‹ Les Essais de Michel de MontaigneChapitre 414 sur 449 · LIVRE III, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XI

P. 316, 1. 5. // ne faut pas toiisioiirs s'avresicr). Sur la fausseté de la plupart des confessions des sorciers on peut voir : Wier, le livre V presque tout entier. Il écrit en particulier : « Le poinct gist en cecy : a sçavoir si toute ceste confession est vraye. J'espère avec l'aide de Dieu monstrer manifestement que les principaux poincts d'icelle contrarient clerement à la vérité : et que pour ceste cause elle est non seulement erronée, mais aussi du tout fausse, et qu'en icelle sont seulement déduictes les images des choses songees et proposées par impostures au lieu de la vérité d'icelles. Ainsi je confesse librement qu'elle ne doit estre aucunement receue en un sain conseil, mais plus tost jettee comme une fable d'un endormi et cataleptique. » (V, xi.) Bodin au contraire s'appuie sans cesse sur les confessions des sorciers et insiste sur cette idée que puisqu'ils confessent leur crime, il faut être de mauvaise foi pour ne pas y croire.

P. 31e, 1. 20. D'orient en occident). Bodin consacre tout un chapitre de sa Déinononianie (II, iv) à nous parler de sorciers ainsi transportés en un instant à des distances considérables. Le titre de son chapitre est : « De ceux qui renoncent à Dieu et à leur religion par convention expresse et s'ils sont transportez en corps par les dxmons. » On y trouve beaucoup d'exemples et d'autorités : « Nous lisons pareillement en Philostrate, autheur grec, que Apollonius Thianaeus fut transporté en peu d'heures d'Ethiopie prez la source du Nil jusques à Rome, qui ne sont pas moins de deux mil cinq cens lieues à droicte ligne : une autre fois de Rome en Corinthe, une autre fois de Smyrne en Ephese. Et l'an MCCLXXI, lan Teutonic prestre d'Halberstad, des plus fameus sorciers de son aage, chanta trois messes à minuict, l'une à Halberstad, l'autre à Mogonce, la troisiesme à Coulongne. Ce qu'on recite aussi de Pythagoras, qui fut transporté de Thurie en Metapont. ... Et si le vraj' transport en corps ne se faisoit aux exemples que nous avons dict, comment se pourroit il faire, que celuy de Loches se fust trouvé de son lit aux landes de Bordeaux, et celuy de Lion en Lorraine, celuy de Plutarque de Grèce en Crotone près de Naples, où il faut par nécessité passer plus de cent

lieues de Mer, et infinis autres en cas semblables?» (F°* 89 r°, 90 r°.)

P. 3 1 6, 1. 23 . Eniwlésiir vu halay). C'est un détail qui se retrouve souvent dans les cas de sorcellerie. On le retrouve en particulier dans un procès jugé par Nicolas Quatre-folz et dont Bodin inséra le récit dans sa Déniononianie (Ed. de 1 582). Deux hommes sont transportés sur un balai le long du tuyau de la cheminée.

P. 316, 1. 29. L'adiiis de saiuct Augustin). «De qulbusdam rébus quas neque sensu, neque ratione percipimus, neque nobis per scripturam canonicam claruerunt, nec per testes, quibus non crcdere absurdum est, in nostram notitiam pervenerunt, sine justa reprehensione dubitamus. » {Cité de Dieu, XIX, xviii.) Montaigne avait rencontré cette idée en 1579 dans l'Histoire générale des Indes de Benzoni : « De ma part je le tiens pour faux : et, comme dit saint Augustin, il vaut mieux douter de ce que nous ne sçavons que d'affermer obstinéement une chose que Ion ne peut pas vérifier, et d'ont Ion n'est pas asseuré. » (P. 40, note du traducteur Chauveton.)

P. 317, 1. 3. Par les terres d'vn prince). Dans les mémoires de l'Académie de Nancy (année 1916-1917) M. E. Duvernoy a tenté d'établir qu'il s'agit du prince Charles III de Lorraine dont Montaigne avait traversé les états, lors de son voyage de 1580. Ce n'est là qu'une hypothèse qu'aucun fait précis ne confirme : le Journal de voyage ne fait aucune mention ni d'une semblable visite de sorciers en Lorraine, ni même d'une rencontre de Montaigne avec le duc Charles; et si les sorciers étaient nombreux en Lorraine à cette époque ils ne l'étaient guère moins dans beaucoup d'autres régions.

P. 317, 1. 13. Ordonné de l'ellébore). Rapprocher Wier, Citiq livres des dénions : « Monsieur André Alciat escrit que l'inquisiteur de la foy feit une telle inquisition es vallées des Alpes contre des femmes hérétiques que nous appelions sorcières qu'il en feit brusler plus de cent... La plus part desquelles devoyent estre plus tost purgées par Helleborre que par le feu. » (V, xvi.)

P. 317, 1. 13. Captisquc res inagis). « Leur cas me sembla plus voisin de la folie que du crime. >> (Tite- Live, VIIL xviii.)

ESSAIS DE MOXTAIGXE.

P. 517, 1. 24. & Prcstaniiiis). Cf. saint Augustin, Cité de Dieu : « Quidam nomine Prœstantius patri suo contigisse indicabat, ut venenum illud per caseum in domo sua sumeret, & jaceret in lecto suo quasi dormiens, qui tamen nullo modo poterat excitari. Post aliquot autem dies, eum velut evigilasse dicebat, &: quasi somnia enarrasse qu;ç passus est, caballum se scilicet tactum, annonam inter jumenta bajulasse militibus, quœ dicitur retica, quoniam ad retia deportatur. Quod ita ut narravit factum fuisse compertum est : quit tamen ei sua somnia videbantur. « (XMII,

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