‹ Les Essais de Michel de MontaigneChapitre 391 sur 449 · LIVRE III, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE VI

ce qu'il avoit dit toucliant un seul Dieu, mais toutefois qu'ils ne vouloient point laisser leur religion, ni en disputer : que le Pape devoit estre moult libéral de ce qui appartenoit a autrui, ou que c'estoit une personne rioteuse qui ne demandoit que dissension, puisqu'il donnoit ce qui n'estoit pas sien, & que le Roy estoit quelque pauvre homme puisqu'il demandoit : & quant à lui qu'il estoit bien hardi, puis qu'il menaçoit ceux qu'il ne congnoissoit point, & que si lui et les siens s'approchoient pour envahir leur pays, qu'ils mettroient leurs testes à un bois à la semblance de plusieurs autres leurs ennemis, lesquelles ils monstroient avec le doigt près de leur ville. » (III, XIX, f" 234 v°, 235 r° & v°.) Le discours de l'Indien est enrichi par Montaigne au moyen de réminiscences de quelques idées qui se retrouvent chez tous les historiens des Indes à cette époque.

P. 162, 1. 28. Celui du Pau). Id., ibid., V, vu. Cette moit d'Attahalipa semble avoir frappé les contemporains : cf. Jean Bodin, République, V, vi.

P. 163, 1. 18. L'autre, Roy de Mexico). Id., Histoire de Corte:^ : « Nessuno Mexicano non diceva niente, anchora que tutti dicevano come era grande il thesoro delli Dei, & delli Re, per questa causa resolvattero di dare tortura a Quahutimoc, & ad une altro cavalliere, suo favorito. Il cavalliere fu tanto constante, che anchora che morse nel tormento di fuoco non confessé cosa niuna di quante gli domandano sopra tal caso, o perché non lo sapeva, o perché guardando constantissimamente il secreto che il suo signore gli confida, quando lo abbruciavano, guardava molto nel viso il Re perché havendo compassione di lui, gli desse licentia, secondo dicono, di uianifestare quello che sapeva, o veramente che lo dicesse lui, Quahutimoc lo guardô con grandissima ira, et lo trattô vilissimamente come huomo mole et da poco : dicendo se vedeva lui in qualche dilettatione overo in qualche bagno. Cortes leva del tormento a Quahuttimoc parendogli cosa brutta et crudeltà, o forse perché disse come haveva buttato nello lago, dieci di innanzi délia sua prigionia, la pezze dell' artiglieria, l'oro, & argento, le piètre, perle, ricchegiore che haveva, per havergli detto il Diavolo che sarebbe vinto. » (Pp. 211 v", 212.) A propos des divergences

qui séparent le récit de Montaigne de celui de Gomara, cf. mon ouvrage sur les Livres d'Histoire inoderue utilisés par Montaigne, pp. 232 et suivantes.

P. 164, 1. 16. A une autrefois). Li., Histoire générale des Indes : « Les Espagnols prinrent .soixante Seigneurs qui avoient vassaux soubs eux, & quatre cens autres hommes des principaux & plus riches du pays... les quatre cens soixante prisonniers furent exécutez, suivant l'arrest. » (II, Lxi, f" 133 r".)

P. 164, 1. 19. Nous tenons d'eux-nicsuws). En effet, Gomara, auquel Montaigne emprunte ces renseignements, est Espagnol.

P. 165, 1. 2. Plusieurs des chefs). Notamment Gonzalès Pizarre, que condamna à mort Pedro de La Gasca, envoyé à cet effet avec des pouvoirs exceptionnels par Charles-Quint (1548). Les deux Diego Alniagro, père et fils, ont été de même mis à mort par les Pizarre, représentants de l'autorité royale au Pérou, à Cuzco, en 1538 et en 1542.

P. 165, 1. 10. D'un prince). Philippe II, qui régnait alors sur l'Espagne, et qui a mérité d'être appelé el Discreto ou el Prudente.

P. 165, 1. 28. Ils croyoyent que l'estre.) Cf. Lopez de Gomara, Histoire générale des Indes : « Par ces ans ils contoient leurs cinq Soleils que nous dirions cinq aages : & suivant leur calcul ils croient que depuis la création du monde il y ait quatre Soleils passez sans cestuy. Ils disent que le premier Soleil se perdit par eau, durant lequel les hommes & toutes choses créées se noïerent : que le second périt en tombant le ciel sur la terre, par laquelle cheute tout le peuple, & toute chose vivante fut assommée, disans que durant cest aage vivoient les geans, amenans pour tesmoignage de grands ossemens que nos Espagnols trouvoient en terre la mesure et proportion

desquels monstroit évidemment la hauteur de ces geans avoir été de vingt paulmes. Quant au tiers Soleil, ils disent icelui avoir esté consommé par le feu, ce monde bruslant par longues années, durant lesquelles tout le genre humain, & tous les animaux furent enfîambez : & que le quatriesme print fin par l'air, estant le vent si fort et si violent, que tous les édifices, arbres et rochers tombèrent par terre : mais que les hommes ne moururent point, & qu'ils furent

ESSAIS DE MONTAIGNE

seulement convertis en cinges. Quant au cinquicsme Soleil, lequel a de présent son cours, ils ne comptent point en quelles façons il doit périr, mais ils racomptent que lors que le quatriesme Soleil print fin, tout le monde fut obscurci, & demeura en telles ténèbres, l'espace de vingt-cinq ans continuels, & qu'au cinquiesme d'iceux les Dieux formèrent un homme et une femme, lesquels incontinent eurent des enfans, & que dix ans après le Soleil apparut freschement créé et formé le jour qu'en leur langue ils surnomment du Connil. En mémoire dequoi ils commencent le compte de leurs ans par ce jour. . Aussi disent-ils que trois jours après que ce cinquiesme Soleil apparut, les dieux qui estoient auparavant moururent, & que depuis ceux lesquels présentement ils adoroient, estoient nez. » (II, lxxv, f° 158 r°.)

P. 166, 1. 25. An chemin qui). Id., ihid. : «11 y a en ce païs deux grands chemins royaux, depuis la ville de Quito jusques à celle de Cuzco, qui est un œuvre d'aussi grand coust comme il est remarquable. L'un est par les montagnes, & l'autre par les plaines, tous deux durent plus de 200 mil. Celuy qui est en la campagne est revestu de murailles des deux costez, & est large de vingt-cinq pieds : il a en dedans des fossez, ou petits ruisseaux pleins d'eau coulante perpétuellement et dessus iceux ont esté plantez force arbres, qu'ils appellent Molli. L'autre qui est en la montagne, est de mesme largeur, entaillé par dedans les rochers, & aux endroits où il y avoit des vallons trop creux, pour esgaller le chemin on les remplissoit de pierres massonnees avecques de la chaux. En somme, c'est un œuvre, qui mesme au dire de tous ceux qui ont veu l'un et l'autre surpasse les

Pyramides d'Egypte, & les grands chemins pavez des

anciens Romains, & tous les édifices anciens De

journée en journée on void de beaux grands palais hastis, qu'ils appellent Tambos, où se logeoit la cour, «Se les armées des Roys Yngas. Ils traînent leurs pierres, ou les roulent à force de bras jusques au lieu où ils veulent bastir : par ce qu'ils n'ont point de bestes pour s'ayder d'elles à tels œuvres. Les pierres sont de dix pieds en quarrés & encore d'avantage : ils les asseoient avecques de la chaux, (Se autre mortier. Or pour monter leurs pierres, ils apportent de la terre contre le mur, & autant que croist l'édifice, autant haussent-ils leur terre. Car ils n'ont point d'autres engins à bastir, & ainsi sont long temps devant qu'achever telles entreprises, & leur faut une infinité de personnes. » (V, i.xxxvi, f- 439 v° et 440 v°.)

P. 167, 1. 12. Rcloinhons à iws coches). Rapprocher II, II, p. lé, I. 14, et voir la note.

P. 167, 1. 13. Ils se faisaient porter). Cf. Lopez de Gomara, Histoire générale des Indes : « Attabalipa se faisoit porter en une litière d'or, parée par dedans de plumes de perroquets de diverses couleurs, & estoit assis dedans une basse chaire toute d'or... Mais les Espagnols ne pouvoient le toucher, parce qu'il estoit élevé haut en sa litière et pour cette cause tuoient ceux, qui la soustenoient à fin de le faire tomber. Mais aussitost qu'il y avoit un de ces porteurs mort, un autre prenoit sa place de peur que leur Seigneur ne tombast à terre. Pizarre voyant cela le tira par sa robe et le feit choir en terre, & par ce moyen print fin ceste mesiée. » (V, vi, f"» 312-313.)

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