‹ Les Essais de Montaigne: réimprimés sur l'édition originale de 1588, avecChapitre 13 sur 270 · NOTICE SUR MONTAIGNE XI · texte numérisé non relu

NOTICE SUR MONTAIGNE XI

cepteurs, lorsqu'on a bëgajré ses premiers mots dans cette langue , n'est pas plus extraordinaire que de babiller gentiment, à ce même âge, sa langue maternelle , de façon à dérouter dgs étrangers, quelque versés qu'ils soient dans celle-ci, s'ils ne la possèdent que par étude. Sans vouloir trop prendre à la lettre ce qu'il raconte de la pesanteur de ses premières années^ on n'en doit pas moins admettre dans une certaine mesure que Montaigne n'a pas été ce qu'on appelle un enfant mièvre et éveillé. C'était un gros garçon à joues pleines et à taille compacte, une de ces bonnes natures tranquilles dont on n'augure rien de mauvais pour l'avenir, mais aussi dont on n'attend rien de remarquable. Il aimait déjà le nonchaloir et la vie méditative à résister à toutes les attractions des amusements de l'enfance. Toutefois, sous cette apparence molle et endormie, il nourrissait des imaginations hardies et des opinions au-dessus de son âge; mais, par un secret instinct d'artiste, il les renfermait en lui-même, patient de l'heure où il serait capable de leur donner l'essor dans la forme rêvée ; ou bien, s'il s'en échappait quelques-unes , elles étaient rares et portaient trop encore le cachet de l'inconscience pour qu'on y prît sérieusement garde. Les feux de paille brillent d'abord aux jeux parce qu'ils se dissipent en flambées ; les incendies durables, à flamme continue, qui doivent devenir ces grandes lumières dont les siècles sont éclairés, couvent, au contraire, longtemps avant d'éclater. Le danger pour eux est qu'ils ne s'éteignent ou ne s'entravent sous une enveloppe trop résistante; et il importe, dans ce cas, d'aider à leur éruption. Si son père n'avait pas eu l'inspiration heureuse de lui faire sucer, pour ainsi dire, le latin à la mamelle, il est très vraisemblable qu'avec « l'esprit mousse, l'appréhension tardive et l'incroiable défaut de mémoire » dont il se vante, Montaigne se serait mal débrouillé plus tard de son rudiment, lui qui oubliait le grec pour ne l'avoir appris qu'après le premier âge, et qui, de son aveu, ne rapportait du collège de Guyenne, où on le tint six ans, aucun fruit qu'il pût mettre en compte. £t

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