‹ Les Essais de Michel de MontaigneChapitre 413 sur 449 · LIVRE ni, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE ni, CHAPITRE XI

etiam comprobat diligentia, qui primuui jurare ex sui animi sententia quenque voluerunt. Deinde ita teneri, si sciens falleret : quôd inscientia multa versaretur in vita. Tijm qui testimonium diceret, ut arbitrari se diceret, etiam quod ipse vidisset : qu;cque jurati judices cognovissent, ut ea non ut esse facta, sed ut videri pronuntiarentur. » (IV, p. 35.)

P. 314, 1. 17. Iris est fille). Cf. Platon, Thcctèk : « Maxime philosophi hxc affectio est, qua; admiratio dicitur. Neque enim aliud prœter hoc est philosophie' principium. Et qui Irim Thaumantis, id est admirationis filiam esse tradidit non absurde originem ejus explicuit. » (xi, p. 155; éd. 1546, p. 141.)

P. 314, 1. 22. Corras, conseiller de Toulouse). Ou plutôt Coras, savant jurisconsulte, né à Toulouse en 15 13. (Voir Fleun,' Vindiy, Les Parlementaires français au xri^ siècle, Tome II, p. 203.) Calviniste, il fut assassiné à la conciergerie de Toulouse avec trois cents autres prisonniers, le 4 octobre 1572, peu de temps après la Saint-Barthélémy : on le revêtit ensuite de sa robe de conseiller, avec deux de ses collègues massacrés comme lui, et on les pendit à l'orme du palais. Les œuvres de Jean Coras ont été recueillies en deux vol. in-fol., Lyon, 1556 et 1558; Wittenberg, 1603; et sa vie a été écrite en latin par Jacques Coras le poète, qui était de la même famille. La cause célèbre dont Montaigne parle ici est celle de Duthil ou du faux Martin Guerre, sur laquelle le jurisconsulte de Toulouse avait publié un commentaire imprimé à Paris en 1561 et 1565. En voici le titre : « Arrest mémorable du Parlement de Tolose, contenant une histoire prodigieuse, de nostre temps, avec cent belles & doctes annotations de Monsieur Jean de Coras, Conseiller en ladicte Cour, & Rapporteur du procès prononcé es Arrestz Generaulx le XII septembre M D L X. » Coras explique par la magie un certain nombre de sin^larités fort étranges : c'est sans doute à ces explications que Montaigne fait allusion.

P. 315, 1. 3. Les Areopagites). Cf. Valère Maxime, VIII, i; Aulu-Gelle, xîl,' vu; Rabelais, III, xliv; Du Verdier, Suite des Diverses Leçons, V, xix, etc.

P. 315, 1. 6. Les sorcières de mou voisinage). Sur le sujet de la sorcellerie, que Montaigne aborde ici, il

convient de rappeler que beaucoup d'écrits avaient déjà paru au xvi*^ siècle. C'était une question tout à tait à l'ordre du jour, les malheurs des temps ayant multiplié les procès de sorcellerie durant la seconde moitié du siècle. Dans la littérature très abondante qui en sortit, il convient de distinguer tout particulièrement : l'ouvrage latin de Wier qui va presque jusqu'à nier la sorcellerie comme Montaigne et qui hit traduit en français par Jacques Grévin sous ce titre : « Cinq livres d'histoires, discours et disputes des illusions et impostures des diables : des enchantements et sorcelleries : pris du latin de Jean Wier, médecin du duc de Clèves, et faits françois par Jacques Grévin, de Clermont en Reauvoisis, médecin à Paris (Paris 1567). » (Rééd. en 1569, et avec un sixième livre en 1579.) En regard de l'ouvrage de Wier se place celui de Bodin, qui a été écrit pour le réfuter : « La dcmouomanie des sorciers..., par J. Bodin, angevin, Paris 1580» (ouvrage réimprimé à Paris en 1582, 1587; à Anvers en 1586; en latin à Bàle en 1581; en italien en 1587). Bodin croit fermement aux sorciers et anathématise violemment ceux qui refusent de se rendre à .ses raisons. Il 3' a de grandes chances pour que Montaigne ait lu ces deux ouvrages essentiels. Il a dû connaître encore un chapitre de Tabourot des Accords publié en 1585 dans le quatrième livre de ses Bigarrures. Pour plus de détails sur cette question, cf mon livre sur Les Sources et l'Évolution des Essais, t. II, p. 344.

P. 315, 1. II. Il y faut autre engin). «C'est par ces exemples que la divine parole nous donne » et par l'autorité des saintes Écritures que Bodin, dans sa Démonomanie, prétend confondre les incrédules.

P. 315, 1. 18. le suis lourd). Dans le fournal de voyage, Montaigne se montre à la fois curieux des événements merveilleux qu'on lui signale, et assez peu crédule à leur endroit : « Le 1 6 Février, revenant de la station, je rancontray, en une petite Chapele, un Prêtre revêtu, ambesouigné à guérir un spiritato : c'etoit un home melancholique et come transi. On le tenoit à genous devant l'Autel, aïant au col je ne sçai quel drap par où on le tenoit ataché. Le Prêtre lisoit en sa presance force oresons et exorcismes, comandant au Diable de laisser ce cors, et

ESSAIS DE MONTAIGNE

les lisoit dans son bréviaire. Apres cela il detournoit son propos au parlant, tantost parlant à lui, tantost parlant au Diable en sa personne, et lors l'injuriant, le battant à grans coups de pouin, lui crachant au visage. Le patiant repondoit .à ses demandes quelques réponses ineptes : tantost pour soi, disant come il santoit les mouvemans de son mal; tantost pour le Diable, combien il creignoit Dieu, et combien ces exorcismes agissoint contre lui. Apres cela qui dura longtams, le Prêtre, pour son dernier effort, se retira à l'Autel et print la Custode de la mein gauche, où etoit le Corpus Domini; en l'autre mein tenant une bougie alumée, la teste ranversée contre bas, si qu'il la faisoit fondre et consomer, prononçant cependant des oresons, et au bout des paroles de menasse et de rigur contre le Diable, d'une vois la plus haute et magistrale qu'il pouvoit. Come la première chandele vint à défaillir près de ses doits, il en print un' autre, et puis une seconde, et puis la tierce. Cela fait, il remit sa Custode, c'est à dire le vesseau transparant où etoit le Corpus Domini, et vint retrouver le patiant, parlant lors à lui come à un home, le fil détacher et le randit aus siens pour le ramener au logis. Il nous dict que ce Diable là etoit de la pire forme, opiniâtre, et qui couteroit bien à chasser; et à dix ou douze Jantil'homes qui étions là, fit plusieurs contes de cete sciance, et des experiances ordineres qu'il en avoir, et notammant que le jour avant il avoit deschargé une famé d'un gros Diable, qui, en sortant, poussa hors cette famé par la bouche, des clous, des épingles et une touffe de son poil. Et parce qu'on lui respondit, qu'elle n'estoit pas encores du tout rassise, il dit que c'etoit une autre sorte d'esperit plus léger et moins malfaisant, qui s'y eroir remis ce marin-là : mais que ce janre (car il en sçair les noms, les divisions, er plus particulières distinctions) etoit aisé à csconjurer. Je n'en vis que cela. Mon home ne faisoit autre mine que de grinser les dans et tordre la bouche, quand on lui presantoit le Corpus Domini, et remachoit par fois ce mot, Si Jala volent; car il eroit Notere, et sçavoit un peu de latin.» (P. 231.) «Je fus averty d'une sottise que j'avois faite, ayant oblié à voir à dix milles deçà Loïan, à deus milles du chemin, le haut

d'une monraigne, d'où en ramps pluvieus er orageus er de nuir, on voir sonir de la flame d'une exrreme hauteur; et disoit le rapporteur qu'à grandes secousses il s'en regorge par fois des petites pièces de monnoie, qui a quelque figure. Il eut fallu voir que c'étoit que tout cela. » (P. i8é.)

P. 315, 1. 19. Maioran fidem). «Les hommes ajoutent plus de foi à ce qu'ils n'entendent point. »

P. 315, 1. 20. Cupidinc hiimani). «Une tendance naturelle porte l'esprit humain à ajouter foi de préférence aux choses obscures.» (Tacite, Hisl., I, xxn.) Montaigne substitue « creduntur » à « credendi ».

P. 315, 1. 21. & me deffend on). Montaigne fait peut-être allusion dans ce passage au ton rrès dogmarique er menaçant de Jean Bodin. Les textes sacrés sont absolument formels, et Bodin n'a pas de peine à accumuler une masse de citations qui, déclare-r-il, ne permerrenr pas à un chrérien de dourer : « La loy de Dieu qui ne peur menrir a déclaré er spécifié par le menu les secrers des sorciers, er menacé d'exrerminer les peuples qui ne feroienr punirion des sorciers. Il faur donc s'arresrer là, er ne faur pas dispurer contre Dieu des choses que nous ignorons. » (DémoHomanie, préface.) Et ailleurs encore : « Il n'y a gueres moins d'impiété de révoquer en doute s'il est possible qu'il y ait des sorciers que révoquer en doute s'il y a un dieu, celuy qui par sa loy a certifié l'un a aussi certifié l'autre. » {Démonomanie, vers la fin.) Et puisque nier la sorcellerie esr un crime aussi grave que de nier l'exisrence de Dieu, rour naturellemenr Bodin l'éclame les chàrimenrs les plus rigoureux pour ceux qui ne croient pas aux sorciers, il veut leur réserver le même supplice qu'aux sorciers eux-mêmes. Naudé n'est pas moins violent, il déclare que c'est « être hérétique » que de se montrer incrédule sur ce point.

P. 315, 1. 26. Fideanlur sanej. «Qu'on propose ces choses comme vraisemblables, mais qu'on ne les affirme pas. » (Cicéron, Acad., II, xxvii.) L'édition de Paris de 1538 porte ne au lieu de non.

P. 316, 1. I. Il faut vue clarté). Rapprocher Wier, Cin(] livres des démons : « Il faut que les preuves soyent plus cleres que le jour, principalement es procès que l'on nomme criminels. » (\', vu, f" 400 v".)

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