LES ESSAIS DE MONTAIGNE. H
^ et qu'il faille qu'elles s'y trouvent toutes deux, si « est-ce qu'à la vérité celle du scavoir est moins pri- « sable que celle du jugement; la science est un « dangereux glaive qui empesche et offense son « maître s'il est en main foible, et qui n'en sache « l'usage ; c'est ime bonne drogue ; mais nulle drogue « n'est assez forte pour se préserver sans altération « et corruption selon le vice du vase qui l'estuye. « Les boiteux sont mal propres aux exercices du « corps, et aux exercices de l'esprit les âmes boia teuses ; les bastardes et vulgaires sont indignes de « la philosopbie. »
Ici se rencontre non pas la critique de la science, quoiqu'il soit permis d'adresser à Montaigne le reproche de la traiter avec assez de dédain, mais celle de la magistrature, et surtout celle de l'école qui, à cette époque, préférait à la naturelle et simple intelligence des textes les plus vaines subtilités et les fausses et dangereuses interprétations de la glose ; il en résultait, certainement, de bien grandes obscurités pour l'esprit, et cet inconvénient en engendrait un autre : il devenait un prétexte pour la partialité et la préférence. Le juge se trouvant en présence « d'un « âpre conflit entre Bartholdus et Baldus en quelque