‹ Les Essais de Montaigne: réimprimés sur l'édition originale de 1588, avecChapitre 115 sur 270 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

tueux, mais c'est selon nous. Qui a ses meurs establies en règlement au dessus de son siècle, ou [qu'il torde et émousse ses règles, du, ce que je luy conseille plustost, qu'il se retire à quartier et ne se mesie point de nous. Qu'y gaigneroit-il ?

Egregium sanctumque virum si cerno, bimemhri Hoc monstrum puero, et miranti jam sub aratro Piscibus inveniis, et fatx compara mulx.

On peut regretter les meilleurs temps, mais non pas fuyr aux presens ; on peut désirer autres magistrats, mais il faut, ce nonobstant, obeyr à ceux icy ; et à l'advanture y a il plus de recommendation d'obeyr aux mauvais qu'aux bons. Autant que l'image des loix receuês et antiennes de cette monarchie reluyra en quelque coin, m'y voilà planté : si elles viennent par malheur à se contredire, troubler et empescher entr'elles, et produire deux pars de chois doubteux et difficile, mon élection sera volontiers d'eschapper et me desrober à cette tempeste ; nature m'y pourra prester ce pendant la main, ou les hazards de la guerre. Entre César et Pompeius, je me fusse franchement déclaré ; mais entre ces trois voleurs qui vindrent depuis, ou il eust fallu se cacher, ou suivre le vent : ce que j'estime loisible quand la raison ne guide plus.

Quo diversus abis^

Cette farcisseure est un peu hors de mon thème. Je m'esgare, mais plustost par licence que par mesgarde : mes fantasies se suyvent, mais par fois c'est de loing,

et se regardent, mais d'une veuè oblique. Les noms de mes chapitres n'en embrassent pas tousjours la matière ; souvent ils la dénotent seulement par quelque marque, comme ces autres noms, Sylla, Cicero, Torquatus. J'ayme Talleure poétique, à sauts et à gambades, et vois au change, indiscrettement et tumultuairement. Il faut avoir un peu de folie, qui ne veut avoir plus de sottise. Mille poëtes traînent et languissent à la prosaïque ; mais la meilleure prose ancienne reluit par tout de la vigueur et hardiesse poétique, et représente quelque air de sa fureur : il luy faut certes quitter la maistrise et prééminence en la parlerie. J'entends que la matière se distingue soy-mesmes : elle montre assez où elle se change, où elle conclud, où elle commence, où elle se reprend, sans l'entrelasser de paroles de liaison et de cousture, introduictes pour le service des oreilles foibles ou nonchallantes, et sans me gloser moymesme. Qui est celuy qui n'ayme mieux n'estre pas leu que de l'estre en dormant ou en fuyant ? Puisque je ne puis arrester l'attention du lecteur par le pois, manco maie s'il advient que je l'arreste par mon embrouilleure. ce Voire mais il se repentira après de s'y estre amusé. » C'est mon, mais il s'y sera tousjours amusé. Et puis il est des humeurs comme cela, à qui l'intelligence porte desdain, qui m'en estimeront mieux de ce qu'ils ne sçauront ce que je dis ; ils conclurront la profondeur de mon sens par l'obscurité, laquelle, à parler en bon escient, je hay, et l'eviterois si je me sçavois contrefaire. Aristote se vante en quelque lieu de l'affecter : vitieuse imagination ! J'avois à dire que je veus mal à cette raison trouble-

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