‹ Les Essais de Michel de MontaigneChapitre 424 sur 449 · LIVRE III, CHAPITRE XIH · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XIH

diversité et à toute inégalité de vie. » (i, f" 250 r°.) Ce n'est point Philopœmen qui parle ainsi; ce sont des personnages qu'interroge Philopœmen.

P. 38e, 1. 14. Sans napc). Dans \q Journal de voyage on voit Montaigne très préoccupé de remarquer partout où il passe les usages variés qui concernent la table, et en particulier l'emploi des nappes, des serviettes, des assiettes qui tantôt sont de bois, tantôt d'étain et tantôt de terre, etc. On peut voir entre autres, pp. 81, ici, 136, 169, 191, 214, etc. Pour ce qui est de l'usage des nappes, voir en particulier p. 3 1 5 . Montaigne remarque curieusement aussi qu'en certains endroits on ne met pas la main aux plats : « De tout ce qui se sert à table, le Tranchant en donne sur des assietes à cens qui sont assis en ce rang-là, qui ne metent point la mein au plat, et ne met-on guiere la main au plat du mestre. » (P. 215.) En Suisse, il se plaint de l'insuffisance du nombre des serviettes qu'on met à sa disposition. « Toutefois en Souisse il disoit qu'il n'en souffroit nulle, que de n'avoir à table qu'un petit drapeau d'un demy pied pour serviette, et le mesme drapeau, les Souisses ne le déplient pas sulemant en leur disner, et si ont force sauces et plusieurs diversités de potages; mais ils servent tousjours autant de cueillieres de bois, manchées d'argent, come il y a d'homes. Et jamais Souisse n'est sans cousteau, duquel ils prennent toutes choses et ne mettent guiere la main au plat. » (P. 90.) En Italie, même remarque : « Perché quel ch' aveva promesso per il servigio di tavola di toaillie, e serviette, era troppo scarso (atteso ch' in Italia s' usa pochissimo di mutar serviette che quando si muta la toaillia; e la toaillia, due volte la settimana), lasciavamo gli ser\-itori far per loro le spese : noi ail' osteria a 4 julli ogni giorno. » (P. 393.)

P. 386, 1. lé. Foîirchcte). On sait qu'au xvi' siècle l'usage de la fourchette est tout à fait exceptionnel en France, et qu'il est une innovation toute récente ; mais en Italie Montaigne l'avait trouvé très répandu dans la bonne société. En iéo8 le voyageur anglais Thomas Coryate déclare que la fourchette est inconnue cà Paris ; c'est en Italie qu'il la découvre et il dit qu'elle y est tout à fait usuelle. En France on en fait usage à la cour d'Henri IV, mais c'est seulement dans

la seconde moitié du xvir siècle que les grands seigneurs cesseront de prendre les mets dans le plat et de les manger avec leurs doigts.

P. 386, 1. 19. De ce laborieux soldat Marins). Cf. Plutarque, Coiiiiiieiit il faiilt refréner la cbolere : « Et se fault semblablement accoustumer à se servir de tous vases & vaisselles indifféremment, & non pas s'astraindre à user de cestuy-cy ou cestuy là sans autre, comme font aucuns, encore qu'il y ait grande compagnie, qui ont en particulière recommandation un ctrtain gobelet ou une couppe ainsi que Ion escrit du vieil Marins, & ne bevroient jamais en d'autre.» (xiii, f-^ éi v°.)

P. 387, 1. 3. D'un long serain). Dans le Journal de voyage nous voyons effectivement que le « serain » incommode Montaigne : « Nous en partîmes lendemein trois heures avant le jour, tant il avoit envie de voir le pavé de Rome. Il trouva que le serein donnoit autant de peine à son estomac le matin que le soir, ou bien peu moins, et s'en trouva mal jusqu'au jour, quoyque la nuit fut sereine. » (P. 204.)

P. 387, 1. 24. Comme fit Cxsar). Cf. Plutarque, Vie de César : « Et si tumboit quelque fois du mal caduc, lequel luv prit la première fois, comme Ion dit, à Cordube ville d'Hespagne : mais il ne se servit pas de la foiblesse de son corps pour une couverture de se traitter mollement & délicatement, ains au contraire il prit les labeurs de la guerre comme une médecine pour guarir l'indisposition de sa personne, combattant à l'encontre de sa maladie en estant continuellement par chemin, en vivant sobrement, & en couchant à l'air ordinairement : car la plus part des nuicts, il dormoit dedans un chariot, ou dedans une littiere, employant par ce moien son repos à faire tousjours quelque chose, & de jour en allant par païs visitant les villes, les places fortes, ou les camps fortifiez. » (v, f° 497 v°.)

P. 388, 1. 9. Natura bonio). « Par nature l'homme est un animal propre et délicat. » (Sénèque, ép. 92.)

P. 388, 1. 25. j4n viuere). «La vie est-elle d'un si grand prix ? »

P. 388, 1. 26. Cogimnr a snelis). « On nous force à renoncer à nos habitudes et nous cessons de vivre pour prolonger notre existence... Je ne pense pas

ESSAIS DE MONTAIGNE

qu'il faille mettre au nombre des vivants ceux à qui on rend incommodes l'air qu'ils respirent et la lumière qui les éclaire. » (Maximianus, I, 155, 247.)

P. 389, 1. II. Ne pense rien vlik). Rapprocher la fin de l'essai I, xxx.

P. 389, 1. 22. Oiieui ciicumcursans). « Alors que voltigeait sans cesse autour de moi le brillant Cupidon tout resplendissant dans sa robe de pourpre. » (Catulle, Lxvi, 135.) Les éditions du xvi^ siècle que j'ai consultées écrivent :

Ouaiii circumcursans hue illtic i-.-ïpe Cupido, Fulgcb.1t crocino camlidus in tuiiica.

P. 389, 1. 26. Et inilitani). c Et j'ai combattu non sans gloire. » (Horace, Od., III, xxvi, 2.)

P. 389, 1. 28. Sex vie vix). « A peine si je me souviens d'y être allé jusqu'à six. » (Ovide, Amours, III, vu, 26.) Le texte d'Ovide, que Montaigne s'amuse à transformer, est dans les éditions du temps:

Et niemini numéros sustinuisse iioveni.

P. 390, 1. 4. Quartilla), qui dit dans Pétrone, xxv : « Junonem mcam iratam habeam, si unquam me meminerim virginem fuisse. »

P. 390, 1. 5. Inde iragiis). « Aussi eus-je de bonne heure du poil sous l'aisselle, et ma barbe précoce étonna ma mère. » (Martial, XI, xxii, 7.) Meœ est ajouté par Montaigne.

P. 390, 1. 14. Defienda). « Que Dieu me défende de moi-même. »

P. 390, 1. 21. Fiirncl). Médecin de Henri II, célèbre praticien né en 1497, mort en 1558. Voir De Thou,

III, CCLXXXXVIU.

p. 390, 1. 21. L'Escale), ou le célèbre J.-C. Scaliger, de Padoue (1484-15 58), qui prétendait descendre de la famille délia Scala.

P. 391, 1. 5. QueJqu'vn, en certaine eschole). Cf. Plutarque, Du trop parler : « Carneades n'aiant pas encore grand nom, disputoit un jour au lieu député aux exercices, & pource qu'il ciyoit à pleine teste, le maistre ou concierge du lieu luy envoya dire qu'il moderast un peu sa voix, car il l'avoit haultaine & forte. Carneades luy répliqua. Donne moy donc le ton & la mesure que je doy tenir : & l'autre ne

rencontra pas mal luy respondant, le ton & la mesure est l'ouye de celuy qui dispute avec toy. » (xxi, f° 96 v°.) Voir aussi Diogène Laërce, Vie de Caruéadc, IV, LXIll, 287.

P. 391, 1. 19. Est qitœdam). «Il y a une sorte de voix adaptée à l'ouïe, non tant par son volume que par sa propriété. » (Quintiiien, Inst. orat., XI, m.)

P. 391, 1. 22. Comme entre ceux qui iouent). Cf. Plutarque, Comment il fault ouïr : « Tout ainsi comme en jouant à la paulme, il fault que celuy qui reçoit la balle se remue dextrement, au pris qu'il voit remuer celuy qui luy renvoyé : Aussi au parler y a il quelque convenance de mouvement entre l'escoutant & le disant, si l'un & l'autre veult observer ce qu'il doit. » (xiv, f° 29 r°.) La même image se retrouve chez Sénèque, De beneftciis (II, xvii, et II, xxxii); mais Sénèque l'applique aux rapports non de deux personnes qui conversent, mais d'un obligé vi.s-à-vis de son bienfaiteur. Voir encore Guazzo, Civil conversation (trad. Chappuis, 1579, p. 171).

P. 392, 1. I. Lfl constitution des maladies). Rapprocher Platon, Tiniée : « Omnis nanque morborum constitutio animalium natura.- quodammodo similis est. Sanè animalium compositio ab ipso generationis exordio certis temporum curriculis terminatur : idque & genus universum patitur, & animal unumquodque ab ortu fatale vivendi spatium in seipso exceptis necessariis passionibus, continet. Etenim trianguli, ab ipso initio singulorum vim possidentes usque ad certum tempus sufficienter ad usum vitas cohaerent, ultra id vita nemini prorogatur. Idem quoque constitutionis modus languoribus convenir. Quos siquis citra fatalem temporis cursum pharmacis amputare contenderit, ex parvis ingentes, ex paucis multi evadere consuevenint. » (P. 89; éd. de 1546, p. 732.)

P. 392, 1. 4. le suis de l'auis de Cfantor). Rapprocher Cicéron, Tusc, III, vi.

P. 392, 1. 20. Micraines). Rapprocher Journal de voyage : « Cete matinée j'eus une pesantur de teste et trouble de veue come de mes antienes migrenes, que je n'avois santi il y avoit dix ans. » (P. 307.)

P. 393, 1. 2. Indignare, si quid). « Plains-toi, si l'on t'impose à toi .seul une injuste loi. » (Sénèque,

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