‹ Les Essais de Michel de MontaigneChapitre 382 sur 449 · LIVRE III, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE V

P. 112, I. 9. Ils n'y aporicnt point). Rapprocher ces idées des théories de h Pléiade qui a semblé croire d'abord que l'essentiel était de multiplier les mots. Ce passage de Montaigne écrit probablement vers 1586 fait peut-être allusion aux oeuvres de Du Bartas et de Du Monin, récemment publiées, où les néologismes déconcertants sont répandus avec tant de profusion. Dans les défauts des écrivains de son siècle Montaigne voit la condamnation des théories de 1550 et réagit contre l'abus qu'on en a fait.

P. 112, 1. 22. Du jaif^on de nos chasses). On peut voir dans Marty-Laveaux, La langue de la Pléiade, combien les écrivains de l'école de Ronsard avaient fait d'emprunts aux vocabulaires spéciaux de la vénerie, de la fauconnerie et de la guerre. Pour une étude semblable sur la langue de Rabelais voir J. Plattard, « Le vocabulaire de la Fauconnerie dans Rabelais» {Revue des Etudes Rabelaisiennes, 1912). Dans la préface des Hypomncses et dans la Precelknce dit langage françois (édition Huguet, p. 117 et sqq.), Henri Estienne nous dit avec force détails tout le prix qu'il attache à ces éléments du langage. Voir aussi E. Pasquier, Lettres, II, xii. En 1564, le dictionnaire français-latin de Robert Estienne a reparu avec une intéressante addition : Dictionnaire francoislatin, Auquel les mots français, avec les manières duser diceulx sont tourne:^ en latin, corrige et augmente par Jehan Thierry. Plus y a à la fn un traicte d'aulcuns mots... de la vénerie pris... de la Philologie de M. Budé. Aussi y a Aucuns mots et manières de parler appartcnans à la fauconnerie ou volerie... (Paris, J. Macé, 1564, in-f°.)

P. 113, 1. 10. Léon Hébreu). Léon Hébreo, ou de Juda, Leone a Barbanel, est un rabbin portugais qui vivait sous Ferdinand le Catholique, et qui a composé des dialogues d'amour dans le goût platonicien. Montaigne possédait un exemplaire italien de ces dialogues (édition de Venise 1549) et sur cet exemplaire il a écrit : « Mentre puoi. » La première édition de ces dialogues parut à Rome en 1535. Deux traductions françaises en furent données : l'une, attribuée à Ponthus de Thyard, parut à L5'on en 1 5 5 1 ; l'autre, de Denys Sauvage, fut également publiée à Lyon en 1551. Ses réimpressions (Lj-on, 1559; Paris, 1577;

etc.), attestent la ftveur dont l'ouvrage d'Hebreo a joui dans notre pays.

P. 113, 1. 10. Fînwj. Ficin(i433-i499), philosophe platonicien, président de l'Académie platonicienne de Florence, a traduit et commenté les œuvres de Platon et de Plotin. C'est dans la traduction de Marsile Ficin que Montaigne étudiait Platon. Il fait ici sans doute allusion surtout au Commentaire du Banquet où il est traité de questions d'amour et qui était alors tort célèbre. Ce commentaire avait été traduit en français par Simon Sylvius, dit J. De la Haye (Poitiers, 1546), puis de nouveau par Guy le Lèvre de la Boderie (Paris, 1578).

P. 113, 1. 16. Benibo). Le cardinal Pierre Bembo (1470-1547), auteur de nombreux ouvrages célèbres. Montaigne foit allusion ici à des dialogues d'amour (G/î Asolani) qui parurent au début du xvi'^ siècle (1505), et dont là traduction de J. Martin (Paris, 1545), fut plusieurs fois réimprimée (Paris, 1547; Lyon, 1552; Paris, 1553; Paris, 1572; etc.). Dans le Journal de voyage, p. 165, Montaigne remarque à Padoue une statue de Bembo.

P. 113, 1. 16. Equicola). Parmi les ouvrages d'Equicola (1460-1539), Montaigne fait allusion au traité intitulé : Délia natnra d'amore, le plus célèbre de tous. Il venait seulement d'être traduit en français en 1584, par Gabriel Chapuis; mais l'ouvrage paru en 1525 était depuis longtemps fameux.

P. 113, 1. 20. Le tour de ce peintre). Cf. Plutarque, Comment on pourra discerner le Jlatteur d'avec l'amy : « Il tait ne plus ne moins qu'un mauvais peintre, qui avoir fort mal peint des coqs, car il commandoit à son valet de chasser bien loing de .sa peinture les coqs naturelles. « (xxii, î° 49 v".)

P. 113, 1. 24. Aniinonides). La forme véritable est Antigenides ou mieux Antigenidas. Cf. Plutarque, Vie de Démdtrius, i, qui dit Antigenidas, ainsi que Aulu-Gelle, XV, xvii; Valère Maxime, III, vu, ext. 2. Cf. aussi Paradin, Suite de l'histoire de notre temps (dans la préface). Comme Montaigne a lu l'ouvrage de Paradin après 1588, il est probable que c'est chez Paradin qu'il a pris ce fait.

P. 113, 1. 27. De Plutarque). Dans l'édition de 1588 le nombre des emprunts à Plutarque n'est, en

ESSAIS DE MO\TAIG\E

effet, guère moins considérable que dans l'édition de 1580 (environ cent soixante-neuf, plus de deux cents en 1580). C'est seulement après 1588 que Montaigne cessera semble-t-il d'étudier attentivement PI marque.

P. 114, 1. 4. Cuisse ou aisle). Rapprocher Bouaystuau, préface du Théâtre du inonde : « Je n'ay pardonné à autheur quelconque... duquel je n'aye tiré cuisse ou aesle. »

P. 114, 1. 27. Aucuns puent un peu a l'estratiger). Sur l'impersonnalité des premiers essais, cf. mon ouvrage sur Les Sources et l'Évolution des Essais, t. II, 3= partie, liv. I.

P. 115, 1. 4. Celle des singes). Cf. Diodore de Sicile: « Il 5' a plusieurs espèces de singes plus grands aussi qu'ilz ne sont ailleurs, & les prent on par un artifice que eulx mesmes ont enseigné aux hommes : car autrement de les prendre à force il seroit trop malaisé, pource qu'ilz sont robustes de corps, fins & malicieux : mais pource que c'est une beste, qui de sa nature contrefait tout ce qu'elle veoit faire, les chasseurs qui les prennent, aucunefois oignent les paupières de leurs yeux avec du miel à la veue de ces singes : les autres se chaussent des souliers : les autres se mirent dedans des mirouers qu'ilz approchent de leurs testes : & puis laissent les souliers qu'ilz ont chaussez, et y attachent des liens : & au lieu de miel y laissent de la glus : &; à ces mirouers attachent des lacs courans : tellement que quand ces bestes cuydent contrefaire ce qu'elles ont veu faire, elles se treuvent empestrees, les unes ayans les paupières engluées, les. autres les piedz liez, & les autres tout le corps enferré. » (XVII, xx, f° 293 r°.) Cf. aussi Elien, Histoire des animaux, XVII, xxv, et Strabon, XV.

P. 115, 1. 17. Sacrales jurait). Montaigne s'en assure par les dialogues de Platon qu'il lisait après 158S. Marsile Ficin traduit « per canem ».

P. 115, 1. 17. Zenon). Cf. Diogènc Lacrce, Fie de Zenon : «Per Capparim... jurabat.» (\''II, xxxii, 428.)

P. 115, 1. 18. Pythagoras). Id., Fie de Pytbagorc : « Non per aërem quem spiro, non per aquam quam bibo, non admittam liujus sermonis vituperationes. » (VIII, VI, 526.)

P. 117, 1. 5. Pour Socrates). Cf. Platon, Banquet, discours de Socrate, en particulier p. 206 et suivantes.

P. 117, 1. II. La suprême volupté). Cf. l'essai II, XX, p. 464, 1. 15.

P. 117, 1. 12. Ce que dict Platon). Dans les Lois : « Hominem vero... dei ludo esse fictum. » (VII, p. 803; éd. de 1546, p. 830.)

P. 117, 1. 14. Ouœnani ista). «Cruelle manière de se jouer. » (Claudien, In Eutropium, I, xxiv.)

P. 117, 1. 21. Les pieds du paon). Rapprocher Duplessis-Mornay, De la vérité de la religion chrétienne : « Le paon, dit-on, se mire en ses plumes et fait la roue; mais quand il a bien estendu ses ailes, il demeure court; et quand il vient à regarder ses pieds, resserre son pennage de honte. » (xvi.)

P. 117, 1. 22. Ridentem). «Qu'est-ce qui empêche de dire la vérité en riant?» (Horace, Satires, I, i, 24.)

P. 118, 1. II. Alexandre disait). Cf. Plutarque, Comment on pourra discerner le flatteur d'avec l'amy : « Le roy Alexandre souloit dire, que deux choses principalement le destournoient d'adjouster foy à ceulx qui le saluoient & l'appelloient Dieu : L'une estoit le dormir, &; l'autre le jouïr d'une femme, comme se sentant plus imparfait, & plus défectueux en ces deux points là qu'en nuls autres.» (xxiii, f° 50 r°.)

P. 119, 1. 3. De quai parle Pline). Dans l'Histoire naturelle, V, xvii. Ce fait a été rappelé à Montaigne par une allusion de Du Haillant. Cf. la note à l'essai II, xxix, p. 513, 1. i.

P. 119, 1. 7. Ils disent que Zenon). Cf. Diogène Laërce, Fie de Zenon : « Pueris semel ferè aut bis usus est, & ancillula quadam, ne sexum odisse videretur. » (VII, xiii, 415.)

P. 119, 1. 14. Aristote dict). Cf. Plutarque, Les demandes des choses romaines : « (Aristote) dit que ce mot, faire bon, signifie tuer. » (Question 52, t^ 469 r".)

P. 119, 1. 16. Les Athéniens). Cf. Diodore de Sicile : « Suyvant un certain oracle... les Athéniens purgèrent et mundifierent l'isle de Delos, sacrée à Appollo... ils feirent une ordonnance, que de là en avant il ne fust loysible ny d'entanter ny d'enterrer homme dedans le pourpris de l'isle de Delos. » (XII, XVII, f° 59 v°.) Voir aussi Thucydide, III, civ.

LIVRi; m, CHAPITRE V

P. 120, 1. I. Nostri v.osinel). «Nous avons honte de nous-mêmes. » (Térence, Phonnioii, I, m, 20.)

P. 120, 1. 3. // V (T des nations). Cf. Jean Léon, Hisloriale descriplioii de l'Afrique... mise en françois par Jean Temporal et autres (Lyon, J. Temporal, 155 e). « Dans les Déserts de Libye, les Gentilshommes du Païs portent en tète un linge noir avec partie duquel ils se couvrent, cachant toutes les parties d'icelle hormis les yeux; & vont ainsi acoutrez journellement. Parquoi leur venant envie de manger, toutes les fois qu'ils portent le morceau en la bouche, ils la découvrent, puis soudainement la retournent couvrir : allegans pour leur raison touchant cette étrange nouveauté, que tout ainsi que c'est grand vitupère à l'homme de jetter la viande hors du corps, le semblable est de le mettre dedans, à la veuë d'un chacun. » (P. 23.)

P. 120, 1. 9. En l'empire du Turc). Cf. Guillaume Postel, Des histoires orientales et principalement des Tnrkes : « Tous ceux icv sont tous balaffrés de grands balaffres, tout à travers de l'estomach, tout du long du bras, souvent en trois ou quatre lieux : et dient faire cesdites balaffres et coupures pour l'amour du Prophette... Quelqu'un jamais ne parle à honmie ny à femme : l'autre ne mange qu'une fois la sepmaine : les autres vous ne les voies jamais manger...» (Éd. de 1575, pp. 228 et 229; éd. de 1560, i'" partie, pp. 108 et 109.)

P. 120, 1. 18. Exilioqne). «Et pour l'exil ils abandonnent leur demeure et un doux intérieur. » Ç\"irgi\e, GéorgiqVes, II, 511.)

P. 120, 1. 20. 6- dommageables). Rapprocher ce que Montaigne a dit à la fin de l'essai I, xxx.

P. 120, 1. 21. Plusieurs peuples). Bouaystuau dans l'Histoire de Cbelidoniiis, viii, cite à ce propos les Indiens, les Césiens, les Cossiens, les Gymnosophistes, les Brachmanes et les Thraces, et allègue comme autorités Hérodote, Valère Maxime, Pomponius Mêla, Solin. Droit de Gaillard, dans sa Méthode de l'histoire, xxix, reproduit le passage de Bouaystuau. Au reste ce fait se retrouve chez un grand nombre de compilateurs du xvi= siècle, et il passe parfois de là dans les œuvres littéraires. Voyez par exemple Marot dans la pièce qu'il a composée à l'occasion de

la naissance du troisième enfant de la duchesse de Ferrare.

P. 120, 1. 22. On le soleil est abominé). On voit

bien chez Hérodote, IV, CLXXXiv; chez Pline, V,

vni, des peuples qui « abominent » le soleil, mais

. je ne vois point à quoi Montaigne fait allusion

lorsqu'il parle de peuples qui adorent les ténèbres.

P. 121, 1. I. O miseri). «Malheureux! qui s'imputent leurs joies à crimes. » (Pseudo-Gallus, I,

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