CHAPITRE IX
a Avez TOUS pas des passe -temps plus aysez? De quoy avez vous faute ? Vostre maison est elle pas en bel air et sain, suffisamment fournie, et capable plus que suffisamment? Vostre famille n'en laisse elle pas en reiglement plus au dessoubs d'elle qu'elle n'en a au dessus en eminence ? Y a il quelque pensée locale qui vous ulcère, extraordinaire, irrémédiable,
Qtur ie nunc coquat et vtxtt suh pectore fixai
Où pensez vous pouvoir estre sans empeschement et sans destourbier ? Nunquam simpliciter fortuna indulget. Voyez donc qu'il n'y a que vous qui vous empeschez ; et vous vous suyvrez par tout, et vous plaindrez par tout, car il n'y a satisfaction ça bas que pour les âmes ou brutales ou divines. Qui n'a du contentement à une si juste occasion, où pense il le trouver? Â combien de milliers d'hommes arreste une telle fortune que la vostre le but de leurs souhaits ? Reformez vous seulement, car en cela vous pouve/tout, là où vous n'avez drôict que de patience envers la fortune, n
Je voy la raison de cet advertissement, etla voy trèsbien ; mais on auroit plustost faict, et plus pertinemment, de me dire en un mot : a Soyez sage. » Cette resolution est outre la sagesse; c'est son ouvrage et sa production. Ainsi faict le médecin, qui va criaillant après un pauvre malade languissant qu'il se resjouysse : il luy conseilleroit un peu moins ineptement, s'il luy disoit : a Soyez sain. » Pour moy, je ne suis qu'homme de la commune sorte. C'est un précepte salutaire, certain et d'aisée intelligence : a Contentez vous du vostre » , c'est
à dire, de la raison ; l'exécution pourtant n'en est non plus aus plus sages qu'en moy. C'est une paroUe populaire, mais elle a une terrible estandue : que ne comprend elle ? Toutes choses tombent en discrétion et mesure. Je sçay bien qu'à le prendre à la lettre, ce plaisir de voyager porte tesmoignage d'inquiétude et d'irrésolution : aussi sont ce nos maistresses qualitez et prédominantes. Ouy, je le confesse, je ne vois rien, seulement en songe et par souhait, où je me puisse tenir : le seul désir de la variété me paye, et la possession de la diversité; aumoins si aucune chose me paye. A voyager, cela mesme me nourrit, que je me puis arrester sans intérêt, et que j'ay où m'en divertir commodéement.
J'ayme la vie privée, par ce que c'est par mon chois que je l'ayme, non par disconvenance à la vie publique, qui est à l'avanture autant selon ma complexion. J'en sers plus gayement mon prince, par ce que c'est par libre eslectioh de mon jugement et de ma raison, et que je n'y suis pas rejecté ny contrainct, pour estre irrecevable à tout autre party, et malvoulu : ainsi du reste. Je hay les morceaux que la nécessité me taille; toute commodité me tiendroit à la gorge de laquelle seule j'aurois à despendre :
Alter remus aquas, alttr mihi radat armas :
une seule corde ne m'arreste jamais à mon aise. « 11 y a de la vanité, dictes vous, en cet amusement. » Mais où non? et ces beaux préceptes sont vanité, et vanité nostre sagesse. Ces exquises subtilitez ne sont pro-