centum ex Sarmatia virgines cepi. Ex his una nocte decem inivi. Omnes tamen, quod in me erat, mulieres intra dies quindecim reddidi. » Cf. Flavius Vopiscus, Vie de Proculus. Ce fait ainsi que ceux qui suivent se retrouve dans plusieurs écrits du XVI' siècle, cf. par exemple Crinitus, De hoiusta disciplina, VIII, vu; du Verdier, Suite des Diverses leçons, V, xxxiv, dans un chapitre intitulé : « De ceulx qui ont esté les plus fœconds à engendrer enfans, et de la lubricité desmesurée de l'empereur Procul qui engrossa cent vierges de Sarmatie en quinze jours »; etc.

ESSAIS DE MONTAIGNE

P. 87, 1. 22. Adhiic nrdeiis). « Brûlante encore de volupté, elle se retire épuisée, mais non pas assouvie.» (Juvénal, Satires, vi, 128.) Ces vers sont cités exactement dans le passage de Nicolas Bohier auquel Montaigne semble emprunter le fait suivant.

P. 87, 1. 24. Sur le différent advenu). Cf. Nicolas Bohier, Decisiones Burdegalenses : « Hieronymus Paulus... retulit illum vidisse tempore suo honiinem quemdam fuisse Cathaloni;e, tantum in re venerea potentem, quod qualibet die uxorem suam X vicibus cognoscebat, qu£e reginam Aragonias sécréta conquesta fuit, vocatoque viro confessus est ita rem se habere. Quare mandavit ei sub pœna capitis ne amplius quam sexies in die uxorem suam cognosceret, ne (ut ait) mortis periculum mulier incurreret. Unde de potentia viri non tantum mirari oportet, quantum de querela uxoris. Licet enim minus audeant feminaa quam mares... tamen in turpibus obscenisque atque venereis actibus sunt audaciuscuLx... » (Quxst. 316, •n. 9; éd. de Lj'on 1567, p. 632; de L5'on 1579, p. 563.) Il faut ajouter toutefois que ce récit avait été déjà vulgarisé par des compilateurs dans des listes d'exemples tout à fait analogues à celle que Montaigne présente ici, ainsi par du Verdier dans sa Suite aux Diverses leçons de Pierre de Messie, V, xxxiii, et après lui par Bouchet dans la troisième de ses Scrées (éd. de 1585, f" 57 r°), dans la neuvième des Matinées de Nicolas de Cholières (1585). Il est probable que Montaigne ne .se rencontre pas ici fortuitement avec du Verdier, mais que c'est du Verdier qui lui suggère cet exemple. Cette hypothèse est d'autant plus vraisemblable que, près de l'arrêt de la reine d'Aragon nous retrouvons à la fois chez du Verdier et chez Montaigne un même exemple pris à l'histoire de l'empereur Procule, et que, d'autre part, le livre de Nicolas Bohier ne semble fournir aucun autre fait :iu\ Essais. Toutefois Montaigne a dû connaître aussi le passage correspondant de Nicolas Bohier : en effet, l'idée dont il accompagne son exemple ressemble beaucoup plus à celle qu'on rencontre chez Bohier qu'à celle de du Verdier, et de plus il insère ici une citation de Juvénal qui est en toutes lettres chez Bohier et qui n'est que vaguement indiquée chez du Verdier. Du Verdier, en marge.

donne la référence à Nicolas Bohier. Il n'est pas improbable qu'en lisant la Leçon de du \'erdier, Montaigne se soit, grâce à cette indication marginale, reporté au livre de Bohier et qu'il ait ainsi complété l'allégation. Bohier avait été Président du Parlement de Bordeaux et il était mort dans cette charge peu avant que Montaigne fût conseiller au même Parlement, en 1553. Le récit du même fait qu'on trouve chez Brantôme ( t. IX, p. 556 de l'édition Lalanne) présente quelques divergences.

P. 88, 1. 15. Solon). Cf. Plutarque, De l'amour : « Et juge Ion aussi que Solon a esté législateur bien entendu en ce qui concerne le mariage, ordonnant que le mar}- aille veoir sa femme pour le moins trois fois le mois, non pour la volupté seullement : mais ainsi comme les villes renouvellent par intervalles de temps les alliances qu'elles ont les unes avec les autres, aussi vouloit il que Ion renouvellast l'alliance des nopces, en manière de dire, par les propos que l'on s'entretient en telle caresse & Visitation. » (xxiii, f° 612 r°.)

P. 88, 1. 19. A laquelle nous voulons). Pour cette idée on peut voir Castiglione, Il Corlegiano, III, xxxviii.

P. 89, 1. 10. Sit tandem pudor). « Aie enfin de la pudeur ou allons en justice : j'ai acheté fort cher ton membre viril, il n'est plus à toi, Bassus : tu me l'as vendu. » (Martial, XII, xcix, vers 10, 7 et 11.)

P. 89, I. 13. Le philosophe Polenwn). Cf. Diogène Laërce, Vie de Polcnion : « Fugisseque judicium Polemonem ab uxore nequitiœ insimulatum, quôd adolescentibus congrederetur. » (IV, xvii, 255.)

P. 89, 1. 18. Clodia Lœta). Montaigne aurait dû dire : «par Caracalla». Voir la Vie de Caracalla, par Dion Cassius, ou l'abrégé de la même vie, par Xiphilin. Clodia Lieta fut enterrée vive.

P. 89, 1. 24. Boleslaus & Kinge). Cf. Herburt Fulstin, Histoire des rois de Pologne : « Or Boleslaus, prince de Poloigne espousa Kinge ou Cunégonde... Et combien qu'il fût bien heureux d'avoir telle femme, toutesfois il ne la toucha point les premières nuicts des nopces : dont ils ferent cnsemblement vœu de perpétuelle continance qu'ils gardèrent tousjours : dequoy Boleslaus fut sunioninié le Chaste. » (F°7or°.)

Page 1