‹ Les essais de Montaigne dans leurs rapports avec la législation moderneChapitre 3 sur 17 · LKS ESSAIS DE MONTAIGNE · texte numérisé non relu

LKS ESSAIS DE MONTAIGNE

« matière agitée de plusieurs contrarietez, "» et ne sachant quel parti prendre entre ces deux doctrines, prenait celui de favoriser celle des parties qui lui avait été recommandée; Montaigne parle au chapitre de Raymond Sebond d'un magistrat qui, dans ce cas, mettait en marge du livre : question pour Vami, et il ne tenait, ajoute -t-il, « qu'à faulte d'es- « prit ou de suffisance de mettre partout : hon pour « Vami, »

Mais cet inconvénient, quelque grave qu'il pût être, n'était pas le seul ; ces diversités d'opinions entre les docteurs, cette obscurité résultant de ces interprétations plus subtiles que sensées, en avaient un autre plus considérable et plus regrettable encore ; elles autorisaient a les avocats et les magistrats eux- « mêmes à trouver à toutes causas assez de biais pour « les accommoder où bon leur semblait ; » enfin, il donnait naissance à une confusion extrême de jugements; «aussi n'est-il si. clair procès, dit Montaigne, « auquel les advis ne se trouvent divers ; ce qu'une m compagnie a jugé, l'autre le juge au contraire ; et « elle-mesme au contraire une aultre fois. » Il en voit la cause, non seulement dans « une science si c( infinie et despendant de l'authorilé de tant d'opi-

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« nions et d'un subject si arbitraire, » mais encore « dans cette licence qui tache merveilleusement la « cérimonieuse authorité et lustre de nostre justice c: de ne s'arrester aux arrests et courrir des uns aux (( aultres juges pour décider d'une mesme cause. »

Il semble qu'ici Montaigne ne tient pas assez compte de l'imperfection des lois de son temps et de l'infirmité de l'esprit humain ; et c'est avec une haute raison que M. Galles relève ces reproches en faisant observer» que « la jurisprudence devait être d'autant CL plus variable et inconstante qu'elle était livrée sans « contrôle au caprice des opinions, les Parlements, « dont les arrêts n'étaient pas motivés, interprétant a les ordonnances comme il leur plaisait, et se trou- « vant dans la nécessité d'appliquer à des rapports « nouveaux et à des situations qu'il n'avait pas pré- « vues un droit suranné et fait pour une civilisation « bien différente de celle qui commençait à se des- « siner au XVI« siècle. Tout alors était matière à « controverse ; et comment, ajoute-t-il, l'uniformité « aurait-elle pu exister dans la justice, lorsqu'elle ce n'était pas dans la loi ? »

Le tort de l'homme disparaît donc devant le vice de l'institution, et la plainte de Montaigne est le ré-

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